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Les paroles pour le dire

  1. Dans la Critique de la Raison Pratique, Kant se moque de ceux qui se flattent d’avoir créé de nouveaux concepts uniquement parce qu’ils ont mis d’autres mots à des idées qui étaient déjà là, notamment dans la réflexion métaphysique (qui, comme on sait, s’appelle comme ça car l’oeuvre aristotélique qui traitait des questions “métaphysiques” a été écrite après, en grec méta, celle dédiée au monde des choses matérielles). Bien évidemment, le choix et l’emploi d’un nouveau mot ne suffit pas à former un nouveau concept… surtout si ce concept était déjà là, avec son nom propre : telle est toujours la tentation d’un philosophe sans idées nouvelles, celle d’être au moins un philosophe aux mots nouveaux. Choisir un nom pour indiquer une chose qui en a déjà un (et il faut d’ailleurs à cette chose un nom pour être la chose qu’elle est) n’a de véritable sens que si cet autre nom n’apporte pas une modification aussi significative à l’identification de l’objet en question au point que l’objet même change de sens, et donc devienne un tout autre objet : un nouvel objet donc. Les nuances à propos lesquelles on peut s’entretenir aimablement, en s’acharnant sur des détails en réalité anodins, n’ajoutent rien à la compréhension, à la maîtrise et à la divulgation de la matière. 
  2. Depuis plusieurs années, et de plus en plus frénétiquement, la philosophie est face à la création continue d’outils informatiques et au développement de services et pratiques rendus possibles grâce au web auquel les outils nous permettent d’accéder, qui modifient quotidiennement notre façon de nous situer dans l’espace physique des lieux et dans l’espace humain des relations avec les personnes et les choses ; la philosophie en somme est face à ce que l’on appelle la révolution numérique. Les philosophes qui saisissent le sens général de cette révolution, comparée par Michel Serres à l’invention de l’écriture et à celle de l’imprimerie, en se penchant sur ce que tout cela dit de notre façon d’être des humains, en affirment le caractère nouveau, bien sûr, mais le font presque toujours  à travers les mots-clés de la culture et de la littérature. Ce que j’essaie de dire, c’est que l’on ne peut pas participer à la révolution avec de vieux instruments conceptuels et terminologiques. Face à la nouveauté numérique, il faudrait tout d’abord être perplexes et étonnés, comme dans le village de Cent ans de solitude, Macondo, où “le monde était si récent que beaucoup de choses n’avaient pas encore de nom et pour les mentionner il fallait les montrer du doigt”. Il faudrait rester un moment, un très long moment, dans l’anomie, comme les Israélites lorsqu’ils virent pour la première fois une couche blanche et douce, très nourrissante, couvrir le sol, et se demandèrent ce qu’elle était, qu’est-ce que c’est ?, mân hou ? : de là vient le nom “manne”, qui avant d’être un nom était une question.
  3. La hâte de trouver des noms pour maîtriser tout de suite l’objet de notre réflexion, la même hâte que celle du marketing et de la publicité, nous pousse à utiliser de vieux noms, des noms qui ne sont pas des questions mais avant tout des réponses. Au lieu de récupérer la terminologie platonicienne, au lieu d’adapter au numérique les termes avec lesquels nous nous sommes expliqués le monde auparavant, le monde d’avant le numérique, nous devrions oser, tenter, inventer de nouveaux mots, sans la peur de paraître naïfs : un monde nouveau exige des néologismes, qui puissent reconnaître vraiment sa dimension d’originalité. Le jamais-vu, la manne numérique, a besoin du jamais-dit, car le déjà-dit… c’est du déjà-vu.                         

Interfaces ?

Le 8 mai, j’étais à l’ACFAS, invité par Thierry Belleguic avec Milad Doueihi, Jonathan Roberge et Stéphane Roche. Je crois que c’est Stéphane qui a commencé à parler d’interfaces. L’interface serait le dispositif qui rend impossible l’opposition. Il n’y a plus … Read more »

Le pouvoir du virtuel

Quels sont les enjeux politiques du concept de virtuel ? J’en ai parlé le 10/02/2012 au colloque Retour au virtuel organisé par Louise Merzeau. Le pouvoir du virtuel : entre dynamis et potestas L’audio de ma conférence à écouter ici Et mes diapositives … Read more »

Éloge du plagiat

plagiat

La production de sens a toujours été un acte d’agrégation : dans sa forme la plus simple il s’agit d’agréger des mots. Je ne vois pas où est le problème d’accepter qu’aujourd’hui il s’agit d’agréger des groupes de mots.

