In Platonis Phaedrum Scholia: 274e8-275a2

τίκτω, πατήρ

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Σωκράτης
ὁ δ᾽ εἶπεν: ‘ὦ τεχνικώτατε Θεύθ, ἄλλος μὲν τεκεῖν δυνατὸς τὰ τέχνης, ἄλλος δὲ κρῖναι τίν᾽ ἔχει μοῖραν βλάβης τε καὶ ὠφελίας τοῖς μέλλουσι χρῆσθαι: καὶ νῦν σύ, πατὴρ ὢν γραμμάτων, δι᾽ εὔνοιαν τοὐναντίον εἶπες ἢ δύναται.

Socrate
Et le roi répondit: 'Ô Teuth, grand maître des arts, une chose c'est d'être capable d'enfanter des arts, une autre de savoir juger la part de nuisance ou d'utilité qu'ils auront pour ceux qui les utiliseront. Et maintenant toi, père des lettres, par bienveillance tu leur a attribué les caractéristiques opposées à celles qu'elles ont vraiment.

Platon, Phèdre, 274e8-275a2

Theuth a enfanté de nouveaux arts. Le verbe utilisé est τίκτω, enfanter, mettre au monde. C’est d’abord le verbe de la maternité, ensuite généralisé pour devenir aussi celui de la paternité. Theuth est πατήρ des lettres.

La paternité a été évoquée précédemment pour parler de Lysias et lui attribuer la responsabilité des discours blasphématoires contre l’amour. Le fait d’être père rend Lysias responsable, c’est lui qui doit répondre de son discours. Ici la paternité a le rôle opposé: Theuth est père des lettres et cela le rend incapable de juger de leur valeurs. La responsabilité sera donc prise par Thamous, c’est lui qui aura le bon jugement.

Theuth est le père, il est donc trop bienveillant et il ne voit que du bien quand il regarde ses enfants. Mais cette bienveillance (εὔνοια) le porte à donner à ses enfants les caractéristiques opposées à celles qu’ils ont réellement.

Le rôle du père est fondamental dans le discours sur l’écriture: gardons donc en tête qu’un père peut mal juger.

τίκτω, πατήρ scholia