In Platonis Phaedrum Scholia: 236e4-10

ἀνάγκη, φιλολόγος

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Σωκράτης
βαβαῖ, ὦ μιαρέ, ὡς εὖ ἀνηῦρες τὴν ἀνάγκην ἀνδρὶ φιλολόγῳ ποιεῖν ὃ ἂν κελεύῃς. Φαῖδρος
τί δῆτα ἔχων στρέφῃ; Σωκράτης
οὐδὲν ἔτι, ἐπειδὴ σύ γε ταῦτα ὀμώμοκας. πῶς γὰρ ἂν οἷός τ᾽ εἴην τοιαύτης θοίνης ἀπέχεσθαι;

Socrate
Ah le voyou, comme tu as bien trouvé le moyen d'obliger un homme qui aime les discours à faire ce que tu demandes! Phèdre
Qu'est-ce que t'as alors que tu hésites? Socrate
Plus rien, vu que tu as fait ce serment. Comment pourrais-je renoncer à de tels plaisirs?

Platon, Phèdre, 236e4-236e10

Il y a encore quelque chose de nécessaire, une ἀνάγκη. Cette fois l’ἀνάγκη est une obligation, une violence, une force qui détermine un comportement. L’ἀνάγκη pour l’homme qui aime les discours (φιλολόγος) est la menace de ne plus les entendre. Cette menace a tellement de pouvoir qu’elle met Socrate dans un état de nécessité: il est nécessaire qu’il parle.

Mais encore une fois, de quel type de nécessité s’agit-il?
Socrate vient de parler d’arguments nécessaires et nous avons vu que la nécessité dans ce cas était presque statistique: il y a des arguments fréquents, tellement fréquents qu’ils deviennent inévitables.

Ici il s’agit d’une obligation qui dérive non pas d’une menace positive, mais négative. Phèdre ne menace pas Socrate avec une punition, mais avec la privation d’un plaisir. Socrate ne peut pas renoncer (ἀπέχω) aux festins (θοίνη) de discours. C’est le fait de ne pas être capable de se priver d’un plaisir qui rend nécessaire le fait de parler comme Phèdre le demande.

Il est intéressant de souligner que le verbe ἀπέχω (renoncer) est le même que Phèdre avait utilisé pour demander à Socrate d’éviter les arguments utilisés par Lysias. Phèdre avait dit:

τῶν ἐν τῷ βιβλίῳ βελτίω τε καὶ μὴ ἐλάττω ἕτερα ὑπέσχησαι εἰπεῖν τούτων ἀπεχόμενος

Tu as promis de dire d’autres choses meilleures et non plus courtes que celles contenues dans le livre sans les répéter (τούτων ἀπεχόμενος)

La traduction plus littérale serait “en évitant celles-ci”, “en renonçant à celles-ci” à savoir, en renonçant à utiliser les arguments de Lysias.

À cette réplique Socrate avait répondu qu’il y a des arguments nécessaires (ἀναγκαῖα γοῦν ὄντα). Justement: nécessaire signifie inévitable. Un chose nécessaire est une chose à laquelle il n’est pas possible de renoncer. L’impossibilité de renoncer, par contre, peut être due à de raisons très différentes, tellement différentes que parfois on peut se demander si le concept de nécessité est vraiment unitaire ou s’il a des significations tellement éloignées qu’il fini par être plus une excuse qu’un véritable argument.

ἀνάγκη, φιλολόγος scholia