In Platonis Phaedrum Scholia: 230b2-10

ironie, carte postale, locus amoenus

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Σωκράτης
νὴ τὴν Ἥραν, καλή γε ἡ καταγωγή. ἥ τε γὰρ πλάτανος αὕτη μάλ᾽ ἀμφιλαφής τε καὶ ὑψηλή, τοῦ τε ἄγνου τὸ ὕψος καὶ τὸ σύσκιον πάγκαλον, καὶ ὡς ἀκμὴν ἔχει τῆς ἄνθης, ὡς ἂν εὐωδέστατον παρέχοι τὸν τόπον: ἥ τε αὖ πηγὴ χαριεστάτη ὑπὸ τῆς πλατάνου ῥεῖ μάλα ψυχροῦ ὕδατος, ὥστε γε τῷ ποδὶ τεκμήρασθαι. Νυμφῶν τέ τινων καὶ Ἀχελῴου ἱερὸν ἀπὸ τῶν κορῶν τε καὶ ἀγαλμάτων ἔοικεν εἶναι.

Socrate
Par Héra, quel bel endroit pour s'arrêter. Et ce platane comme il est large et haut, et la hauteur de cet agnus-castus et son ombre magnifique et comme il est au sommet de sa fioriture il rend ce lieu très parfumé: une source très agréable d'eau fraiche court sous le platane, de façon qu'on le sent avec le pied. On dirait que c'est un lieu sacré pour quelques Nymphes et pour Achéloüs à en juger de ces statues et de ces images.

Platon, Phèdre, 230b2-230b10

S’agit-il encore d’ironie socratique? Socrate est-il en train de nous dessiner une jolie carte postale pour se moquer de Phèdre - et de nous? Ou alors y croit-il vraiment à cette beauté?

La description est vraiment réussie: tous les sens sont impliqués dans le plaisir, l’espace est rempli, il regorge de beauté. On voit le platane qui occupe le lieu, avec son hauteur et sa largeur, on sent l’odeur des fleurs, on perçoit l’eau fraiche sur les pieds. Ces sensations impliquent par ailleurs l’hypothèse d’un discours: le lieu est sacré.

Encore une fois il n’y a rien d’une opposition entre nature et culture: le lieu est habité aussi bien par le platane, l’eau fraiche, les petites statues et ce qu’elle peuvent représenter.

Comment concilier cette description avec le mépris affiché de Socrate pour la campagne - qu’il confirmera dans quelques mots?

ironie, carte postale, locus amoenus scholia