Yes Vegan

Yes Vegan ! Un choix de vie, par Âmala Barbosa

Présentation

Yes Vegan ! Un choix de vie de Catherine Hélayel paru chez L’Âge d’homme, 2014

Avocate et combattante pour la cause animale, Catherine Hélayel a créé avec cinq confrères l’association Animal, Justice et Droit[1], qui a pour objectif d’élaborer un droit animal en droit français. La préface de Yes Vegan ! Un choix de vie, est rédigée par Brigitte Gothière, cofondatrice et porte-parole de L214, l’association de défense de tous les animaux, et plus particulièrement de ceux qui sont utilisés dans la consommation alimentaire et leurs conditions d’élevage, de transport, de pêche et d’abattage. Celle-ci déclare :

Végane ? Avec humour, sérieux et justesse, Catherine ne laisse aucune zone d’ombre sur le pourquoi et le comment de cet engagement pour les animaux dans notre vie quotidienne. De l’élevage industriel à la mort bio, de la nutrition aux cosmétiques, du droit à la pratique, de notre frigo à notre lutte pour un monde meilleur, tout y passe. Loin de juger, elle partage et accompagne[2].

La lecture du livre se fait d’une manière très fluide, surtout pour ceux qui sont déjà habitués à cet univers. Comme l’affirme Catherine Hélayel :

Ce livre s’adresse à des personnes ouvertes d’esprit, déjà habituées à faire des choix éthiques, déjà habituées à remettre en cause un fonctionnement lorsqu’il est erroné. Je dirai donc qu’il s’adresse à tous ceux qui ont déjà aimé, vraiment aimé[3].

Le vocabulaire est simple et nous retrouvons également un côté didactique, qui rend le livre encore plus passionnant.

En ce qui concerne la couverture, l’art qui s’en dégage est à la fois touchant et émouvant. Nous pouvons y voir des membres de différents animaux, l’un des sujets principaux du livre. Des illustrations originales de l’artiste Minna[4] ponctuent chaque chapitre du livre. Ces illustrations sont d’une sensibilité remarquable et présentent véritablement à chaque fois le contenu du chapitre qu’elles annoncent.

Le livre Yes Vegan ! nous transporte dans un premier temps dans un monde de souffrances, afin que l’on puisse réaliser ce qui nous est caché pendant toute notre vie. Mais sa manière d’expliquer nous aide et nous guide vers un monde où tous les êtres devraient vivre en cohabitant librement, où l’homme est capable de reconnaître qu’il en fait juste partie,  sans en être le maître ou le juge.

D’où vient cette préoccupation ?

« Végane » provient du mot anglais vegan. Ce terme a été conçu en 1944 par Donald Watson, cofondateur de la Vegan Society, à partir des premières et dernière syllabes de « vegetarian ».

Pour le Petit Robert 2015, il s’agit d’une « personne qui exclut de son alimentation tout produit d’origine animale (végétalien) et adopte un mode de vie respectueux des animaux (habillement, transports, loisirs, etc.) »[5].

Catherine Hélayel montre dans son essai les raisons qui lui ont fait choisir un mode de consommation végane, et celles qui font que tout le monde devrait faire ce choix. En abordant plusieurs questions, de l’éthique à l’écologie en passant par le droit, elle nous aide à devenir plus sensibles à l’importance de l’appréhension de la vie sous toutes ses formes. Cela nous ouvre les yeux, remet en question nos jugements concernant notre humanité individuelle, et nous montre comment vivre en accord avec notre conscience.

Le sujet de ce livre est très actuel et il y a une vraie urgence à prendre en compte non seulement la question des tortures que l’on fait subir aux animaux, mais aussi le fait que l’élevage joue un rôle incontestable dans l’émissions de gaz à effet de serre, tant par la déforestation abusive ou la pollution des eaux que par l’émission directe du méthane. Si nous voulons un monde où le vrai bien-être animal existe pour tous les animaux et pour que nous puissions, par conséquent, imaginer un avenir bien plus solidaire pour notre planète, Catherine Hélayel nous propose un chemin vers un mode de vie qui rejette la participation aveugle à la souffrance quotidienne des êtres vivants et sensibles. Son livre nous inspire et nous montre que nous avons tous les éléments nécessaires pour changer nos habitudes dès maintenant.

