In Platonis Phaedrum Scholia: 238d4-7

ἀληθέστατα

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Φαῖδρος
ἀληθέστατα λέγεις.
Σωκράτης
τούτων μέντοι σὺ αἴτιος. ἀλλὰ τὰ λοιπὰ ἄκουε: ἴσως γὰρ κἂν ἀποτράποιτο τὸ ἐπιόν. ταῦτα μὲν οὖν θεῷ μελήσει, ἡμῖν δὲ πρὸς τὸν παῖδα πάλιν τῷ λόγῳ ἰτέον.

Phèdre
Tu dis les choses les plus vraies.
Socrate
Et t'en es la cause. Mais écoute le reste: peut-être en effet ce qui m'arrive pourrait partir. À cela par contre pensera le dieu, nous, revenons au discours à l'enfant.

Platon, Phèdre, 238d4-238d7

Est-ce que Phèdre est conscient des absurdités dites par Socrate? Est-il conscient du fait que ses affirmations sont fondamentalement sacrilèges? Est-ce qu’il feint son admiration? Son enthousiasme, est-il aussi ironique ou faut-il le prendre au premier degré?

Certes, le discours de Socrate correspond aux attentes: Socrate joue avec les mots pour avoir raison, exactement comme doit le faire un bon sophiste. Mais il est dans une exagération presque comique que Phèdre devrait avoir vu. Et sans doute rien de ce qu’il a dit - ni dans son discours, ni dans ses commentaires sur sa qualité - ne mérite d’être appelé ἀληθέστατα (les choses les plus vraies).

En tout cas Socrate profite de la situation pour nuancer son blasphème: la cause de son discours, celle qu’il avait jusqu’à présent attribuée à un dieu, est en réalité Phèdre. Voilà finalement quelque chose de vraiment vrai. Socrate a parlé pour séduire Phèdre, il l’a fait en imitant Lysias à cause de l’admiration que Phèdre a montré pour ce dernier. Voilà l’excuse. Socrate pourrait finalement dire que, comme les amoureux de Lysias, c’est à cause du désir qu’il a blasphémé. Le dieu est donc peut-être déjà l’amour… mais lequel?

L’inspiration peut partir comme elle est venue. Qu’elle soit bonne ou mauvaise, la pensée ne vient pas des individus. Il faut donc profiter du moment et continuer. Sans se poser trop de questions, pour l’instant.

ἀληθέστατα scholia