Marcello Vitali-Rosati est professeur au département des littératures de langue française de l'Université de Montréal.

Si l'on se préoccupait de l'achèvement des choses, on n'entreprendrait jamais rien

Culture numérique (Lyon)

ISSN 2269-577X

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In Platonis Phaedrum Scholia: 241d3-5

2021-09-07 11:09:09+00:00

τέλος

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Σωκράτης
τοῦτ᾽ ἐκεῖνο, ὦ Φαῖδρε. οὐκέτ᾽ ἂν τὸ πέρα ἀκούσαις ἐμοῦ λέγοντος, ἀλλ᾽ ἤδη σοι τέλος ἐχέτω ὁ λόγος.

Socrate
Et voilà tout, Phèdre. Tu n'entendras plus rien de moi, mais considère que le discours est fini.

Platon, Phèdre, 241d3-241d5

À la fin du discours de Lysias, Phèdre avait immédiatement demandé à Socrate son avis: τί σοι φαίνεται, ὦ Σώκρατες, ὁ λόγος; Que te semble de ce discours? Socrate ne paraît pas avoir cette curiosité. Ou du moins ce n'est pas son rôle de demander un avis à Phèdre. La posture est très différente: d'une part le jeune qui demande l'approbation et l'avis du plus ancien et de l'autre le plus vieux qui se limite à donner démonstration de ses qualités, sans besoin d'avoir un retour quelconque. Au contraire: Socrate affirme la fin (τέλος) de son discours comme pour éviter que Phèdre lui en demande davantage. Socrate est sûr de son succès. Il vient de gagner la compétition, il a détruit Lysias.

Par ailleurs, pendant le discours, Socrate s'est déjà arrêté pour s'auto-féliciter. Il ne reste donc qu'à se taire et à bien expliciter pour le jeune désireux de savoir qu'il n'en aura pas plus. La phrase prépare ansi l'insistance qui va suivre: Socrate oblige Phèdre à déclarer son insatisfaction, comme un parent qui vient de dire à un enfant qu'il n'aura plus d'autres bonbons.