In Platonis Phaedrum Scholia: 228e3-e5

ἀναγιγνώσκω, καθίζω, ἐγγυμνάζω

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Φαῖδρος
παῦε. ἐκκέκρουκάς με ἐλπίδος, ὦ Σώκρατες, ἣν εἶχον ἐν σοὶ ὡς ἐγγυμνασόμενος. ἀλλὰ ποῦ δὴ βούλει καθιζόμενοι ἀναγνῶμεν;

Phèdre
Arrête! Tu as détruit mon espoir de m'exercer sur toi. Mais où veux-tu que nous allions nous assoir pour lire?

Platon, Phèdre, 228e3-228e5

Le jeu érotique doit cesser, le petit jeu de dissimulations, promesses et renvois. Les deux sont désormais nus, les préliminaires sont finis et on passe donc à l’acte. Socrate a détruit les espoirs de Phèdre qui voulait encore jouer à cache-cache. Le discours a été trouvé.

Ce que Phèdre aurait voulu, c’est de s’exercer (ἐγγυμνάζω). Encore une image bien physique et bien matérielle. Le verbe est composé de la préposition ἐν (dans) et du verbe γυμνάζω qui exprime bien toute l’ambiguïté du rapport entre matérialité et immatérialité. La signification propre de γυμνάζω est “se mettre nu”. On se mettait nu pour s’exercer dans le gymnase. L’exercice physique se fait sans vêtements - n’est-ce pas Platon lui-même qui déplore que les jeunes s’habillent au gymnase par coquetterie?

Mais le verbe acquiert vite une signification figurée: exercer la ψυχή et donc apprendre. Le gymnase devient aussi un lieu d’apprentissage. Le verbe ἐγγυμνάζω est utilisé surtout pour se référer à un exercice intellectuel, mais la question ici est plutôt: y a-t-il une différence entre les deux? Les répliques précédentes nous ont bien montré que non: en suivant les conseils d’Acouménos et Hérodicos, Phèdre marche, il fait de l’exercice physique. La répétition du logos se fait en marchant. L’effort du matin a été aussi physique: rester assis. L’exercice qu’il voulait faire avec Socrate était de marcher ensemble. Et maintenant, une fois que ses espoirs sont détruits, il est à nouveau question de s’assoir.

S’assoir (καθίζω) pour apprendre (ἀναγιγνώσκω) ou mieux, pour bien apprendre: ce qui signifie, finalement, lire.

ἀναγιγνώσκω, καθίζω, ἐγγυμνάζω scholia