In Platonis Phaedrum Scholia: 255d4-7

ὀφθαλμία, κάτοπτρον

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Σωκράτης
καὶ οὔθ᾽ ὅτι πέπονθεν οἶδεν οὐδ᾽ ἔχει φράσαι, ἀλλ᾽ οἷον ἀπ᾽ ἄλλου ὀφθαλμίας ἀπολελαυκὼς πρόφασιν εἰπεῖν οὐκ ἔχει, ὥσπερ δὲ ἐν κατόπτρῳ ἐν τῷ ἐρῶντι ἑαυτὸν ὁρῶν λέληθεν.

Socrate
Et il ne sait pas ce qu'il ressent ni il sait le dire, mais comme quelqu'un qui a pris une maladie des yeux par quelqu'un d'autre ne sait pas en dire la raison, de la même manière il ne s'aperçoit pas que dans l'amoureux il voit soi-même comme dans un miroir.

Platon, Phèdre, 255d4-255d7

L’aimé est troublé et il ne sait pas pourquoi. Il est investi par la violence du sentiment amoureux, mais ce sentiment ne vient pas de lui. L’amoureux a pu constater la source de la vague de désir: c’est la beauté sensible qui le renvoie à la beauté intelligible. L’amoureux sait donc pourquoi il est amoureux. Ce n’est pas le cas de l’aimé: il est malade et il ne sait pas pourquoi.

La référence à l’ophtalmie fait allusion au fait qu’on prend une maladie sans besoin de contact - thématique intéressante à l’époque de la COVID. La maladie se transmet à distance et cette distance, ce manque de contact, empêche de comprendre la cause de la contamination.

Or, comme dans le cas d’une maladie virale, l’amour de l’amoureux a infecté l’aimé. Le fait de tomber amoureux à son tour produit une sorte d’effet miroir (κάτοπτρον). Être infecté par la maladie d’amour implique devenir amoureux à son tour. Mais ce dont l’aimé est amoureux, ou mieux, la cause de son amour, n’est que lui même: c’est lui la source de la beauté qui a déclenché le mécanisme. L’aimé regarde l’amoureux, mais c’est du regard que l’amoureux porte sur lui qu’il tombe amoureux.

ὀφθαλμία, κάτοπτρον scholia