{"id":55,"date":"2014-11-20T08:30:55","date_gmt":"2014-11-20T08:30:55","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/?p=55"},"modified":"2017-06-14T16:11:24","modified_gmt":"2017-06-14T16:11:24","slug":"entre-le-mythe-et-la-realite-dans-loeuvre-de-garcia-marquez-par-edna-cordoba","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/2014\/11\/20\/entre-le-mythe-et-la-realite-dans-loeuvre-de-garcia-marquez-par-edna-cordoba\/","title":{"rendered":"Entre le mythe et la r\u00e9alit\u00e9 dans l\u2019\u0153uvre de Garc\u00eda M\u00e1rquez, par Edna C\u00f3rdoba."},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\" align=\"CENTER\">Suite \u00e0 la mort de Gabriel Garc\u00eda M\u00e1rquez le 17 avril dernier, toutes sortes de chroniques et de reportages sont apparus en hommage \u00e0 l\u2019\u00e9crivain colombien. Selon le type de publication, des \u00e9loges ont \u00e9t\u00e9 faits sur son \u0153uvre, sa vie, son engagement politique, son influence dans la litt\u00e9rature et la culture latino-am\u00e9ricaines et la relation indissociable entre la r\u00e9alit\u00e9 latino-am\u00e9ricaine et son style particulier\u00a0: le r\u00e9alisme magique. Gabriel Garc\u00eda M\u00e1rquez s\u2019est \u00e9rig\u00e9 en Colombie, son pays natal, et au Mexique, sa patrie d\u2019adoption, comme un homme exemplaire, de telle mani\u00e8re que m\u00eame ceux qui n\u2019ont jamais lu ses livres, sont tristes de sa mort<!--more-->. Ses histoires se sont fait conna\u00eetre au travers des chansons, des s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es, du cin\u00e9ma et de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 son \u0153uvre que les cultures colombienne et mexicaine ont incorpor\u00e9es et reproduites. De sorte que ses \u0153uvres ne se sont pas seulement inspir\u00e9es de la r\u00e9alit\u00e9 de ces pays, mais l\u2019ont en outre transform\u00e9e. Mais son influence ne se limite pas \u00e0 ces deux pays ni m\u00eame \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique Latine\u00a0; son \u0153uvre a travers\u00e9 les fronti\u00e8res non seulement de la culture latino-am\u00e9ricaine mais aussi de la langue\u00a0: elle a influenc\u00e9 des \u00e9crivains et des cin\u00e9astes du monde entier et dans toutes les langues. Ses c\u00e9l\u00e8bres titres et citations apparaissent dans les journaux et \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision au niveau international. Etant donn\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait une figure publique, une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 m\u00eame, ses d\u00e9clarations publiques, ses pr\u00e9f\u00e9rences politiques, ses voyages, son exil au Mexique et ses amiti\u00e9s furent connues dans tout le monde, notamment son amiti\u00e9 avec Fidel Castro et sa proximit\u00e9 avec d\u2019autres chefs d\u2019Etats comme Fran\u00e7ois Mitterrand. On peut \u00e9galement le voir en photo avec d\u2019autres \u00e9crivains comme Pablo Neruda ou Milan Kundera. Il a re\u00e7u en 1982 le prix Nobel, habill\u00e9 d\u2019une veste l\u00e9g\u00e8re blanche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">En ce qui concerne son \u0153uvre, son importance en tant que romancier et conteur est indubitable, le prix Nobel le confirme\u00a0; \u00e0 l\u2019inverse, son travail en tant que journaliste, chroniqueur, cin\u00e9aste et dramaturge est moins connu. Le pr\u00e9sent hommage comprend un essai sur <i>Le mythe et la r\u00e9alit\u00e9 dans l\u2019\u0153uvre de Garc\u00eda M\u00e1rquez <\/i>et cinq comptes rendus d\u2019\u0153uvres moins connues et r\u00e9dig\u00e9es relativement t\u00f4t par Garc\u00eda M\u00e1rquez. Les \u0153uvres signal\u00e9es n\u2019appartiennent pas \u00e0 son \u0153uvre fictionnelle. Par l\u2019interm\u00e9diaire des comptes rendus de ces cinq titres, s\u00e9lectionn\u00e9s \u00e0 