La question du plagiat revient souvent dans nos discussions d’enseignants. Ici à l’Université de Montréal les salles sont pleines de panneaux contre ce crime affreux. Un site est dédié à cela : http ://www.integrite.umontreal.ca. On y associe la lutte contre le plagiat à l’intégrité intellectuelle. Plusieurs scandales éclatent l’un après l’autre et colorent l’actualité des journaux (les cas de Houellebecq, du rabbin Gilles Bernheim ou de Patrick Buisson). Je voudrais proposer ici un éloge du plagiat. Ou mieux, je voudrais montrer que ce concept n’a (plus) aucune raison d’exister. Continuer à poser la question du plagiat signifie mal interpréter le dispositif actuel de production et diffusion du savoir et ne pas être capable d’identifier les véritables enjeux politiques d’aujourd’hui. Commençons par essayer de comprendre quelles sont les bases conceptuelles sur lesquelles se fonde l’idée même de plagiat. On peut en identifier deux : une certaine notion d’originalité et un modèle économique particulier pour la production des contenus.

1  La nécessité d’originalité

Le premier argument contre le plagiat repose sur l’idée qu’un contenu est bon quand il est original. La qualité serait liée à l’originalité et l’originalité serait une expression de la singularité de l’individu qui produit le contenu. Mais en quoi consiste cette singularité ?  Est-il possible qu’un individu produise à partir du rien des idées et que donc ces idées lui appartiennent ? La notion d’individu qui crée les idées est une caricature de l’idée romantique de génie : Goethe lui-même affirmait qu’il ne faisait que rassembler des idées qui étaient dans l’air de son époque. Est-ce que nous voulons établir la possibilité de breveter les idées, pour être sûrs que personne d’autre que son présupposé inventeur puisse les exploiter ?  Je ne crois quand même pas. Par ailleurs, je pense que la plupart de ceux qui luttent contre le plagiat seraient d’accord pour affirmer que les idées ne sont pas d’un individu. L’originalité ne peut donc pas consister à inventer des idées. D’ailleurs, lorsque l’on parle, par exemple, des travaux des étudiants, ce n’est pas à ce type d’originalité qu’on se réfère : nous ne prétendons pas que les étudiants inventent des idées nouvelles, au contraire, très souvent nous voulons qu’ils nous prouvent avoir bien compris les nôtres. L’originalité serait donc plutôt une “formulation personnelle” d’idées déjà formulées autrement par quelqu’un d’autre. D’où l’impasse : comment établir la frontière entre le plagiat et l’appropriation d’une idée?  Une paraphrase est-elle un plagiat?  Si on l’affirmait, on reviendrait à accepter l’idée d’un brevet pour les idées. On en arrive donc à une notion minimaliste du plagiat : plagier serait tout simplement faire un copier-coller, sans citer. Soit. Mais encore : long comment ? Une phrase ? Si quelqu’un copiait ma phrase “Le plagiat n’est pas un crime”, est-ce qu’il serait en train de me plagier ? Est-ce que j’ai les droits sur cette affirmation ? On finirait par dire que pour être original il faut réinventer le langage lui-même. La notion de plagiat ne peut pas se baser théoriquement sur une idée quelconque d’originalité car cette idée est trop floue. Et en effet, si l’on va analyser son histoire, on comprend tout de suite qu’elle est née pour une autre raison, beaucoup moins théorique et beaucoup plus concrète : un modèle économique particulier qui s’est mis en place au XVIIIe siècle.

