In Platonis Phaedrum Scholia: 262a8-b1

ἀλήθεια, οὐσία

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Σωκράτης
ἦ οὖν οἷός τε ἔσται, ἀλήθειαν ἀγνοῶν ἑκάστου, τὴν τοῦ ἀγνοουμένου ὁμοιότητα σμικράν τε καὶ μεγάλην ἐν τοῖς ἄλλοις διαγιγνώσκειν;
Φαῖδρος
ἀδύνατον.

Socrate
Est-ce possible donc que, sans connaître la vérité sur chaque chose, quelqu'un puisse discerner le dégré de similitude petit ou grand de la chose qu'il ignore par rapport à d'autres choses?
Phèdre
Impossible.

Platon, Phèdre, 262a8-262b1

Pour tromper il faut être capable de reconnaître les petites différences. Mais reconnaître les petites différences signifie, finalement, connaître la chose, ou mieux, connaître la vérité, l’ἀλήθεια, sur elle.

L’ἀλήθεια arrive explicitement ici, même s’il est clair qu’il en a été question dès le début. Platon nous donne ici sa définition d’essence, en faisant correspondre dans son discours ce qui est, l’essence (οὐσία), la vérité, l’idée avec l’ensemble des caractéristiques spécifiques de chaque chose, précisément définies et explicitées. La connaissance de la vérité correspond avec la capacité de saisir l’essence des choses et donc d’être capable de les distinguer. Dans le cadre d’objets très similaires, cette connaissance est la seule qui peut aider à les discerner. C’est l’ontologie de Platon qui s’exprime ici, l’ontologie qui a probablement le plus conditionné notre façon de penser et d’imaginer le monde.

Selon l’approche de Platon, l’ontologie est discrète: il n’y a pas de continuum possible. Une chose est quelque chose ou quelque chose d’autre. Un âne est un âne et un cheval est un cheval. L’hybride, le mutant sont des catégories monstrueuses pour Platon.

Aller au delà de cette ontologie est probablement l’un des plus grands défis de la philosophie. Nous sommes depuis des millénaires emprisonnés dans Platon.

ἀλήθεια, οὐσία scholia