{"id":60,"date":"2015-02-07T15:00:54","date_gmt":"2015-02-07T15:00:54","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/?p=60"},"modified":"2017-06-14T16:10:05","modified_gmt":"2017-06-14T16:10:05","slug":"gabriel-garcia-marquez-90-jours-derriere-le-rideau-de-fer-par-edna-cordoba","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/2015\/02\/07\/gabriel-garcia-marquez-90-jours-derriere-le-rideau-de-fer-par-edna-cordoba\/","title":{"rendered":"Gabriel Garc\u00eda M\u00e1rquez &#8211; 90 jours derri\u00e8re le rideau de fer,  par Edna C\u00f3rdoba."},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Cette s\u00e9rie de onze chroniques a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e dans la revue bogotanienne <i>Cromos<\/i> en 1957\u00a0; elles ont \u00e9t\u00e9 ensuite compil\u00e9es dans une \u00e9dition pirate qui s\u2019est vendue comme des petits pains en Colombie et qu\u2019ensuite Garc\u00eda M\u00e1rquez a fini par l\u00e9galiser en 1978.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Accompagn\u00e9 d\u2019une professionnelle fran\u00e7aise des diagrammes, Jacqueline, et d\u2019un journaliste italien, Franco, l\u2019\u00e9crivain colombien entreprend un voyage \u00e0 travers le rideau de fer durant l\u2019\u00e9t\u00e9 1957. Le voyage commence en Allemagne de l\u2019Est, continue en Tch\u00e9coslovaquie et en Pologne pour finir en Union Sovi\u00e9tique o\u00f9 il p\u00e9n\u00e8tre par l\u2019Ukraine<!--more-->. Sa derni\u00e8re chronique repr\u00e9sente une visite en Hongrie en 1959, pays o\u00f9 un an auparavant avait eu lieu un soul\u00e8vement g\u00e9n\u00e9ral violemment r\u00e9prim\u00e9 avec l\u2019aide de l\u2019arm\u00e9e russe. Les impressions de l\u2019\u00e9crivain sont parfois contradictoires, sans pour autant cesser d\u2019\u00eatre rigoureuses et objectives. Ces contradictions sont \u00e0 peine naturelles puisque lui-m\u00eame se d\u00e9battait entre sa croyance dans le socialisme et son constat que le d\u00e9veloppement capitaliste \u00e9tait plus efficace \u00e0 cette \u00e9poque. C\u2019est ainsi que Gabriel Garc\u00eda se heurte au paradoxe entre le rejet cat\u00e9gorique de la r\u00e9pression et la sympathie pour certains leaders des d\u00e9mocraties populaires. Le voyage lui confirme cependant que le d\u00e9veloppement capitaliste, bien que plus rapide, est aussi in\u00e9gal, puisque les pays capitalistes n\u2019ont pas tous un niveau plus \u00e9lev\u00e9 que les d\u00e9mocraties populaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">\u00a0<strong><span style=\"font-size: large\">Berlin<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">\u00a0Gabriel Garc\u00eda a \u00e9crit deux chroniques sur Berlin\u00a0: \u00ab\u00a0Berlin est une absurdit\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Les expropri\u00e9s se r\u00e9unissent pour se raconter leurs peines\u00a0\u00bb. Le Berlin divis\u00e9 est une vitrine de propagande des deux syst\u00e8mes. Du c\u00f4t\u00e9 capitaliste, il y a un app\u00e9tit commercial qui semble transpos\u00e9 de New-York et qui ne correspond pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique du pays, puisque Berlin Ouest n\u2019a pas de relations commerciales avec ses pays voisins\u00a0; c\u2019est un ilot au milieu du communisme. La partie Est, \u00e0 l\u2019inverse, est mal reconstruite\u00a0; l\u00e0, l\u2019amertume et le manque d\u2019enthousiasme qu\u2019ont laiss\u00e9s la d\u00e9faite de la guerre et l\u2019imposition d\u2019un syst\u00e8me \u00e9tranger sont latents, mais tout semble correspondre \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique, \u00e0 l\u2019exception de l\u2019avenue Staline\u00a0: la vitrine du communisme. Il y a des cin\u00e9mas, des th\u00e9\u00e2tres, des restaurants \u00e0 la port\u00e9e de tous\u00a0; c\u2019est le lieu o\u00f9 vivent les ouvriers qui mangent le mieux dans le monde. Berlin est la repr\u00e9sentation de la voracit\u00e9 des deux syst\u00e8mes, l\u00e0 rien n\u2019est transparent\u00a0: les gens vivent d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et travaillent de l\u2019autre, tous profitent de ce qu\u2019ils peuvent