In Platonis Phaedrum Scholia: 251a10-b9

ἄρδω, φρίκη, ἀπορροή, ἔκφυσις

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Σωκράτης
ἰδόντα δ᾽ αὐτὸν οἷον ἐκ τῆς φρίκης μεταβολή τε καὶ ἱδρὼς καὶ θερμότης ἀήθης λαμβάνει: δεξάμενος γὰρ τοῦ κάλλους τὴν ἀπορροὴν διὰ τῶν ὀμμάτων ἐθερμάνθη ᾗ ἡ τοῦ πτεροῦ φύσις ἄρδεται, θερμανθέντος δὲ ἐτάκη τὰ περὶ τὴν ἔκφυσιν, ἃ πάλαι ὑπὸ σκληρότητος συμμεμυκότα εἶργε μὴ βλαστάνειν, ἐπιρρυείσης δὲ τῆς τροφῆς ᾤδησέ τε καὶ ὥρμησε φύεσθαι ἀπὸ τῆς ῥίζης ὁ τοῦ πτεροῦ καυλὸς ὑπὸ πᾶν τὸ τῆς ψυχῆς εἶδος: πᾶσα γὰρ ἦν τὸ πάλαι πτερωτή.

Socrate
Et en regardant cette même chose le frémissement se transforme en accès de sueur et de chaleur; en effet, pendant qu'il reçoit cette émanation de beauté par les yeux, il se chauffe et de cette chaleur s'abreuve la nature de l'aile. Avec la chaleur, fonde autour de la pousse ce qui dans le passé, à cause d'un durcissement, l'empêchait de germer. À cause de l'afflux de nourriture la tige de l'aile durcit et est induite à pousser de la racine dans toute la forme de l'âme: en effet dans le passé elle était toute ailée.

Platon, Phèdre, 251a10-251b9

La description des réactions devant la beauté semble une description médicale d’une série de symptômes de maladie. Il est question de frissons (φρίκη), d’accès de chaleur et de sueur.

Ce qu’il faut souligner est que ce langage commence à être utilisé pour parler de la personne qui tombe amoureuse, mais ensuite il est appliqué à l’âme elle-même. Au début il s’agit de dire ce qui se passe dans le monde sensible lors de la vue de la beauté de ce monde. C’est le lien de la beauté sensible avec la beauté intelligible qui déclenche les symptômes. Mais ensuite ces mêmes signes corporels sont progressivement attribués à l’âme, et donc à quelque chose qui appartient au monde intelligible. L’âme qui, en principe, n’est pas matérielle est décrite dans toute sa matérialité, une matérialité qui seule peut expliquer la nature de ce concept.

On commence déjà ici où on reprend la thématique de la nourriture: l’âme s’abreuve (ἄρδω) de la chaleur produite par l’émanation de la beauté. Même le mot ἀπορροή (émanation) renvoie à une image très matérielle: du verbe ῥέω, couler, souvent utilisé justement en médecine pour parler de l’écoulement des liquides corporels.

Et ensuite la phénoménologie de l’amour s’attaque directement à l’impacte matériel que la beauté a sur l’âme elle-même: il est question des pousses des ailes (ἔκφυσις) et des callosités qui avaient bloqué ces pousses - comme une plante qui trouve une terre trop dure l’hiver et qui attend la chaleur du printemps pour pouvoir sortir.

La phénoménologie de l’amour devient une véritable physiologie de l’âme.

ἄρδω, φρίκη, ἀπορροή, ἔκφυσις scholia