partir de mes go\u00fbts personnels, je cherche \u00e0 faire conna\u00eetre la vie et les opinions de Gabriel Garc\u00eda \u00e0 travers son \u0153uvre, \u00e0 savoir, aborder les diff\u00e9rentes facettes de son engagement politique, de ses travaux journalistiques, de ses analyses de l\u2019Am\u00e9rique Latine et de la Cara\u00efbe, et de son \u00e9criture hors du r\u00e9alisme magique, en particulier son incursion en tant que dramaturge. En somme, son importance en tant que figure publique et intellectuelle qui en a inspir\u00e9 beaucoup et a suscit\u00e9 la critique d\u2019autres, a sans aucun doute influenc\u00e9 la culture latino-am\u00e9ricaine et la litt\u00e9rature hispano-am\u00e9ricaine de mani\u00e8re profonde. Seront abord\u00e9es les \u0153uvres suivantes\u00a0: <i>90 jours derri\u00e8re le rideau de fer<\/i>, une chronique sur les pays du rideau de fer\u00a0; <i>La solitude de l\u2019Am\u00e9rique<\/i>, son discours en recevant le prix Nobel\u00a0; <i>Une odeur de goyave<\/i>, \u0153uvre \u00e9crite \u00e0 quatre mains o\u00f9 se fa\u00e7onnent les dialogues de Garc\u00eda M\u00e1rquez avec l\u2019\u00e9crivain colombien Plinio Apuleyo Mendoza\u00a0; <i>L\u2019aventure de Miguel Littin, clandestin au Chili<\/i>, chronique romanc\u00e9e bas\u00e9e sur les faits de la vie r\u00e9elle qui arriv\u00e8rent au cin\u00e9aste Miguel Littin, un exil\u00e9 qui revient dans son pays pour le filmer pendant la dictature. Enfin, <i>Diatribe amoureuse \u00e0 l\u2019encontre d\u2019un homme bien assis<\/i>, son unique pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, un drame bourgeois, universel, urbain et contemporain. Ces \u0153uvres sont organis\u00e9es chronologiquement afin de permettre de se rendre compte non seulement de l\u2019\u00e9volution de la pens\u00e9e de l\u2019auteur, mais \u00e9galement des divers contextes historiques, politiques et sociaux qui l\u2019ont influenc\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\"><strong><span style=\"font-size: large\">Le mythe et la r\u00e9alit\u00e9 dans l\u2019\u0153uvre de Garc\u00eda M\u00e1rquez<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Il est bien connu que l\u2019univers fictionnel de Garc\u00eda M\u00e1rquez \u2015 celui d\u2019une grande partie de son \u0153uvre \u2015 recr\u00e9e des mondes mythiques qui semblent se passer hors du temps historique et qui nous renvoient au temps des origines. Certains de ses personnages sont des \u00eatres surnaturels, ou sont tout du moins des \u00eatres qui d\u00e9passent la simple humanit\u00e9. La litt\u00e9rature de Garc\u00eda M\u00e1rquez est cependant tr\u00e8s ancr\u00e9e dans la r\u00e9alit\u00e9, particuli\u00e8rement dans l\u2019histoire de la Colombie et de l\u2019Am\u00e9rique Latine au XX\u00e8me si\u00e8cle, avec leurs guerres civiles, leurs massacres et leurs dictatures. La figure du dictateur, personnage se r\u00e9it\u00e9rant dans son \u0153uvre, est dans cette m\u00eame logique de la recr\u00e9ation mythique de la r\u00e9alit\u00e9. Les dictateurs de Garc\u00eda M\u00e1rquez se comportent comme les h\u00e9ros des \u00e9pop\u00e9es grecques\u00a0: anim\u00e9s par la volont\u00e9 du pouvoir, qui ressemble plut\u00f4t \u00e0 un dessein de Dieu, ils sont pr\u00eats \u00e0 tout pour conduire les peuples et les hommes vers le chemin qu\u2019eux croient juste. Ils dirigent les peuples comme si un appel messianique, de la divine Providence ou d\u2019une force myst\u00e9rieuse, les poussait \u00e0 sauver l\u2019humanit\u00e9. Cette ivresse de pouvoir messianique n\u2019est pas exclusive des dictatures imaginaires cr\u00e9es par Garc\u00eda M\u00e1rquez, mais selon Alain Vuillemin, dans son article \u00ab\u00a0Dictateur\u00a0\u00bb, c\u2019est la principale caract\u00e9ristique de nombre de dictatures du vingti\u00e8me si\u00e8cle dans tout le monde, autant