des deux syst\u00e8mes et ne croient en aucun. Il s\u2019agit d\u2019un peuple triste et subjugu\u00e9. Entour\u00e9s de soldats \u00e9galement tristes car, comme ils sont des \u00e9trangers qui viennent imposer leur autorit\u00e9, ils ne sont pas les bienvenus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\"><strong><span style=\"font-size: large\">Tch\u00e9coslovaquie et Pologne <\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">\u00a0L\u2019\u00e9crivain colombien a d\u00e9di\u00e9 deux chroniques \u00e0 la Tch\u00e9coslovaquie et une seule \u00e0 la Pologne. Garc\u00eda M\u00e1rquez note que la voracit\u00e9 vue \u00e0 Berlin s\u2019att\u00e9nue et que dans chaque pays, le communisme est v\u00e9cu de fa\u00e7on diff\u00e9rente. En Pologne et en Tch\u00e9coslovaquie, les d\u00e9marches sont plus simples qu\u2019en Allemagne de l\u2019Est. Dans les deux chroniques sur la Tch\u00e9coslovaquie \u00ab\u00a0Pour une Tch\u00e8que, les bas en nylon sont un bijou\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Les gens r\u00e9agissent \u00e0 Prague comme dans n\u2019importe quel pays capitaliste\u00a0\u00bb, l\u2019auteur atteste qu\u2019en Tch\u00e9coslovaquie, tous semblent \u00eatre plus ou moins contents de leur sort, ils vivent bien, mangent bien et gagnent bien leur vie. Comme pour les marionnettes les plus c\u00e9l\u00e8bres du monde, on ne voit pas les cordes du syst\u00e8me tch\u00e9coslovaque\u00a0: il n\u2019y a pas de policiers arm\u00e9s, les gens ne sont pas au bord d\u2019une crise de nerfs comme en Allemagne de l\u2019Est et la politique n\u2019est pas une obsession, de sorte que les gens peuvent s\u2019occuper de leurs petits probl\u00e8mes ordinaires, ce qui ne se passe dans aucun autre des pays socialistes. L\u2019unique diff\u00e9rence \u00e9vidente avec le syst\u00e8me capitaliste, c\u2019est que le nylon est tr\u00e8s cher et que les femmes doivent prendre extr\u00eamement soin de leurs bas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Dans \u00ab\u00a0Avec les yeux ouverts sur la Pologne en \u00e9bullition\u00a0\u00bb, l\u2019\u00e9crivain observe que si la Pologne est encore plus pauvre que l\u2019Allemagne de l\u2019Est et que si les Polonais recherchent des passeports \u00e9trangers pour fuir le pays, on parle au contraire librement contre le gouvernement et contre les Russes, ce qui ne se voit dans aucune autre des d\u00e9mocraties populaires. Les Polonais sont \u00e0 la fois antisovi\u00e9tiques et anti \u00e9tatsuniens, catholiques, nationalistes et ils appuient leur leader Gomulka. A la diff\u00e9rence de l\u2019Allemagne de l\u2019Est, le journaliste conna\u00eetra dans ces deux pays beaucoup plus de gens ordinaires qui lui raconteront leurs exp\u00e9riences personnelles par rapport au syst\u00e8me. Il rencontre des \u00e9tudiants \u00e9trangers communistes dont l\u2019unique objection contre le r\u00e9gime est celle de la censure litt\u00e9raire, qu\u2019ils consid\u00e8rent comme une mesure inutile. Il conna\u00eet aussi d\u2019anciens bourgeois qui votent en faveur du r\u00e9gime de peur d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9s et qui ont honte de porter des v\u00eatements bon march\u00e9. D\u2019apr\u00e8s les mots de l\u2019\u00e9crivain, le d\u00e9nominateur commun dans ces pays, c\u2019est une aristocratie expropri\u00e9e et en d\u00e9saccord et un prol\u00e9tariat avec un complexe d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\"><strong><span style=\"font-size: large\">L\u2019Union Sovi\u00e9tique <\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">\u00a0Garc\u00eda M\u00e1rquez \u00e9crit trois chroniques d\u00e9di\u00e9es \u00e0 l\u2019Union Sovi\u00e9tique, dont les titres sont\u00a0: \u00ab\u00a0URSS, 22400000 kilom\u00e8tres carr\u00e9s sans une seule publicit\u00e9 de Coca Cola\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Moscou, le hameau le plus grand du monde\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Dans le mausol\u00e9e de la Place Rouge, Staline dort sans remords\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0L\u2019homme sovi\u00e9tique commence \u00e0 se lasser