
Marcello Vitali-Rosati est professeur au département des littératures de langue française de l'Université de Montréal.
Si l'on se préoccupait de l'achèvement des choses, on n'entreprendrait jamais rien
2021-07-26 05:34:00+00:00
Φαῖδρος
οἶσθ᾽ ὡς ἔχει; παῦσαι πρός με καλλωπιζόμενος: σχεδὸν γὰρ ἔχω ὃ εἰπὼν ἀναγκάσω σε λέγειν. Σωκράτης
μηδαμῶς τοίνυν εἴπῃς.
Phèdre
Tu sais quoi? Arrête de faire des façons avec moi: j'ai peut-être un argument que si je te le dis je t'obligerai à parler. Socrate
Et donc ne le dis pas!
Platon, Phèdre, 236d6-236d8
Le jeu est donc finalement identifié par Phèdre. Socrate est en train de jouer un jeu érotique: il séduit, il fait des façons, il fait le beau, il se fait désirer (καλλωπίζω). Et c'est donc à ce jeu qu'il va jouer, lui aussi. C'est donc le principe de l'excitation sexuelle qui est utilisé par le jeune Phèdre: faire entrevoir quelque chose de tellement désirable que l'autre ne pourra résister; le torturer en renvoyant la jouissance. C'est le jeu que les deux ont en effet déjà joué, avant le discours de Lysias. Et il se repropose de la même manière - inversée - ici.
La réplique de Socrate s'adapte parfaitement à ce contexte: non, s'il te plait, ne le fais pas!