In Platonis Phaedrum Scholia: 235d2

νώθεια

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Σωκράτης
ὑπὸ δὲ νωθείας αὖ καὶ αὐτὸ τοῦτο ἐπιλέλησμαι, ὅπως τε καὶ ὧντινων ἤκουσα.

Socrate
À cause de ma lourdeur d'esprit, j'ai aussi oublié comment et de qui je les ai entendues.

Platon, Phèdre, 235d2-235d2

Socrate est étourdi, lent d’esprit. Cette lourdeur de son esprit (νώθεια) s’ajoute à l’ignorance (ἀμαθὶα). Il est ignorant et étourdi. C’est un topos: il a la tête ailleurs, il ne prête pas attention aux choses de ce monde, un peu comme le Thalès qui tombe dans un trou. Ici son étourderie ne lui a pas fait prêter attention à un détail qui est pourtant très important: qui a dit ce qu’il pense maintenant de l’amour? Qui est le producteur de la pensée?

Pourquoi a-t-il négligé une information qui semble pourtant si essentielle? Est-ce que la critique de Phèdre est donc juste? Socrate, serait-il vague et approximatif dans ses souvenirs? Oublirait-il la chose la plus importante, à savoir la dimension matérielle de la pensée?

Dans toute cette réplique on pourrait avoir cette impression. Pourtant ce n’est pas le cas. Socrate continue de revendiquer l’importance de la dimension matérielle de la pensée, il la souligne, il la met au centre de son discours. Mais cette dimension matérielle ne consiste pas en un nom d’un individu. Car peu importe finalement le nom de l’individu - qu’il soit Sappho ou Anacréon ou quelqu’un d’autre: de toute manière ce ne sont pas les individus qui ont produit la pensée. Elle vient d’ailleurs.

En d’autres termes, il me semble que l’ironie de Socrate fait signe encore vers une dimension matérielle de la pensée et des idées. La métaphore du vase n’est pas si ridicule; sauf que les “sources” ne sont pas des “auteurs”.

νώθεια scholia