2  Un modèle économique pour la production et la diffusion des contenus

À bien y réfléchir, on se rend compte que l’argument de l’originalité n’est pas le plus fort argument des supporteurs du discours anti-plagiat. Ce discours – et le site de l’Université de Montréal que je viens de citer le démontre – est plutôt basé sur une question soi-disant “morale”. Nous ne demandons pas aux étudiants ou aux écrivains d’être des génies romantiques, nous leur demandons d’être “honnêtes”. Le refus du plagiat est une question d’”intégrité” intellectuelle. Mais la morale, nous le savons bien, n’est pas absolue, elle s’inscrit dans l’histoire. Et c’est justement l’histoire qui nous donne la réponse. À partir de la fin du XVIIe siècle et surtout au début du XVIIIe, les éditeurs commencent à se poser la question de leur modèle économique. Comment payer la production et la circulation des contenus?  C’est une question qui ne se posait bien évidemment pas avant l’invention de l’impression (car l’écrivain ne s’attendait pas à être rémunéré pour ce qu’il écrivait et trouvait ailleurs ses moyens de subsistance). Au début du XVIIIe siècle, il était encore normal qu’un éditeur belge publie un livre déjà publié par un éditeur français. Cela posait un problème, car cela faisait perdre de l’argent à l’éditeur français. C’est dans ce contexte que l’on a progressivement développé le modèle de l’actuel copyright (sur cela, cf le très bel ouvrage Authors and owners de Rose). Un des premiers actes dans ce sens a été le Statut d’Anne en 1710. Mais comment justifier l’interdiction de publier un livre déjà existant?  C’est pour répondre à cette question que l’on a essayé d’inventer ce que l’on appelle la “propriété intellectuelle”. L’idée est que un texte puisse appartenir à celui qui l’a produit. Bien évidemment le concept de propriété intellectuelle pose les mêmes problèmes que je viens d’évoquer. De quoi l’auteur est-il au juste propriétaire ? De ses idées ? Non, cela n’est pas possible. D’une formulation particulière, alors. Si théoriquement cette notion ne tient pas, elle a quand même un sens concret. Elle permet de mettre en place un modèle économique pour payer les écrivains et les éditeurs – ce sont d’ailleurs les éditeurs qui ont eu le rôle le plus important dans la création de ce modèle qui a plus été le succès d’un lobby économique que d’une position idéologique. Mais si le texte est une propriété privée, comme un bout de terre ou une maison, alors le plagiat est un vol. Et s’il est un vol, il est immoral. Concrètement, plagier ne signifie pas tant copier une idée ou un texte, mais plutôt priver l’écrivain de l’argent qu’il pourrait gagner avec son travail. Or, il est évident que, dans le cas des travaux des étudiants, par exemple, ce modèle n’a aucun sens. Les copier-coller ne portent pas atteinte au producteur des contenus copiés. Il ne s’agit aucunement d’un vol. Même principe pour les copier-coller de Houellebecq : le fait qu’il intègre un passage de Wikipédia dans son roman, ne touche aucunement au modèle économique de Wikipédia.

Et aujoud’hui?

