Marcello Vitali-Rosati est professeur au département des littératures de langue française de l'Université de Montréal.

Si l'on se préoccupait de l'achèvement des choses, on n'entreprendrait jamais rien

Culture numérique (Lyon)

ISSN 2269-577X

WTFPL

Tous les billets --- Scholia -- Ce qui pourrait...

In Platonis Phaedrum Scholia: 257b9-10

2022-02-21 14:22:00+00:00

συνεύχομαί ἀμείνων

Lire les autres billets de la série

Φαῖδρος
συνεύχομαί σοι, ὦ Σώκρατες, εἴπερ ἄμεινον ταῦθ᾽ἡμῖν εἶναι, ταῦτα γίγνεσθαι.

Phèdre
Je prie avec toi, Socrate, si cela est le meilleur pour nous, pour que cela se réalise.

Platon, Phèdre, 257b9-257b10

Phèdre prend la parole après un long silence. Il a écouté attentivement, sans jamais interrompre, aucune question ne lui a été posée. Maintenant, après la prière avec laquelle Socrate a conclu son discours, il ouvre sa bouche pour exprimer un accord: συνεύχομαί, je prie avec toi.

Phèdre est avec, prie avec, suit Socrate. Comme on l'attend de lui, dans ces dialogues qui, parfois, semblent plutôt des monologues car Socrate a toujours le dernier mot, il a toujours raison.

Cependant l'accord ici n'est pas total et sans conditions: Phèdre ajoute toute de suite un "si".

Je prie avec toi Socrate, si... la vérité de ce que Socrate a dit est mise en question et la prière de Phèdre est conditionnelle: si tu as raison et que cela est ce qu'il y a de meilleur pour nous (ἀμείνων), alors je veux bien que cela se réalise.

Phèdre a un doute? Il hésite encore par rapport au beau discours de Lysias? Peut-être son enthousiasme - qu'il démontrera de manière presque excessive dans les phrases qui suivent - est juste simulé pour continuer à questionner Socrate?