{"id":240,"date":"2022-12-07T14:31:05","date_gmt":"2022-12-07T14:31:05","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/?p=240"},"modified":"2022-12-14T12:01:01","modified_gmt":"2022-12-14T12:01:01","slug":"podcast-avec-francois-albera-redacteur-en-chef-de-la-revue-1895","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/2022\/12\/07\/podcast-avec-francois-albera-redacteur-en-chef-de-la-revue-1895\/","title":{"rendered":"Podcast avec Fran\u00e7ois Albera, r\u00e9dacteur en chef de la Revue 1895"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>32\u00ba Salon de la Revue \u2013 Paris, 16 octobre 2022<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-spreaker wp-block-embed-spreaker wp-embed-aspect-9-16 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" title=\"entretien Fran\u00e7ois Albera - 32e Salon de la Revue\" src=\"https:\/\/widget.spreaker.com\/player?episode_id=51977939&#038;theme=light&#038;playlist=false&#038;cover_image_url=https%3A%2F%2Fd3wo5wojvuv7l.cloudfront.net%2Fimages.spreaker.com%2Foriginal%2Fb99053d1acb86ebec55e2e23ffb7ebde.jpg#?secret=3PDuhV7C1v\" data-secret=\"3PDuhV7C1v\" width=\"900\" height=\"1000\" frameborder=\"0\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Pouvez-vous pr\u00e9senter votre revue 1895 ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>1895 Revue d\u2019Histoire du Cin\u00e9ma<\/em> c\u2019est une revue qui \u00e9mane d\u2019une association de recherche sur l\u2019histoire du cin\u00e9ma, l\u2019<em>Association fran\u00e7aise de recherche sur l\u2019histoire du cin\u00e9ma<\/em>, cr\u00e9\u00e9e dans les ann\u00e9es 80 et qui est, donc, vou\u00e9e \u00e0 l\u2019histoire du cin\u00e9ma sous toutes ses formes. Au d\u00e9part c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t les d\u00e9buts du cin\u00e9ma, d\u2019o\u00f9 ce titre: 1895. Naissance du cin\u00e9ma, les fr\u00e8res Lumi\u00e8re, etc, et puis, progressivement et m\u00eame assez rapidement, c\u2019est toute l\u2019histoire du cin\u00e9ma et de tous les pays. Elle para\u00eet trois fois \u00e0 l\u2019an, elle fait environ actuellement 200-250 pages par livraison et son principe c\u2019est que les travaux qu\u2019on publie proc\u00e8dent d\u2019une recherche originale, avec des documents nouveaux sur un quelconque sujet de cin\u00e9ma, et on renouvelle l\u2019approche de ce sujet par des recherches en archives, des d\u00e9couvertes, des sources nouvelles \u00e0 exploiter ou un angle nouveau par rapport \u00e0 ce qu\u2019on sait d\u00e9j\u00e0 de ce film, de ce pays, de ce cin\u00e9aste, de ce groupe de cin\u00e9astes, enfin, c\u2019est assez large.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La revue se d\u00e9cline en plusieurs rubriques. Il y a, au d\u00e9but, une rubrique qui s\u2019appelle <em>Le point de vue<\/em>, qui est une r\u00e9flexion de type m\u00e9thodologique, \u00e9pist\u00e9mologique sur la mani\u00e8re de mener un travail sur un sujet d\u2019histoire du cin\u00e9ma. C\u2019est, en quelque sorte, une contribution \u00e0 l\u2019historiographie du cin\u00e9ma, \u00e0 la mani\u00e8re de faire du cin\u00e9ma, d\u2019\u00e9crire l\u2019histoire du cin\u00e9ma. Ensuite, il y a trois \u00e9tudes, qui sont des \u00e9tudes de cas sur des exemples concrets et qui r\u00e9pondent en particulier \u00e0 ces pr\u00e9requis que j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire, l&rsquo;exploitation des fonds, des sources, etc. Ensuite, il y a une troisi\u00e8me partie qui s\u2019appelle <em>Archives<\/em> et qui publie, de mani\u00e8re parfois plus brute, des mat\u00e9riaux. Par exemple, on va publier dans un num\u00e9ro \u00e0 venir une version in\u00e9dite du sc\u00e9nario de <em>L\u2019Assassinat du duc de