r\u00e9actionnaires que r\u00e9volutionnaires. A propos de son \u0153uvre, Garc\u00eda M\u00e1rquez croit que cette relation entre le mythique et la r\u00e9alit\u00e9 est naturelle en Am\u00e9rique Latine, dont le paysage surr\u00e9aliste a inspir\u00e9 aux chroniqueurs des Indes les descriptions les plus insens\u00e9es de la nature. Son chef-d\u2019\u0153uvre, <i>Cent ans de solitude<\/i>, est construit comme un r\u00e9cit mythique fondateur de Macondo, un peuple imaginaire condamn\u00e9 d\u2019avance \u00e0 la disparition et \u00e0 l\u2019oubli, dont l\u2019Histoire, cyclique et pleine d\u2019exc\u00e8s, s\u2019apparente \u00e0 celle de l\u2019Am\u00e9rique Latine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">La litt\u00e9rature moderne et le mythe se con\u00e7oivent comme deux choses compl\u00e8tement contraires. Le mythe est sacr\u00e9, anonyme et collectif. Le mythe parle d\u2019une exp\u00e9rience qui se vit socialement. La litt\u00e9rature moderne parle \u00e0 l\u2019inverse d\u2019une situation particuli\u00e8re et est plus que jamais li\u00e9e \u00e0 un auteur individuel. Elle n\u2019est pas tenue par une v\u00e9rit\u00e9 et par cons\u00e9quent, elle ne peut \u00eatre sacr\u00e9e. Dans l\u2019\u0153uvre de Gabriel Garc\u00eda M\u00e1rquez cependant, le mythe et la modernit\u00e9 coexistent. L\u2019\u0153uvre de Garc\u00eda M\u00e1rquez est profond\u00e9ment moderne et m\u00eame si elle est pleine de symboles surnaturels et m\u00e9taphysiques dans la forme, ses r\u00e9cits ne sont pas fondateurs, ils ne sont pas repr\u00e9sentatifs de l\u2019institution d\u2019une nation ni d\u2019un peuple. C\u2019est \u00e0 l\u2019inverse la destruction qui pr\u00e9vaut. Son \u0153uvre la plus repr\u00e9sentative \u00e0 propos de cela est <i>Cent ans de solitude<\/i>, dans laquelle les critiques y ont vu une m\u00e9taphore de l\u2019Histoire. <i>Cent ans de solitude<\/i>, le chef-d\u2019\u0153uvre de Garc\u00eda M\u00e1rquez\u00a0: il s\u2019agit de l\u2019Histoire d\u2019un peuple depuis sa gen\u00e8se jusqu\u2019\u00e0 son apocalypse qui a en commun avec le mythe, la pr\u00e9sence d\u2019\u00e9v\u00e9nements et d\u2019hommes extraordinaires\u00a0: la mont\u00e9e aux cieux, entre les draps, d\u2019une jeune fille d\u00e9mesur\u00e9ment belle ( Remedios-la-belle), les papillons jaunes qui poursuivent un ouvrier (Mauricio Babilonia), les pr\u00e9dictions des myst\u00e9rieux parchemins d\u2019un gitan (Melquiades) sur le destin de Macondo et de la famille Buend\u00eda. Son organisation est cyclique, donc les \u00e9v\u00e9nements et les noms se r\u00e9p\u00e8tent. Mais tous ces \u00e9v\u00e9nements, m\u00eame les plus extraordinaires, se basent sur les souvenirs de l\u2019\u00e9crivain et de sa famille et surtout sur les \u00e9pisodes de l\u2019histoire de la Colombie\u00a0: en particulier le massacre des bananeraies de la United Fruit Company et la guerre bipartite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Dans son livre <i>Une odeur de goyave<\/i>, \u00e9crit \u00e0 quatre mains avec l\u2019\u00e9crivain colombien Plinio Apuleyo Mendoza, Gabriel Garc\u00eda indique que cette mani\u00e8re de recr\u00e9er la r\u00e9alit\u00e9 avec des symboles surnaturels, que l\u2019on a nomm\u00e9e le r\u00e9alisme magique, est tr\u00e8s li\u00e9e \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique Latine. De fait, voici les chroniqueurs des Indes qui parl\u00e8rent de l\u2019Am\u00e9rique comme d\u2019un lieu fabuleux plein de cr\u00e9atures extraordinaires. Et Garc\u00eda M\u00e1rquez qui a dit que l\u2019on voit et entend \u00a0effectivement des histoires ahurissantes dans les Cara\u00efbes, comme des enfants sortant \u00e0 l\u2019aide de filets de p\u00eache des cadavres d\u2019animaux africains (un cirque noy\u00e9), un homme avec une queue de porc, une m\u00e8re qui pour cacher la