
Marcello Vitali-Rosati est professeur au département des littératures de langue française de l'Université de Montréal.
Si l'on se préoccupait de l'achèvement des choses, on n'entreprendrait jamais rien
2021-04-17 07:28:14-04:00
La tendance de plusieurs systèmes d'éducation actuels est de penser qu'on étudie pour trouver un travail à la sortie. Sur la base de cette idée, l'éducation se spécialise. Nous voulons former des spécialistes - des experts, comme je le disais hier. Bon, l'éducation ne sert pas à ça. Si je devais lister les buts principaux de l'éducation, les voilà:
Pour atteindre ces objectifs l'éducation ne doit jamais être spécialisée. Jamais, même pas à l'université. Il faut former des personnes capables d'avoir un regard global sur le monde.
Juste pour donner l'exemple de l'informatique: la spécialisation fait en sorte qu'il y a de moins en moins de personnes capables de comprendre les enjeux globaux d'une application. Chacun développe son petit module, en produisant vite et bien, mais sans savoir quoi. La possibilité de critique s'affaiblit. Alors qu'il faudrait des informaticiens qui, pas seulement comprennent l'ensemble des enjeux liés au projet sur lequel ils et elles travaillent, mais aussi qui lisent du grec, s'intéressent à la structure de l'ADN et aient un avis tranché sur le bien fondé du réalisme de Guillaume de Champeaux.
Cela demande probablement de produire moins, d'aller plus lentement, et de renoncer à quelques gadgets. Tant mieux.