On pourrait alors passer à des conceptions encore plus minimalistes du plagiat : dire qu’il serait plus honnête de – au moins – citer l’auteur, ou dire que l’intelligence et la pensée se développent en produisant un discours personnel – même si ce n’est qu’une paraphrase.
Mais cette version aussi n’est pas viable aujourd’hui, et cela justement à cause du modèle de production et circulation du savoir qui caractérise notre culture numérique. Je m’explique en quelques points :
1.    Les contenus ne sont plus garantis par l’autorité d’un autre. La signature n’a plus aucune importance aujourd’hui. Comme je l’ai répété plusieurs fois, l’affirmation “j’ai trouvé cela sur Google” est beaucoup moins naïve qu’on le croirait. Le sens et la qualité des contenus ne sont plus garantis par une instance auctoriale, mais plutôt par une série de dispositifs d’éditorialisation. Je ne développe pas plus ce discours ici. Mais je renvoie à ces deux petits textes : http ://www.implications-philosophiques.org/actualite/une/auteur-ou-acteur-du-web/ et http://blog.sens-public.org/marcellovitalirosati/?p=27.
2.    On ne vit plus dans une économie de la rareté mais de la surabondance des contenus. Sur le web, on peut trouver une quantité telle de contenus que le fait de produire un contenu n’est plus une richesse. On ne peut pas penser, donc, rétribuer ceux qui écrivent parce qu’ils ont produit un contenu. On peut les rémunérer, peut-être, parce qu’ils écrivent (pour leur action d’écrire), mais pas parce qu’ils sont propriétaires d’un contenu qu’il ont produit. L’idée de vol est donc encore moins pertinente. Au contraire, en plagiant un texte on lui donne une visibilité qu’il n’aurait pas autrement. On fait du bien à l’écrivain en plagiant son texte qui serait autrement destiné à disparaître dans la masse des contenus existants (dans ce sens je vous invite à me plagier le plus possible et je regrette que personne ne l’ait encore fait ? cela signifie que mes textes disparaîtront rapidement).
3.    La production de sens, dans cette abondance de contenus, ne réside pas dans la création d’un contenu, mais dans l’agencement d’un parcours. Agréger des contenus pour qu’ils soient lisibles est un travail de production de sens. La production de sens a toujours été un acte d’agrégation : dans sa forme la plus simple il s’agit d’agréger des mots. Je ne vois pas où est le problème d’accepter qu’aujourd’hui il s’agit d’agréger des groupes de mots.
4.    La lecture devient donc tout autant créative que l’écriture. Ou mieux, la lecture est la forme la plus haute d’écriture aujourd’hui. Les réflexions de Milad Doueihi sur Pierre Ménard (dans la Grande conversion numérique) vont dans ce sens. Lire en numérique signifie écrire un parcours de lecture (nos clics d’un lien à un autre sont l’écriture d’un parcours qui reste gravé sur les serveurs et produit des rapprochements et des liens) : le sens des contenus se produit lors de la lecture.
5.    L’intelligence n’est pas le produit d’un individu et de son intimité, mais un dispositif collectif. Si déjà Aristote pouvait le soutenir dans le De Anima (3,5 si je me souviens bien), le temps est venu de comprendre cette notion et d’abandonner l’idée d’une intelligence “privée”. La théorie de la documentalité telle qu’elle a été développée par Maurizio Ferraris (que nous allons bientôt publier en français chez PUM) explique bien ce concept. L’âme, dit Ferraris, réside dans une intentionnalité collective qui – à la différence de celle de Searle – est inscrite dans les documents.

Conclusion

Savoir copier-coller est probablement la chose la plus difficile aujourd’hui. À partir de notre capacité de copier et coller nous seront capables de produire du sens. Abandonnons la caricature de l’individualisme romantique pour penser vraiment les enjeux d’aujourd’hui. Et enseignons à nos étudiants comment s’orienter dans la masse de textes existants pour produire des parcours de sens créatifs au lieu de les obliger à bégayer des phrases dépourvues d’intérêt pour qu’elles soient “originales”.

Un exemple sympa : dans le cadre de mon cours “Écriture et nouveaux média” j’ai récemment donné la consigne d’écriture suivante  : “Déterminer des règles formelles pour rassembler des textes existants. Les règles doivent permettre de rassembler un nombre infini de textes (à chercher en ligne) en produisant un macro-texte qui ait du sens.” Avec ces règles il est ensuite possible de copier-coller un nombre indéfini de textes pour en produire un nouveau qui n’est qu’un parcours entre les textes existants (un exemple ici ). L’intérêt de cette expérience est double : remettre en discussion le concept d’auteur et d’originalité en proposant une nouvelle idée de créativité et, en même temps, créer de nouvelles pratiques. Si un nombre élevé d’usagers se mettait à jouer à ce jeu (l’importance du collectif), les statistiques et les analyses des comportements de navigations deviendraient incompréhensibles et insaisissables pour les entreprises qui font du profilage et vendent nos individualités. L’individu est devenu un produit. Des pratiques de plagiat systématisé peuvent être une source de libération et d’émancipation.

Vive le plagiat !

 

Navigations virtuelles

Je propose ici une petite présentation des thématiques traitées dans mon dernier livre S’orienter dans le virtuel. Pour ceux qui n’ont pas envie de lire 250 pages (ou qui ne supportent plus le papier).   Indications de route Je vous … Read more »

Modèles économiques de l’édition numérique

Notes prises pendant la 6e séance du séminaire Écritures numériques et éditorialisation (cycle 2012-2013) sur les Modèles économiques de l’écriture numérique.

caveat : il s’agit de notes, non relues. Les intervenants parlent à la première personne…

Modèles économiques de l’écriture numérique

Séance 6

18 avril 2013

L’exigence de gratuité sur Internet opposée à la réclamation d’une juste rétribution des producteurs de contenu n’a cessé de poser question ces dernières années, en particulier dans les domaines de la musique, de la presse et de l’édition. Comment soutenir financièrement des sites Internet spécialisés, faire vivre des activités créatives dont la productivité a un coût, là où règnent les sources d’informations gratuites, parfois le piratage, et les grands sites commerciaux du web ?

