In Platonis Phaedrum Scholia: 257b1-8

πατήρ, λόγος

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Σωκράτης
ἐν τῷ πρόσθεν δ᾽ εἴ τι λόγῳ σοι ἀπηχὲς εἴπομεν Φαῖδρός τε καὶ ἐγώ, Λυσίαν τὸν τοῦ λόγου πατέρα αἰτιώμενος παῦε τῶν τοιούτων λόγων, ἐπὶ φιλοσοφίαν δέ, ὥσπερ ἁδελφὸς αὐτοῦ Πολέμαρχος τέτραπται, τρέψον, ἵνα καὶ ὁ ἐραστὴς ὅδε αὐτοῦ μηκέτι ἐπαμφοτερίζῃ καθάπερ νῦν, ἀλλ᾽ ἁπλῶς πρὸς ἔρωτα μετὰ φιλοσόφων λόγων τὸν βίον ποιῆται.

Socrate
Si Phèdre et moi avons dit dans le discours précédent quelque mot désagréable, donnes-en la responsabilité à Lysias qui est le père de ce discours et fais lui arrêter de tels discours et tourne-le vers la philosophie comme a fait son frère Polémarque, de sorte que aussi cet amoureux de lui ici ne sois plus entre deux selles comme maintenant, mais qu'il emploie sa vie, sans partage, pour l'amour, avec des discours philosophiques.

Platon, Phèdre, 257b1-257b8

Et voici la véritable conclusion: en effet, depuis le début, ce sont les sentiments de Phèdre à être en jeu. Qui va-t-il aimer? Qui va-t-il préférer? Socrate et Phèdre ont joué à se courtiser dès les premières lignes du dialogue et Phèdre a taquiné Socrate en lui faisant penser qu’il serait amoureux de Lysias. Les éloges pour son discours, son enthousiasme, tout cela agaçait Socrate qui se sentait en compétition. Tout le dialogue découle de cette tension initiale, de cette volonté de Socrate de gagner l’amour de Phèdre en le volant à Lysias. Ce jeu amoureux n’est par contre pas juste une question d’attirance. Il s’agit de l’amour dont Socrate a parlé dans le second discours. Il s’agit donc d’un amour qui va améliorer l’amoureux comme l’aimé. Et dans cette volonté d’amélioration et d’apprentissage, l’amour pourra aussi élever Lysias, comme son frère Polémarque - qui apparaît aussi dans la République - devenu philosophe. Si cela se produit, Phèdre pourra aimer les deux hommes, Socrate et Lysias, car les deux seront des philosophes.

Mais en même temps, cette phrase finale est aussi un coup de couteau dans le dos de Lysias: c’est lui qui doit être tenu responsable du premier discours de Socrate: donc Amour peut se mettre en colère contre lui. Cela signifie donc que Amour rendra Lysias non aimé par les jeunes - au contraire de Socrate - et donc de Phèdre. Si Lysias est le méchant aux yeux du dieu Amour, cela garantira à Socrate de gagner la compétition amoureuse et d’être le seul aimé par Lysias.

Mais revenons sur cette idée: c’est Lysias le responsable. C’est Lysias le πατήρ du λόγος, le père du discours. C’est lui et non Socrate qui a pensé. Encore une fois le responsable est externe. Cette idée ouvre la voie aux réflexions sur l’écriture qui occupera une bonne partie de ce qui reste du dialogue.

πατήρ, λόγος scholia