Guise<\/em>, un film de 1908 qui est fameux dans l\u2019histoire du cin\u00e9ma. Il se trouve que la BNF l\u2019a acquis, il y a quelque temps, dans un fond o\u00f9 il y avait ce mat\u00e9riel, donc l\u2019un de nos collaborateurs pr\u00e9sente ce sc\u00e9nario et on le publie. Cela peut \u00eatre des documents, une filmographie ou l\u2019inventaire d\u2019un fond nouveau. Et puis, la quatri\u00e8me partie, elle s\u2019appelle <em>Chroniques<\/em> &#8211; de comptes rendus de bouquins, de revues, de colloques, de journ\u00e9es d\u2019\u00e9tude, d\u2019expositions concernant le cin\u00e9ma. Voil\u00e0, en gros, comment se pr\u00e9sente la revue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2. Quelle est la situation du cin\u00e9ma apr\u00e8s la Covid ? Comment on consomme le cin\u00e9ma si on ne le consomme pas dans les salles ?&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u00e0, ce n\u2019est pas en tant que r\u00e9dacteur en chef de <em>1895 Revue d\u2019Histoire du Cin\u00e9ma<\/em> que je vous parle, parce qu\u2019on n\u2019a pas publi\u00e9 des travaux sur cet aspect des choses qui est l\u2019actualit\u00e9. On est dans l\u2019histoire, m\u00eame si l\u2019histoire peut devenir tr\u00e8s proche de nous, mais ce n\u2019est quand m\u00eame pas de ce qui se passe au moment m\u00eame dont nous parlons, \u00e0 ce moment-l\u00e0 on est plus dans l&rsquo;histoire. Je vais vous dire des choses que tout le monde dit, que la <em>Soci\u00e9t\u00e9 des r\u00e9alisateurs de films<\/em> est all\u00e9e dire au Minist\u00e8re de la Culture : il y a une chute de la fr\u00e9quentation parce qu\u2019on a, de mani\u00e8re assez arbitraire, disons, fait porter un certain poids aux salles de cin\u00e9ma de la part du gouvernement de M.Macron, on a consid\u00e9r\u00e9 que ce n\u2019\u00e9tait pas essentiel de laisser ouvertes les salles de cin\u00e9ma, m\u00eame avec des pr\u00e9cautions : des fauteuils distants, des masques obligatoires, d\u2019a\u00e9ration\u2026 on a consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019on fermait, comme on a ferm\u00e9 certains caf\u00e9s. Et, tout \u00e7a, \u00e9videmment, a eu comme cons\u00e9quence, aussi bien pour les caf\u00e9s que pour les restaurants, qui ont ouvert plus t\u00f4t que les salles de cin\u00e9ma, de cr\u00e9er des situations \u00e9conomiques menant des entreprises \u00e0 la faillite. Donc, le cin\u00e9ma, \u00e9videmment, souffre \u00e9norm\u00e9ment de cette situation parce que les consommateurs de films, enfin, les spectateurs, plus exactement, ont pris d\u2019autres habitudes, ils ont pris l\u2019habitude de regarder des films chez eux, soit sur DVD, soit sur les plateformes. On a aussi laiss\u00e9, juridiquement parlant, les plateformes occuper l\u2019espace qui \u00e9tait d\u00e9sormais vacant. Donc l\u00e0 c\u2019est une mani\u00e8re, pas de couler, mais, en tout cas, de faire tort au cin\u00e9ma. Manifestement, le gouvernement, et encore moins son Minist\u00e8re de la Culture, qui est croupion depuis des ann\u00e9es (ce n\u2019est pas qu\u2019il ne fait rien, sans doute qu\u2019il n\u2019a aucune latitude laiss\u00e9e par le pr\u00e9sident mais, enfin, \u00e7a c\u2019est le probl\u00e8me de ses ministres) il n\u2019y a aucune pr\u00e9occupation de la survie, alors qu\u2019on dit que le cin\u00e9ma fran\u00e7ais est le troisi\u00e8me du monde apr\u00e8s l\u2019am\u00e9ricain et l\u2019indien en termes de production, que le nombre des salles de cin\u00e9ma est beaucoup plus \u00e9lev\u00e9 quantitativement en France que dans les autres pays d\u2019Europe et, n\u00e9anmoins, on va laisser crever ou, en tout cas, p\u00e9ricliter, cette situation. Alors, il y a divers probl\u00e8mes qui se cumulent : il y a les t\u00e9l\u00e9visions, enfin, le syst\u00e8me de financement du cin\u00e9ma, il y a le bras de fer avec les plateformes comme Disney, qui veut sortir ses films en m\u00eame temps sur les plateformes et dans les salles, si on lui dit que ce n\u2019est pas possible il dit \u201cdans ce cas-l\u00e0 je ne le sors pas dans les salles\u201d, et donc les salles vont perdre de l\u2019argent, je ne vais pas rentrer dans les d\u00e9tails. En ao\u00fbt, \u00e7a touche le cin\u00e9ma qui ne m\u2019int\u00e9resse pas \u00e9norm\u00e9ment: le grand cin\u00e9ma des grands publics qui, il est vrai, fait vivre l\u2019autre cin\u00e9ma. Mais ce syst\u00e8me de vases communicants risque d\u2019avoir du mal \u00e0 perdurer si l\u2019Etat ne s\u2019en m\u00eale pas et, de toute fa\u00e7on, depuis l\u2019invention du cin\u00e9ma, ou presque, si l\u2019Etat ne se m\u00eale pas d\u2019aider le cin\u00e9ma, c\u2019est-\u00e0-dire, ne reconna\u00eet pas sa valeur culturelle et artistique, le cin\u00e9ma ne peut pas vivre sauf \u00e0 avoir un bassin de diffusion comme les pays de langue anglaise, donc l\u00e0 il y a un grave probl\u00e8me dont, manifestement, le gouvernement ne se pr\u00e9occupe pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Pouvez-vous partager votre histoire avec Jean-Luc Godard ?&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;admirais beaucoup Jean-Luc Godard pendant mon adolescence. J&rsquo;allais voir tous ses films, j&rsquo;ai vu <em>Pierrot le Fou<\/em> 18 fois \u00e0 sa sortie donc j&rsquo;\u00e9tais dans un rapport extr\u00eamement empathique et plus que cela, c&rsquo;\u00e9tait mon mod\u00e8le parce que je voulais d&rsquo;ailleurs faire du cin\u00e9ma \u00e0 cette \u00e9poque. J&rsquo;\u00e9tais au lyc\u00e9e, j&rsquo;ai pass\u00e9 le bac en 1968 et j&rsquo;ai rencontr\u00e9 Godard pour la premi\u00e8re fois au festival de Locarno en septembre 1968 o\u00f9 il n&rsquo;a pas pr\u00e9sent\u00e9 de film lui-m\u00eame, mais il a accompagn\u00e9 Michel Cournot qui montrait <em>Les Gauloises bleues<\/em>. J&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion de lui parler en disant que je voulais faire du cin\u00e9ma, mais il m&rsquo;a d\u00e9courag\u00e9 en disant qu&rsquo;il ne faut pas faire de cin\u00e9ma. Il disait : \u201cIl ne faut pas faire des films sur les gens, mais il faut donner aux gens des cam\u00e9ras.\u201d Comme, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, j&rsquo;\u00e9tais au lyc\u00e9e en Haute-Savoie, il m&rsquo;avait conseill\u00e9 de donner des cam\u00e9ras aux paysans pour qu&rsquo;ils fassent leurs propres films. Alors, je ne dis pas que c&rsquo;\u00e9tait d\u00e9cisif, mais \u00e7a m&rsquo;a un peu refroidi dans l&rsquo;id\u00e9e de faire les films, d&rsquo;autant plus que j&rsquo;\u00e9tais engag\u00e9 politiquement comme beaucoup de gens et Godard aussi en 1968 (extr\u00eame-gauche) et donc l&rsquo;id\u00e9e de faire des films sur le mode classique devenait insupportable. L&rsquo;id\u00e9e \u00e9tait plut\u00f4t de faire des films militants, des films subversifs etc., ce qu&rsquo;il a fait d&rsquo;ailleurs pendant plusieurs ann\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et puis, j&rsquo;ai fait mes \u00e9tudes \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Lyon en philosophie, mais j&rsquo;\u00e9tais toujours un cin\u00e9phile donc j&rsquo;ai fait un m\u00e9moire sur Eisenstein, parce que j&rsquo;\u00e9tais int\u00e9ress\u00e9 par les \u00e9crits d&rsquo;Eisenstein qui sortaient \u00e0 ce moment-l\u00e0 dans les Cahiers du cin\u00e9ma. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 approch\u00e9 pour travailler dans un organisme \u00e0 Gen\u00e8ve qui s&rsquo;appelle le <em>Centre d&rsquo;animation cin\u00e9matographique, <\/em>un organisme \u00e0 mi-chemin entre la p\u00e9dagogie, les \u00e9coles, le cin\u00e9-club et le grand public et puis j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 engag\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Ecole des Beaux-Arts et \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole des Arts d\u00e9coratifs de la ville pour donner des cours sur le cin\u00e9ma. L\u00e0, il y a eu un encha\u00eenement de circonstances qui a fait que le directeur de l&rsquo;\u00e9cole m&rsquo;a confi\u00e9 les ateliers de cin\u00e9ma\/vid\u00e9o en m\u00eame temps qu\u2019\u00e0 un cin\u00e9aste suisse qui connaissait Godard, Francis Reusser en 1975-76. Il connaissait tr\u00e8s bien Godard et Anne-Marie Mi\u00e9ville, avec qui il avait v\u00e9cu un certain temps. Godard est revenu de Paris en Suisse \u00e0 ce moment-l\u00e0, il est all\u00e9 vivre en Suisse \u00e0 Rolle avec Anne-Marie Mi\u00e9ville. Il est venu \u00e0 Grenoble pour faire des vid\u00e9os sur la communication du <em>Tour de France de deux enfants <\/em>&nbsp;et il est venu \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole o\u00f9 j&rsquo;ai enseign\u00e9 avec Reusser parce qu\u2019on avait eu l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;inviter les cin\u00e9astes et pas seulement de faire des cours, pour abolir la division entre la th\u00e9orie et la pratique. On a essay\u00e9 d&rsquo;inventer une p\u00e9dagogie nouvelle. L\u2019un de nos premiers \u00e9tudiants, Fran\u00e7ois Musy, est devenu ing\u00e9nieur du son pour Jean-Luc Godard. Godard venait discuter avec nous parce qu&rsquo;il cherchait des contacts et donc on a eu des \u00e9changes en ce moment-l\u00e0 et il a travaill\u00e9 aux histoires de cin\u00e9ma. Il \u00e9tait tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9 par des cours que j&rsquo;ai donn\u00e9 sur l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma pour qu&rsquo;on \u00e9change et de temps en temps, il m&rsquo;invitait de venir avec des \u00e9tudiants dans son atelier, qui \u00e9tait pr\u00e8s de la gare \u00e0 Gen\u00e8ve pour enregistrer quelque chose, discuter sur l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma, comment faire l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma pour que \u00e7a ne soit pas conventionnel, etc. D&rsquo;autre part, il voulait faire une revue donc j&rsquo;ai travaill\u00e9 avec lui sur ce projet de revue du cin\u00e9ma qui serait parti des image et pas le texte, c&rsquo;\u00e9tait \u00e7a l&rsquo;id\u00e9e. On a boss\u00e9 pendant une ann\u00e9e. Il y avait Robert Linhart, Philippe Gavi qui \u00e9tait aux Temps Modernes, Anne-Marie Mi\u00e9ville etc. Moi-m\u00eame j&rsquo;\u00e9tais critique de cin\u00e9ma dans un journal d&rsquo;extr\u00eame-gauche \u00e0 Gen\u00e8ve qui s&rsquo;appelait <em>La Voix ouvri\u00e8re <\/em>et j&rsquo;ai faisais des exp\u00e9rimentations un peu godardiennes dans ce journal (par ex. des mises en page avec des images qui circulaient entre elles\u2026). ll y a eu la conf\u00e9rence \u00e0 Amsterdam o\u00f9 je l&rsquo;ai accompagn\u00e9. A un moment donn\u00e9, il a d\u00e9cid\u00e9 de faire les Cahiers du cin\u00e9ma tout seul, le num\u00e9ro 300 des Cahiers. Il a \u00e9crit une lettre \u00e0 chacun entre nous qui devions travailler avec lui. Il m&rsquo;avait \u00e9crit une lettre sur la mise en rapport d<em>&lsquo;Octobre<\/em> d&rsquo;Eisenstein avec <em>L&rsquo;homme de marbre<\/em> d&rsquo;Andrej Wajda, sur la r\u00e9volution russe et puis la stratification de l&rsquo;id\u00e9al r\u00e9volutionnaire en Pologne. Apr\u00e8s, il est revenu au cin\u00e9ma avec <em>Sauve qui peut (la vie) <\/em>et <em>Passion. <\/em>Comme