des contrastes\u00a0\u00bb. En entrant en Union Sovi\u00e9tique, le journaliste colombien d\u2019alors d\u00e9couvre que le pays est un hameau g\u00e9ant\u00a0: il est ahuri par ses dimensions extravagantes, ses maisons \u00e9normes, ses champs \u00e9normes, ses monuments gigantesques. Les habitants lui font penser \u00e0 la multitude b\u00eab\u00eate, beno\u00eete et saine que l\u2019on peut rencontrer chez les peuples de Colombie, avec le facteur aggravant que, bien qu\u2019ils soient ath\u00e9es, ils ont une morale aussi stricte que celle des catholiques les plus d\u00e9vots. A son avis, le caract\u00e8re de ces habitants de l\u2019Union Sovi\u00e9tique n\u2019est pas d\u00fb \u00e0 la suppression des classes mais \u00e0 l\u2019intrusion de Staline dans toutes les sph\u00e8res de la vie publique et priv\u00e9e, et au complexe d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 qu\u2019ont les Sovi\u00e9tiques face aux \u00c9tats-Uniens. L\u2019auteur observe un fort d\u00e9veloppement de l\u2019industrie lourde et a\u00e9rospatiale au d\u00e9triment des produits de consommation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\"><strong><span style=\"font-size: large\">Hongrie <\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">La derni\u00e8re chronique correspond \u00e0 une autre p\u00e9riode. En Ao\u00fbt 1959, Garc\u00eda M\u00e1rquez ose entrer en Hongrie. Apr\u00e8s les \u00e9pisodes de la violente r\u00e9pression de l\u2019ann\u00e9e 1958, le peuple de Hongrie \u00e9tait le plus amer et sans perspectives de tout le Rideau de Fer. L\u2019homme au pouvoir, Janos Kadar, un homme sorti du prol\u00e9tariat, a appel\u00e9 l\u2019arm\u00e9e sovi\u00e9tique pour r\u00e9primer le soul\u00e8vement du peuple, se soulevant suivant une conscience politique que le m\u00eame syst\u00e8me leur avait inculqu\u00e9e. Le motif du soul\u00e8vement a \u00e9t\u00e9 la p\u00e9nurie des produits basiques de consommation. Apr\u00e8s avoir assist\u00e9 au discours de Kadar, le journaliste colombien admet que celui-ci aurait \u00e9t\u00e9 un bon dirigeant en d\u2019autres circonstances, et pense que s\u2019il a appel\u00e9 les Sovi\u00e9tiques, c\u2019\u00e9tait pour \u00e9viter que le r\u00e9gime tombe aux mains des r\u00e9actionnaires, qui \u00e9taient en train de prendre le contr\u00f4le des soul\u00e8vements. L\u2019app\u00e9tit de sang de gens qui descendent dans les rues<i> <\/i>pour tuer, et un peuple qui n\u2019est pas contre le socialisme mais contre le r\u00e9gime d\u2019oppression, est le plus choquant que Gabriel Garc\u00eda ait vu dans sa travers\u00e9e des pays socialistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Texte original, <strong><span style=\"text-decoration: underline\"><a href=\"http:\/\/cle.ens-lyon.fr\/espagnol\/gabriel-garcia-marquez-de-viaje-por-los-paises-socialistas-90-dias-en-la-cortina-de-hierro--231613.kjsp?RH=CDL_ESP110000\">ici<\/a><\/span><\/strong>.<br \/>\nTraduction de Pauline Givonetti.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette s\u00e9rie de onze chroniques a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e dans la revue bogotanienne Cromos en 1957\u00a0; [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":162,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_FSMCFIC_featured_image_caption":"","_FSMCFIC_featured_image_nocaption":"","_FSMCFIC_featured_image_hide":"","footnotes":""},"categories":[19],"tags":[35],"class_list":["post-60","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-litterature","tag-gabriel-garcia-marquez"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/60","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=60"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/60\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":115,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/60\/revisions\/115"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/media\/162"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=60"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=60"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=60"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}