{"id":250,"date":"2022-12-07T14:36:08","date_gmt":"2022-12-07T14:36:08","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/?p=250"},"modified":"2022-12-14T12:03:53","modified_gmt":"2022-12-14T12:03:53","slug":"entretien-avec-francois-albera","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/2022\/12\/07\/entretien-avec-francois-albera\/","title":{"rendered":"Entretien avec Fran\u00e7ois Albera, r\u00e9dacteur en chef de la Revue 1895"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>32\u00ba Salon de la Revue \u2013 Paris, 16 octobre 2022<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"http:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2022\/12\/IMG_5717.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"683\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2022\/12\/IMG_5717-683x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-251\" srcset=\"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2022\/12\/IMG_5717-683x1024.jpg 683w, https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2022\/12\/IMG_5717-200x300.jpg 200w, https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2022\/12\/IMG_5717-768x1152.jpg 768w, https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2022\/12\/IMG_5717-1024x1536.jpg 1024w, https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2022\/12\/IMG_5717.jpg 1146w\" sizes=\"(max-width: 683px) 100vw, 683px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Sens Public &#8211; Nous souhaitons vous interroger sur la p\u00e9riode la plus r\u00e9cente de la carri\u00e8re de Godard, nous nous int\u00e9ressons \u00e0 cette phase, notamment \u00e0 <\/em>Adieu au langage<em> (2014). Nous constatons chez le dernier Godard un int\u00e9r\u00eat plus marqu\u00e9 pour la relation entre l&rsquo;image et la parole, et comment il s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 l&rsquo;association des deux pour former un langage qui pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9largi, intensifi\u00e9. D&rsquo;autre part, dans ses derniers interviews il \u00e9voquait souvent le sujet du silence et on peut noter que le silence commence \u00e0 \u00eatre plus pr\u00e9sent dans son \u0153uvre, notamment par des images de la nature dans ces films. Et la forme de sa disparition nous interpelle, car il y a eu un suicide assist\u00e9 pour des raisons que nous ne connaissons pas tr\u00e8s bien. On peut pourtant se demander si cette forme de disparition pourrai \u00eatre li\u00e9e \u00e0 un d\u00e9sir de garder le silence, ou plut\u00f4t si elle est li\u00e9e \u00e0 un \u00e9puisement du langage. Pensez-vous qu&rsquo;en fin de compte, il ne croyait pas \u00e0 grand-chose, notamment aux mots ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a un paradoxe chez Godard : il a toujours pr\u00e9conis\u00e9 une certaine pr\u00e9dominance de l\u2019image, une n\u00e9cessit\u00e9 de partir de l\u2019image comme il dit, comme un m\u00e9decin part de la radio d\u2019un malade plut\u00f4t que des mots. Dans la mesure o\u00f9 si l\u2019on part des mots on va asservir l\u2019image \u00e0 la parole et ne pas regarder ce qu\u2019il y a dans l\u2019image. Le paradoxe est que ses films sont extr\u00eamement parl\u00e9s. La parole est un outil important, la langue \u00e9crite et la parole orale, pour d\u00e9crypter ces images dont il dit qu\u2019elle parle toute seule. C\u2019est comme s\u2019il suffisait de regarder l\u2019image, mais il n\u2019a jamais donn\u00e9 d\u2019exemple d\u2019image qu\u2019il suffisait de regarder. Par exemple si on prend <em>Sur et sous la communication<\/em>, o\u00f9 il y a beaucoup d\u2019analyse d\u2019image, par exemple la photographie dans le