
Marcello Vitali-Rosati est professeur au département des littératures de langue française de l'Université de Montréal.
Si l'on se préoccupait de l'achèvement des choses, on n'entreprendrait jamais rien
2021-10-19 22:17:17+00:00
Σωκράτης
τὸ γὰρ ἀεικίνητον ἀθάνατον: τὸ δ᾽ ἄλλο κινοῦν καὶ ὑπ᾽ ἄλλου κινούμενον, παῦλαν ἔχον κινήσεως, παῦλαν ἔχει ζωῆς.
Socrate
Ce qui se meut toujours est en effet immortel; ce qui meut quelque chose d'autre et qui est mu par quelque chose d'autre, lorsqu'il arrête son mouvement, arrête aussi sa vie.
Platon, Phèdre, 245c6-245c7
La démonstration de l'immortalité de l'âme sera basée sur la question du mouvement (κίνησις). Cette première phrase pose une question: le terme ἀεικίνητος signifie "qui se meut toujours". Or le reste de la phrase parle du fait que les choses qui se meuvent toutes seules sont immortelles. La pérennité du mouvement et la cause du mouvement sont donc mis ensemble comme s'ils étaient la même chose. Or ne peut-on pas imaginer une chose qui se meut toute seule mais qui à un moment s'arrête?
Certes, l'idée ici est que si la cause est interne elle persiste toujours tandis que si elle est externe elle peut cesser. Mais il reste étrange de mélanger ainsi les deux aspects.
Pour bien expliquer le raisonnement il faut donc ajouter un passage:
Reste encore une question: pourquoi ce qui meut quelque chose d'autre ne peut pas être immortel? Cette affirmation est évidemment fausse: le moteur immobile par définition meut d'autres choses et il est éternel. Il faut donc comprendre le καὶ comme une condition logique forte. On ne parle pas de ce qui meut quelque chose d'autre, mais de ce qui meut quelque chose d'autre et qui est mu par quelque chose d'autre. À savoir: même si quelque chose est cause de mouvement, si cette chose n'est pas aussi la cause de son propre mouvement, elle ne sera pas éternelle. Ce que Socrate veut dire est que l'âme n'est pas immortelle parce qu'elle est principe de mouvement, mais parce qu'elle est le principe de son propre mouvement.
On doit donc démontrer que l'âme est le principe de son propre mouvement. Cela impliquera qu'il n'y a rien qui la meut et que donc elle se mouvoir pour toujours et être éternelle.