fuite de sa fille de la maison dit qu\u2019elle s\u2019en est all\u00e9e aux cieux, ou la pr\u00e9sence d\u2019un pape aux Cara\u00efbes. Tous ces \u00e9pisodes qu\u2019il a recr\u00e9\u00e9s dans ses r\u00e9cits courts sont bas\u00e9s sur des faits que lui-m\u00eame a constat\u00e9s, sur les histoires qu\u2019on lui a racont\u00e9es et les superstitions typiques des peuples des Cara\u00efbes. Car les peuples des Cara\u00efbes sont en g\u00e9n\u00e9ral superstitieux, circonstance que Garc\u00eda M\u00e1rquez attribue \u00e0 l\u2019influence africaine. Pour lui, les bol\u00e9ros sont la preuve qu\u2019en Am\u00e9rique Latine et en particulier aux Cara\u00efbes, la r\u00e9alit\u00e9 se per\u00e7oit ou se raconte de mani\u00e8re exag\u00e9r\u00e9e. Entre le sublime et le kitsch, les bol\u00e9ros conduisent la r\u00e9alit\u00e9 jusqu\u2019aux limites de l\u2019imaginaire, c\u2019est pour cela qu\u2019il n\u2019y a rien d\u2019\u00e9trange \u00e0 ce que Garcia ait imagin\u00e9 qu\u2019un filet de sang d\u2019un personnage r\u00e9cemment assassin\u00e9, traverse un village entier jusqu\u2019\u00e0 arriver \u00e0 la maison de la m\u00e8re pour l\u2019avertir de la mort de son fils. Et ces types d\u2019\u00e9pisodes sont ceux qui caract\u00e9risent Macondo, inspir\u00e9 de Aracataca, son village natal \u2015 petit village qui h\u00e9bergeait les camps de la United Fruit Company, o\u00f9 l\u2019on arrivait dans de vieux trains utilis\u00e9s pour transporter la banane \u2015 et de Barranquilla \u2015 ville chaude et d\u00e9sol\u00e9e, dont on pourrait dire que c\u2019est la capitale \u00e9conomique et intellectuelle de la c\u00f4te colombienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Un autre des ph\u00e9nom\u00e8nes de la vie r\u00e9elle recr\u00e9\u00e9s par Garc\u00eda M\u00e1rquez est la dictature. L\u2019\u00e9crivain a \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9 par les dictateurs, il les a \u00e9tudi\u00e9s attentivement pour cr\u00e9er ses personnages. Cette fascination r\u00e9pond \u00e0 ce qu\u2019il a toujours d\u00e9test\u00e9 le pouvoir et \u00e0 ce qui l\u2019a reli\u00e9 \u00e0 la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, qui lui est arriv\u00e9e soudainement et qui, tout du moins, le mettait mal \u00e0 l\u2019aise. Dans <i>Une odeur de goyave<\/i>, il d\u00e9crit le pouvoir comme la r\u00e9alisation la plus haute et la plus complexe de l\u2019\u00eatre humain. Toute la grandeur et la mis\u00e8re humaines se conjuguent dans le pouvoir. Autant le pouvoir que la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 impliquent la solitude. Et la solitude de la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 est pareille \u00e0 celle du pouvoir puisque la strat\u00e9gie pour conserver le pouvoir comme celle de maintenir la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 finissent par se ressembler. <i>L\u2019automne du patriarche<\/i> et <i>La mala hora<\/i> sont ses deux romans les plus repr\u00e9sentatifs quant \u00e0 la figure du dictateur. Garc\u00eda lui-m\u00eame d\u00e9crit <i>L\u2019automne du patriarche<\/i> comme un po\u00e8me sur la solitude du pouvoir. Dans ce livre, le dictateur a un comportement mythico-po\u00e9tique dans le sens dont Max Bilen le d\u00e9crit dans son article \u00ab\u00a0comportement mythico-po\u00e9tique\u00a0\u00bb, qui s\u2019\u00e9loigne du banal, du licite, du normal, pour chercher \u00e0 transcender sa condition humaine. Le dictateur le fait au travers du pouvoir. Dans<i> L\u2019automne du patriarche<\/i>, le dictateur reste cent ans au pouvoir, mais il vit en plus hors du temps\u00a0: un jour il se l\u00e8ve et rencontre tous ses citoyens habill\u00e9s comme des valets de c\u0153ur\u00a0; il ouvre la fen\u00eatre qui donne sur la mer et voit les trois caravelles de Christophe Colomb pr\u00e8s du cuirass\u00e9 