stade de Dacca o\u00f9 il est soldat est en train de tuer un prisonnier, ou bien le petit film qui s\u2019appelle <em>Lettre \u00e0 Jane Fonda<\/em>, ou beaucoup d\u2019autres films, pareil dans qu\u2019il a pu \u00e9crire, par exemple, dans le num\u00e9ro 300 des <em>Cahiers du cin\u00e9ma<\/em>. Il y a toujours l\u2019\u00e9criture, ou la parole et l\u2019image. Donc, il y a d\u00e9j\u00e0 un probl\u00e8me dont il pr\u00e9sente les choses et la mani\u00e8re dont il les pratique. Je pense qu\u2019il y a toujours eu chez lui jusqu\u2019au bout ces deux param\u00e8tres. Alors quand vous dites qu\u2019il se serait donn\u00e9 la mort pour entrer dans le silence, \u00e9videmment on peut penser \u00e0 ce qu\u2019il a beaucoup racont\u00e9, que, quand il avait 6 ans, il avait arr\u00eat\u00e9 de parler. Quand il avait lu le livre de Brice Parain, <em>M\u00e9taphysique de la parole<\/em>, il avait pu parler. Il a souvent mis en sc\u00e8ne &#8211; c\u2019est peut-\u00eatre vrai, on n\u2019en sait rien, \u2013 qu\u2019il avait des phases d\u2019aphasie, de silence revendiqu\u00e9, Maurice Blanchot qui a dit qu\u2019il faut aller vers le silence. Mais pour ce qui est de sa mort, il faut quand m\u00eame savoir qu\u2019en Suisse, il y a eu dans le journal <em>Le Temps<\/em>, une interview du responsable de cet organisme qui donne les m\u00e9dicaments pour aller vers la mort. Et ce type \u00e0 dit qu\u2019on ne savait pas tout. Godard n\u2019a pas demand\u00e9 simplement parce qu\u2019il avait envie de mourir. En fait ils ne donnent ces m\u00e9dicaments qu\u2019\u00e0 des gens qui ont un probl\u00e8me de sant\u00e9 qui est sans espoir. Donc il avait certainement quelque chose qui faisait qu\u2019\u00e0 court ou \u00e0 moyen terme il allait entrer dans une phase o\u00f9 il ne pourrait plus, je ne sais pas, marcher, plus penser et c\u2019est \u00e7a qu\u2019il a voulu raccourcir, ne pas devenir grabataire\u2026 Il y a \u00e9galement \u00e0 Rolle o\u00f9 il habitait, un autre cin\u00e9aste important qui est Jean-Marie Straub. Et Straub est entr\u00e9 dans le silence apr\u00e8s la mort de sa femme, Dani\u00e8le Huillet. Il a fait toute une s\u00e9rie de films, mais petit \u00e0 petit il est entr\u00e9 dans le silence, \u00e9galement parce qu\u2019il a fait un AVC<em>.<\/em> En tout cas il est l\u00e0, mais il n\u2019a plus envie d\u2019\u00e9changer, il caresse son chat, il regarde le paysage des lacs, alors qu\u2019avant il \u00e9tait tr\u00e8s actif par la parole, tr\u00e8s offensif. C\u2019est tr\u00e8s myst\u00e9rieux\u2026 Je connais les deux, je ne peux pas vous dire quelle est la v\u00e9rit\u00e9. Straub, par exemple, quand Jacques Rivette a eu Alzheimer et qu\u2019il \u00e9tait devenu compl\u00e8tement silencieux, pour des raisons qui n\u2019\u00e9taient pas volontaires, disait \u00ab Ah, mais il est tr\u00e8s bien l\u00e0 o\u00f9 il est \u00bb. Il ne s\u2019insurgeait pas, il ne se scandalisait pas, il ne disait pas \u00ab comme c\u2019est dommage \u00bb. Parce que Straub, c\u2019est quelqu\u2019un qui accepte et qui n\u2019a pas la pr\u00e9tention de placer l\u2019humain au-dessus de la nature, au contraire. Quand on pense \u00e0 <em>La Mort d\u2019Emp\u00e9docle<\/em>, il reprend H\u00f6lderlin, la nature est au-dessus de l\u2019homme. Godard avait un peu la position inverse, au d\u00e9part. Il \u00e9tait dans la ma\u00eetrise, par les outils du cin\u00e9ma. C\u2019est un point de vue assez diff\u00e9rent. Il n\u2019a jamais laiss\u00e9 parler tellement la nature dans ses films jusqu\u2019\u00e0 un certain moment. C\u2019est plut\u00f4t dans les films de la fin qu\u2019il a commenc\u00e9 \u00e0 filmer les vagues, le lac, les