Un propos bien structuré

Yes Vegan ! Un choix de vie est divisé en six parties liées d’une manière très cohérente et fluide. L’auteure ouvre la première partie, qui s’intitule « Un art de vivre », en faisant une claire différence entre les végétariens, les végétaliens et les véganes. Si les deux premiers termes renvoient à des comportements uniquement alimentaires, le véganisme est un mode de vie qui exclut tout produit d’origine animale : dans l’alimentation, mais également dans les vêtements (le cuir ou la soie), les cosmétiques et tous les produits contenant des ingrédients d’origine animale comme de la cire d’abeille, entre autres.

Elle dévoile les raisons qui l’ont poussé à devenir végane et les changements que cela implique dans les vies des personnes qui ont choisi de l’être. L’isolement naturel qui se crée au début est un bon exemple de ces changements. Il n’est pas toujours facile de vivre d’une façon différente de celle de la majorité et parvenir de surcroît à vivre en supportant la colère de connaître la vérité sur les crimes quotidiens commis contre les animaux, qui laissent la plupart des gens indifférents. On se trouve alors dans une situation que la plupart des groupes opprimés connaissent. L’auteur donne aussi une présentation de la valeur des protéines végétales et leurs importances dans nos vies. Concernant notre santé, elle dit : « De plus en plus de scientifiques et médecins soulignent les dangers des protéines animales y compris celles des produits laitiers, qui seraient responsables de nombreuses maladies »[6].

La deuxième partie « Les prédations maquillées », parle de l’industrie de la viande et de la souffrance animale d’une manière générale, comme les cochons, les vaches, les poissons, les crustacés, etc. Nous allons connaître la réalité cachée derrière la production des produits laitiers, des œufs et du miel, ainsi que toute la torture déployée pour disposer de fourrures, laines, plumes et soies. N’oublions pas les tests de l’industrie pharmaceutique qui sont faits sur les animaux ! C’est souvent une vraie horreur. L’auteure montre aussi qu’une alimentation sans protéines animales est également possible pour les animaux domestiques.

La troisième partie « Une seule solution, l’abolition », évoque le welfarisme, terme qui vient de l’anglais welfare (bien-être), un mouvement qui estime que la mort d’un animal est acceptable s’il a vécu d’une manière agréable et a été assassiné d’une manière relativement indolore. Cette approche ne reconnaît donc pas le droit à la vie et positionne encore une fois les humains comme juges. Selon cette pensée, c’est à nous de choisir la destinée de n’importe quel animal, à n’importe quel moment, dans n’importe quel but. Catherine Hélayel présente alors l’antispécisme.  L’antispéciste est capable de reconnaître les différences entre les espèces, mais il ne s’érige pas comme étant supérieur. Catherine utilisera une définition plus complète obtenue dans les Cahiers antispécistes :

Le spécisme est à l’espèce ce que le racisme et le sexisme sont respectivement à la race et au sexe : la volonté de ne pas prendre en compte (ou de moins prendre en compte) les intérêts de certains au bénéfice d’autres, en prétextant des différences réelles ou imaginaires mais toujours dépourvues de lien logique avec ce qu’elles sont censées justifier. En pratique, le spécisme est l’idéologie qui justifie et impose l’exploitation et l’utilisation des animaux par les humains de manières qui ne seraient acceptées pas si les victimes étaient humaines[7].

Nous arrivons très facilement à comprendre les raisons qui font que l’abolition de la cruauté envers les animaux, sous toutes leurs formes à chaque seconde, soit l’unique solution pour aller vers un monde plus éthique et plus juste.

La partie suivante s’intitule « Animal, justice et droit » et aborde le côté juridique de ce sujet, en posant la nécessité d’établir un vrai statut pour les animaux. Elle parle également des punitions qui existent actuellement pour les maltraitances envers les animaux. Le paradoxe consiste à créer une hiérarchie de ces punitions en fonction de nos besoins, des formes culturelles et des traditions : ne préserve-t-on pas, encore aujourd’hui, la corrida ? Pourquoi les animaux domestiques ont plus de droits que les autres ? Après tout, nous allons réaliser, et ce n’est pas si compliqué à comprendre, que la violence envers les animaux est liée à la violence envers les humains.

