In Platonis Phaedrum Scholia: 258a3-5

βουλή, δῆμος

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Σωκράτης
‘ἔδοξέ’ πού φησιν ‘τῇ βουλῇ’ ἢ ‘τῷ δήμῳ’ ἢ ἀμφοτέροις, καὶ ‘ὃς καὶ ὃς εἶπεν’

Socrate
Il a semblé opportun - ils disent plus ou moins - à l'Assemblé, ou au Peuple, ou à tous les deux, et celui-là et celui-là a dit...

Platon, Phèdre, 258a3-258a5

Et voici l’explication de la phrase obscure. Il s’agit de la rhétorique fondamentale des discours politiques: on commence avec une sorte de captatio benevolentiae: on attribue ce qu’on va dire à quelqu’un d’autre. S’agit-il d’adulateurs? De gens qui approuvent? En tout cas cette démarche permet aux politiciens de ne pas être responsables de leur opinion et de leurs choix: ce sont les autres.

Le politicien ne porte aucune opinion, il est un stratège du consensus. Sa stratégie consiste à donner toujours raison à tous, à ne jamais prendre la responsabilité d’une opinion. Car les opinions n’ont finalement aucune importance: la seule chose qui compte vraiment est le consensus. C’est la structure même de la démocratie: le consensus fait le pouvoir. La recherche de pouvoir correspond donc avec cette stratégie de se rendre transparent, invisible, insaisissable. Jamais on ne pourra dire d’un politicien qu’il s’est trompé car jamais il n’assumera la responsabilité de ses actes: toute décision a été prise en accord avec les désirs de quelqu’un d’autre. L’adulateur, celui qui approuve, se trouve donc dans une position très ambigüe: d’une part c’est celui à qui on fait plaisir en respectant sa volonté; de l’autre il devient le responsable en cas d’échec.

Et voilà donc les adulateurs adulés par le politicien: l’assemblée, le peuple, des entités assez floues pour que personne ne puisse objecter.

Dans ces quelques phrases qui constituent une parenthèse dans l’argumentation du dialogue, Platon adresse une des critiques les plus féroces, justes et lucides à la démocratie représentative.

βουλή, δῆμος scholia