nuages. \u00c7a arrive dans cette \u00e9poque-l\u00e0 o\u00f9 il est plus contemplatif. On pourrait dire \u00ab contemplatif \u00bb par opposition \u00e0 \u00ab actif \u00bb. Avec une <em>praxis<\/em> qui \u00e9tait d\u2019abord \u2013 dans ses premiers films n\u2019en parlons pas \u2013 mais dans sa p\u00e9riode politique, et un peu apr\u00e8s, jusqu\u2019\u00e0 <em>Sauve qui peut (la vie)<\/em>, sa pr\u00e9occupation de lecture des images, de consid\u00e9ration des choses \u00e9tait une position de ma\u00eetrise, de compr\u00e9hension. Il y a juste apr\u00e8s il est devenu plus contemplatif. Je pense parce que l\u2019utopie politique n\u2019a pas d\u00e9bouch\u00e9 sur une r\u00e9alit\u00e9, \u00e7a a rat\u00e9, c\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9chec. C\u2019est comme le film sur la lutte des Palestiniens, il a soutenu cette lutte toute sa vie, mais quand il a voulu faire le film <em>Jusqu\u2019\u00e0 la victoire<\/em>, qui est devenu <em>Ici et Ailleurs<\/em>, il a pris acte du fait qu\u2019on ne peut pas filmer \u00e7a, on ne peut pas raconter \u00e7a. Il y a donc la mise en sc\u00e8ne dans ses propres films de l\u2019\u00e9chec \u00e0 avoir une ma\u00eetrise. Si on pense \u00e0 <em>Week-end <\/em>ou \u00e0 <em>La Chinoise<\/em>, l\u00e0 c\u2019est tr\u00e8s diff\u00e9rent. Il faut vraiment, m\u00eame s\u2019il y a une continuit\u00e9 dans l\u2019\u0153uvre de Godard, consid\u00e9rer les p\u00e9riodes, c\u2019est tr\u00e8s important.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Concernant les phases de la carri\u00e8re de Godard que vous avez mentionn\u00e9e, on voit un changement chez Godard dans les derni\u00e8res ann\u00e9es, et finalement dans <\/em>Adieu au langage<em> on peut trouver une sorte d\u2019aboutissement de ces exp\u00e9rimentations autour du langage\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Oui, de mani\u00e8re de d\u00e9clarative, comme positionnement, il veut dire \u00ab adieu au langage \u00bb. Mais ce n\u2019est pas un adieu qui aboutit au silence. &nbsp; Il y a quelque chose de m\u00e9lancolique, une sorte de d\u00e9ception avec la soci\u00e9t\u00e9. Godard s\u2019est retir\u00e9 de Paris, de toute l\u2019activit\u00e9 qu\u2019il avait eue jusqu\u2019\u00e0 <em>Tout va bien<\/em>, il est all\u00e9 en province, \u00e0 Grenoble puis il est rentr\u00e9 en Suisse. Il y a toute une d\u00e9marche de retrait, de ne plus \u00eatre dans le cours des choses, alors qu\u2019avant il adorait saisir les choses, faire des films \u00e0 la fois. Donc son retour au cin\u00e9ma ne s\u2019op\u00e8re pas comme un retour \u00e0 la situation ant\u00e9rieure, apr\u00e8s 1972 surtout.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>32\u00ba Salon de la Revue \u2013 Paris, 16 octobre 2022 Sens Public &#8211; Nous souhaitons [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":28,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_FSMCFIC_featured_image_caption":"","_FSMCFIC_featured_image_nocaption":"","_FSMCFIC_featured_image_hide":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-250","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/250","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/users\/28"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=250"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/250\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":279,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/250\/revisions\/279"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=250"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=250"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=250"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}