Les deux dernières parties centrées sur « l’équilibre alimentaire du végétalien » et divers « Témoignages » ne sont pas écrites par Catherine Hélayel. Dans la cinquième partie, la diététicienne Stéphanie Gille traite des besoins nutritionnels tout en présentant les vitamines, les catégories d’aliments, des idées de menus végétaliens, etc. La dernière partie nous livre plusieurs témoignages concernant le parcours de personnes devenues véganes.

Appréciation personnelle

Étant moi-même végane, il m’a semblé très important et même militant de diffuser et de valoriser ce mode de vie souvent confiné au rang de « pratique » alors qu’il se veut une lutte capitale pour l’avenir. Décrédibiliser cette cause est une stratégie très fréquemment utilisée par la plupart des gens, qui sont incapables de trouver un seul argument pour justifier une telle torture généralisée. Aucune lutte n’est inutile aux yeux des opprimés ! Être végane c’est militer pour la vie de tous les êtres sensibles. Cette révolution est en marche et compte chaque jour plus de partisans. Ces personnes sont épuisées de trouver des excuses pour continuer à participer à cette souffrance : elles se décident enfin à faire le contraire, et deviennent la voix des animaux. Cela a été ma plus grande motivation !

La cause des droits des animaux n’est pas une cause futile, bien qu’elle soit quand même considérée comme telle. Cette cause m’a fait commencer à voir le monde dans une autre perspective. Elle m’a poussé à me demander si nous sommes bien les uniques responsables des choix que nous faisons ou si nous sommes en permanence obligés de prendre des décisions qui cautionnent celles considérées comme « normales » par la majorité de la société.

Aujourd’hui je suis capable de réaliser à quel point cette majorité accepte avec une totale passivité les choix qui nous sont imposés à chaque jour. Enfin, contrairement à cette majorité, ce choix que j’ai fait s’est révélé s’écarter de toute influence ou obligation extérieure. Il n’est pas toujours facile à vivre, car ce n’est pas simple dans notre monde de faire partie des minorités, mais c’est aussi un choix de vie, un choix où tout le monde gagne : les animaux, les humains et la planète. C’est bien ce que signale cette citation :

Il est parfois pénible d’affronter les limites de nos petites habitudes, de nos petits conditionnements, de nos petites certitudes que l’on croit être nos forces. On se sent en danger lorsque les contours de ces carapaces s’effritent face à une vérité différente. Alors on se défend, un peu comme ces animaux pris en pièges infernaux que nous savons poser. À la différence que la vérité rend libre, alors que nos pièges tuent vraiment. À la différence que le refus de grandir au monde renie notre propre vie. À la différence que c’est cela même qui nous détruit[8].

Quand nous le lisons, nous nous demandons jusqu’où sommes-nous capables d’aller contre tous les êtres sensibles, tous ceux qui souffrent ? Jusqu’à quand allons-nous vouloir trouver le plaisir à tout prix ? Ce paragraphe met en évidence toute la souffrance issue de l’exploitation animale qui persiste encore aujourd’hui, tant nous sommes enfermés dans la peur du changement, comme si changer signifiait quelque chose de négatif. Nous sommes tellement attachés à nos habitudes que nous n’arrivons pas à croire que le changement peut nous surprendre et nous soulager. On ne cache plus la vérité, elle est juste là, mais c’est à nous de faire le choix de la regarder en face et d’admettre que ce changement est possible et nécessaire. Citons à nouveau l’auteure :

Je suis fière de faire partie de la résistance de ces temps modernes, de cette révolution végane qui s’est mise en marche. Je suis heureuse de participer aux fondations d’une société éclairée, respectueuse et de contempler chaque jour l’effondrement de celles du mythe de la viande heureuse[9].

__________________________________________________

[1] Http://animal-justice-droit.org/Objet.html

[2] P. 12.

[3] P. 18.

[4] Http://minna-art.com/

[5] P. 34 -35.

[6] P. 55.

[7] P. 164.

[8] P. 72.

[9] P. 278.

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