laiss\u00e9 par les marins nord-am\u00e9ricains. Deux faits historiques et un fantastique combin\u00e9s ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">\u00a0Dans ses \u0153uvres non fictionnelles, la r\u00e9alit\u00e9 latino-am\u00e9ricaine est aussi l\u2019une de ses principales pr\u00e9occupations. Dans son discours <i>La solitude de l\u2019Am\u00e9rique Latine<\/i>, prononc\u00e9 en Su\u00e8de \u00e0 l\u2019occasion de la r\u00e9ception du prix Nobel en 1982, il d\u00e9veloppe l\u2019id\u00e9e que les adaptations latino-am\u00e9ricaines des syst\u00e8mes de gouvernement en provenance de l\u2019Europe sont destin\u00e9es \u00e0 \u00e9chouer puisqu\u2019elles ne prennent pas en compte les particularit\u00e9s des peuples auxquels elles sont appliqu\u00e9es. Et cette id\u00e9e, l\u2019adaptation rat\u00e9e d\u2019un syst\u00e8me politique, Garc\u00eda M\u00e1rquez l\u2019a constat\u00e9e non seulement en Am\u00e9rique Latine, mais aussi en Europe de l\u2019Est, o\u00f9 la dictature du prol\u00e9tariat, malgr\u00e9 son caract\u00e8re subversif des d\u00e9buts, a fini par \u00eatre une dictature. Son voyage aux pays socialistes lui a confirm\u00e9 que les syst\u00e8mes politiques transplant\u00e9s ne prennent pas en terre \u00e9trang\u00e8re, quand bien m\u00eame ces derniers ont la \u00ab\u00a0bonne\u00a0\u00bb tendance politique\u00a0: Garc\u00eda M\u00e1rquez a cru au socialisme depuis son plus jeune \u00e2ge. Il raconte qu\u2019au lyc\u00e9e de Zipaquir\u00e1 \u00ab\u00a0il ne savait pas o\u00f9 se trouvait le nord ni o\u00f9 \u00e9tait le sud, mais il avait d\u00e9j\u00e0 deux convictions profondes\u00a0: que les bons romans devaient \u00eatre une transposition po\u00e9tique de la r\u00e9alit\u00e9 et que le destin imm\u00e9diat de l\u2019humanit\u00e9 est le socialisme\u00a0\u00bb. Dans ses chroniques publi\u00e9es sous le nom de <i>90 jours derri\u00e8re le rideau de fer<\/i>, il ne peut cacher un peu de d\u00e9ception et ses sentiments contradictoires. Ses conclusions ont \u00e9t\u00e9 que les peuples de l\u2019Europe de l\u2019Est ne se sont pas soulev\u00e9s contre le syst\u00e8me mais contre la r\u00e9pression et bien que quelques-unes de ces d\u00e9mocraties populaires soient \u00e9trang\u00e8res aux spectaculaires progr\u00e8s de la consommation, elles r\u00e9solvaient leurs probl\u00e8mes \u00e9l\u00e9mentaires \u00e0 huis-clos et tr\u00e8s lentement. Bien que paradoxalement ils aient investi une quantit\u00e9 incroyable de ressources dans les avanc\u00e9es de la technologie spatiale pour concurrencer le capitalisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Texte original <a href=\"http:\/\/cle.ens-lyon.fr\/espagnol\/entre-el-mito-y-la-realidad-en-la-obra-de-garcia-marquez-231594.kjsp?RH=cdl_esp000000\">ici<\/a>.<br \/>\nTraduction de Pauline Givonetti.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Suite \u00e0 la mort de Gabriel Garc\u00eda M\u00e1rquez le 17 avril dernier, toutes sortes de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":162,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_FSMCFIC_featured_image_caption":"","_FSMCFIC_featured_image_nocaption":"","_FSMCFIC_featured_image_hide":"","footnotes":""},"categories":[19],"tags":[35,36],"class_list":["post-55","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-litterature","tag-gabriel-garcia-marquez","tag-mythe"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=55"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":117,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55\/revisions\/117"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/media\/162"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=55"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=55"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=55"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}