Intervention de Virginie Clayssen : son activité professionnelle a toujours été liée au numérique.

Comment répondre à la question des modèles économiques ? Deux casquettes : blogueuse ou représentante du monde de l’édition (editis) ?

On va commencer par l’approche de blogueuse. En tant que blogueuse, je n’ai pas de modèle économique. Le blog coûte 40 euros par an (juste parce que je ne veux pas me servir d’une solution gratuite). Je ne blogue pas pour gagner de l’argent, ni pour devenir célèbre. Je blogue pour le plaisir de partager et de discuter. Mais en même temps j’aime être lue et avoir des visites. Le blog est ma maison en ligne. Le blog n’a pas de prétention, il ne veut pas avoir une autorité. On y démarre les discussions et les réflexions. Je blogue depuis 1995 (forum de Reinhgold). Un mot important pour le blog : “contribution”.

D’un point de vue d’éditrice les choses sont différentes. Le numérique modifie le contexte de la circulation et de la création des livres. Aujourd’hui ces modèles ne sont pourtant pas très différents de ceux de l’édition traditionnelle. Un modèle : achat fichier numérique. C’est exactement comme le modèle papier (droits d’auteur, pourcentage de l’éditeur etc.). C’est une variante du modèle papier. Mais le contexte est en train de changer. La plus grande difficulté pour l’éditeur classique était la distribution. Les intermédiaires (libraires etc.) dans ce cadre sont fondamentaux. Le numérique ne dématérialise pas ! L’inscription change mais il s’agit toujours d’une inscription.

Il y a un changement des dispositifs d’accès : recommandations faites par l’algorithme ou par la communauté (l’algorithme d’Amazon, par exemple). À l’époque où tout cela se met en place, peu de gens de l’édition s’occupe du web. L’édition ne s’intéresse pas au web, mais le web s’intéresse énormément à l’édition – ou du moins à la publication.

La révolution du livre se fait autour du livre, c’est le web qui change le contexte et non pas le livre numérique. La révolution numérique du livre a commencé par les métadonnées. La révolution du livre électronique n’est peut-être pas vraiment une révolution.

Choses importantes à faire pour les éditeurs : le rapport avec les auteurs change. Il faut convaincre les auteurs à publier avec des promesses de qualité (travail éditorial qui améliore le texte), qualité de la mise en forme.

Rôle des libraires – grands lecteurs. Ce rôle est encore très important. On ne peut pas réduire la distribution aux grandes entreprises comme Amazon ou Apple. Le libraire doit rester présent.

Dominique Bérubé – on va parler d’un cas concret. Comme disait Virginie : il faut maintenir des secteur de distribution alternative. Erudit le fait, c’est sa vocation. On parle d’édition scientifique et de recherche. Les liens avec l’open access sont faciles (chercheurs), plus difficiles les rapports avec le monde commercial.

95% des articles sont en accès libre, les autres (barrière mobile de 2 ans) payants pour les institutions (pas de vente aux particuliers) (statistiques et données disponibles dans le fichier joint à cet article).

La production numérique est très coûteuse (bon niveau d’éditorialisation, métadonnées etc.). Le modèle est pour les revues scientifiques. Il faut donc financer cette production. Le coût de production est une barrière surtout pour les revues en accès libre. Les revues au Québec sont financées par des programmes gouvernementaux mais ces financements sont instables. Donc le modèle est fragile.

Le revenu d’Erudit vient des abonnements et la plupart est reversée aux revues. L’ensemble des activités d’Erudit est donc soutenu par d’autres financements (publics).

La collection est surtout québécoise (et francophone canadienne). Aucun autre consortium au Canada (même pas anglophone).

