In Platonis Phaedrum Scholia: 276a10-b10

σπουδή, παιδιa, παίζω, παιδιή, σπουδάζω, νόος, σχολή

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Σωκράτης
παντάπασι μὲν οὖν. τόδε δή μοι εἰπέ: ὁ νοῦν ἔχων γεωργός, ὧν σπερμάτων κήδοιτο καὶ ἔγκαρπα βούλοιτο γενέσθαι, πότερα σπουδῇ ἂν θέρους εἰς Ἀδώνιδος κήπους ἀρῶν χαίροι θεωρῶν καλοὺς ἐν ἡμέραισιν ὀκτὼ γιγνομένους, ἢ ταῦτα μὲν δὴ παιδιᾶς τε καὶ ἑορτῆς χάριν δρῴη ἄν, ὅτε καὶ ποιοῖ: ἐφ᾽ οἷς δὲ ἐσπούδακεν, τῇ γεωργικῇ χρώμενος ἂν τέχνῃ, σπείρας εἰς τὸ προσῆκον, ἀγαπῴη ἂν ἐν ὀγδόῳ μηνὶ ὅσα ἔσπειρεν τέλος λαβόντα;

Socrate
Tout à fait. Et maintenant dis-moi: un agriculteur avec du bon sens qui a des semences auxquels il tient et dont il veut que naissent des fruits, est-ce qu'il les planterait avec zèle en été dans les jardins d'Adonis en se réjouissant de les voir devenir beaux en huit jours, ou plutôt il le fera par jeu et pour respecter la fête, admettant qu'il le fasse? Pour les semences pour lesquelles il a des intentions sérieuses, en se servant de l'art agricole, il les sèmera dans le terrain adapté et jouira si en huit mois toutes celles qu'il a semées arrivent à terme.

Platon, Phèdre, 276a10-276b10

Commence ici une métaphore qui sera tissée pendant plusieurs répliques et qui nous donne de nouvelles précisions sur ce qu’est l’écriture et sur les types d’écriture qui existent. C’est la métaphore d’un agriculteur (γεωργός) qui a du bon sens (νόος). Le choix est intéressant car il remet en contexte le type de discours dont on parle ici: l’agriculteur sème des semences pour qu’elles produisent des fruits; celui qui produit des discours donc il le fait avec l’intention de produire des fruits. Les discours qui nous intéressent ici sont des discours qui ont comme objectif l’enseignement. Cela avait déjà été dit, car on a déjà plusieurs fois parlé de “celui qui apprend” (μανθάνω) comme du destinataire des discours. Il est nécessaire de souligner donc que Socrate ne pense pas à n’importe quel type de discours: on pourrait se demander si, par exemple, les discours politiques dont on a parlé avant devraient être traités à part, vu qu’ils visent à convaincre et non à enseigner.

Les discours auxquels on s’intéresse ici doivent donc être des semences: ils doivent être capables de produire quelque chose. Les discours ne sont pas le savoir, ils doivent être capables de générer le savoir. Ils doivent pour cela être vivants: changer, pousser, être des forces actives.

À partir de ce contexte, la question qui découle est celle du niveau de sérieux (σπουδή) ou de jeu (παιδιa) des deux types d’écriture qui ont été présentés: celui du discours légitime, écrit dans l’âme, et celui du discours illégitime, écrit sur du papyrus.

Dans la métaphore de l’agriculteur on ne condamne pas nécessairement la pratique du jeu - qui est liée ici à une fête religieuse. Mais on oppose deux types d’activités - qui sont certes immédiatement structurées en une hiérarchie: le sérieux est plus important que le jeu.

En même temps cette hiérarchie de jeu et sérieux ne colle pas complètement avec tout le discours précédent sur la σχολή. Nous l’avons déjà dit: le fait de jouer (παίζω) est caractérisé comme négatif dans le Phèdre, du moins si on lit au premier degré : ainsi Phèdre demande à Socrate s’il plaisante et Socrate se défend tout de suite; ce sont les sophistes qui jouent avec les mots, le sérieux est toujours préférable. Mais en même temps, justement, Socrate a du temps à perdre pour des jeux. Il y a des jeux sérieux, peut-être, ou alors la frontière entre jouer et être sérieux, παίζω et σπουδάζω, n’est pas si nette.

Une note importante: la παιδιa est associée ici avec un temps court. Exactement comme les stratégies des sophistes qui semblent plus rapides, elles semblent le chemin court qui s’oppose au chemin long nécessaire pour atteindre la véritable connaissance. Si on fait les choses sérieusement, on doit être prêt à attendre, à être patient, à accepter les temps longs.

Doit-on en conclure que l,on peut “jouer sérieusement” en s’engageant dans une perte de temps radicale, longue? Comme l’oisiveté engagée des cigales?

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