Désavantage : le développement est freiné par les mandats institutionnels. Il faut donc développer les partenariats en tenant compte de la particularité géographique et du contexte de diffusion. On peut aussi se tourner vers l’offre de services à valeur ajoutée (pour l’exploitation des contenus).

Débat : Jean Claude Guédon (à Virginie) : il y a des variations du modèle économique. La question du prêt, par exemple, comment faire circuler le livre ? L’objet numérique pose une série de questions par rapport à la circulation. Il y a une spécificité de l’objet livre numérique. Erudit est né pour donner une possibilité de distribution, mais il n’a pas été un vrai interlocuteur pour l’open access.

 

Quelques commentaires qui me viennent à l’esprit durant cette séance

On ne peut pas parler d’une édition mais d’éditions au pluriel, dit Virginie. Je crois que c’est fondamental pour avoir des modèles différenciés.

Autre idée importante : la révolution est le web et non le livre numérique (changement de support d’une part, changement de l’ensemble des modes de circulation du savoir de l’autre). Justement, les changements dont je parle dans mon post ici, observent les pratiques qui vont au delà du livre-fichier.

Changement du rapport entre éditeur et auteur (il faut convaincre les auteurs à publier)… pour le moment je pense que l’idée d’autorité de l’édition traditionnelle continue à avoir son charme et son poids dans l’imaginaire collectif (hélas). Souvent on préfère publier mal en papier que bien en numérique (diffusion des contenus sur blog etc.). Souvent à cause de raisons institutionnelles (faire carrière académique, par exemple).

Il y a une spécificité de l’objet livre numérique : je crois qu’il faut penser l’ontologie du numérique. Les fichiers ne se copient pas ! Les fichiers sont déjà multiples, donc il faut penser différemment la circulation. On ne peut pas parler de reproduction d’un fichier ! Ce n’est pas une reproduction, c’est la même chose ! Il faut partir de ce constat pour penser aux modèles économiques. Il ne s’agit pas d’un support “facilement reproductible” mais ontologiquement multiple. Copier un fichier n’est pas une action ! Je ne copie pas un fichier quand je l’envoie par courriel, je l’envoie et puis c’est tout. Les DRM se basent, à mon avis, sur une mauvaise compréhension de la nature du numérique (ça serait comme imposer un bonnet de bain pour aller au gym).

On revient aussi sur la question de l’éditorialisation (une de mes préoccupations). Il ne s’agit pas seulement de mettre un contenu en ligne mais de penser l’ensemble des dispositifs qui sont autour du contenu et qui lui donnent sa visibilité et en définitive son sens (métadonnée, animation d’un réseau). L’éditeur ne doit pas seulement publier. Ni se limiter à sa plate-forme. L’éditorialisation se fait dans l’ensemble de l’environnement numérique.

Voir les slides de la présentation de Dominique Bérubé

La fin des compétences et des autorités ?

Hier, on discutait, dans le cours “Écriture et nouveaux médias”, du passage au numérique pour le cinéma. Un étudiant remarquait qu’il est beaucoup plus facile de produire des contenus (pas cher, accessible à tous), un autre objectait : “mais maintenant … Read more »

Éditorialisation

L’éditorialisation est le processus d’insertion d’un contenu dans l’environnement numérique. Les dispositifs d’éditorialisation sont l’ensemble des pratiques d’organisation et de structuration de contenus sur le web. Ces pratiques sont les principes de l’actuelle production et circulation du savoir. La différence principale entre le concept d’édition et celui d’éditorialisation et que le dernier met l’accent sur les dispositifs technologiques qui déterminent le contexte d’un contenu et son accessibilité.

Je suis convaincu que l’éditorialisation est progressivement en train de prendre la place de la fonction-auteur. Ce sont les dispositifs d’éditorialisation qui produisent le sens des contenus, qui garantissent leur validité et leur accessibilité. J’essaie de démontrer cette idée dans un article publié sur Implications philosophiques qui s’intitule Auteur ou acteur du web.

La tentative de donner une définition du concept d’éditorialisation est l’un des enjeux du séminaire Écritures numériques et éditorialisation dont je suis l’un des organisateurs (avec Gérard Wormser, Carole Dely, Nicolas Sauret et Michael Sinatra)