je travaillais sur l&rsquo;ensemble des textes d&rsquo;Eisenstein, pour travailler sur des textes que j&rsquo;ai \u00e9dit\u00e9s, j&rsquo;allais \u00e0 Moscou assez r\u00e9guli\u00e8rement. Un ensemble de textes sur la peinture. \u00c7a \u00e0 donn\u00e9 lieu \u00e0 un bouquin qui s&rsquo;appelle <em>Cin\u00e9matisme <\/em>qui est paru en Belgique en 1980 et \u00e7a beaucoup int\u00e9ress\u00e9 Jean-Luc Godard, car c&rsquo;\u00e9tait en lien avec son film <em>Passion <\/em>o\u00f9 un cin\u00e9aste veut mettre en sc\u00e8ne des tableaux vivants: Le Greco, Watteau, Rembrandt, Goya, qui sont des tableaux analys\u00e9s aussi par Eisenstein dans <em>Cin\u00e9matisme. <\/em>Apr\u00e8s, on s&rsquo;est perdu un peu de vue quand il a fait <em>Je vous salue, Marie. <\/em>M\u00eame s&rsquo;il venait un peut \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, ses pr\u00e9occupations m\u00e9taphysiques ne m&rsquo;int\u00e9ressaient plus beaucoup. Mais j&rsquo;ai continu\u00e9 voir ses films et l\u00e0 derni\u00e8re fois qu&rsquo;on s&rsquo;est vu, c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 l&rsquo;enterrement de Danielle Huillet, la femme de Jean marie Straub quand elle est morte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4. Godard a travaill\u00e9 avec tous les outils de l&rsquo;image, l&rsquo;image fixe, la vid\u00e9o et le montage. Il a cr\u00e9e une approche multicouche qui nous apprend \u00e0 voir. Comment pouvons-nous apprendre \u00e0 voir apr\u00e8s sa mort ?&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai tir\u00e9 des le\u00e7ons de ma fr\u00e9quentation avec Godard et aussi de ma fr\u00e9quentation de ses films, savoir quoi regarder dans une image, ce qu\u2019il peut y avoir sous cette image, les autres images qui sont convoqu\u00e9es par cette image, des assonances, des rapports qui peuvent \u00eatre conflictuels, qui peuvent \u00eatre d&rsquo;exclusion r\u00e9ciproque ou au contraire de proximit\u00e9. J&rsquo;ai enseign\u00e9 l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Lausanne de mani\u00e8re tout \u00e0 fait acad\u00e9mique, mais toujours avec la pr\u00e9occupation de montrer aux gens des images en faisant des rapports lointains, puisque, comme il disait en citant Pierre Reverdy : les choses \u00e9loign\u00e9es qui sont mises en rapport produisent \u00e9videmment d\u2019autres choses. Il y a deux choses, il y a une image, mais il y a aussi un appareil qui produit une image. C&rsquo;est une des choses auxquelles Godard a toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s attentif, comment on produit les images. Harun Farocki \u00e0 tir\u00e9 des le\u00e7ons de Godard, \u00e0 mon avis, il a tir\u00e9 le c\u00f4t\u00e9 appareillage, dispositif. Godard a souvent parl\u00e9 de ce qu&rsquo;est une image, mais aussi de comment elle est produite, par exemple une image avec des photogrammes sur une pellicule de 35 millim\u00e8tres ce n&rsquo;est pas une image vid\u00e9o qui a un balayage \u00e9lectronique, ce n&rsquo;est pas non plus une image num\u00e9rique. Cette attention \u00e0 comment on fabrique de l&rsquo;image est une des le\u00e7ons qu&rsquo;il faut tirer et surtout de ne pas croire \u00e0 une cat\u00e9gorie supra-mat\u00e9rielle de l&rsquo;image en g\u00e9n\u00e9ral parce que \u00e7a n&rsquo;existe pas. Il n&rsquo;y a que des images qui sont produites de certaines fa\u00e7ons et le rapport au r\u00e9el ce n&rsquo;est pas seulement le rapport \u00e0 son r\u00e9f\u00e8rent, c&rsquo;est l&rsquo;image telle qu&rsquo;elle est fabriqu\u00e9e. C&rsquo;est une chose sp\u00e9cifique, la fabrication de l&rsquo;image. Quoi qu&rsquo;il se passe dans l&rsquo;avenir dans le domaine des images et des sons, dans la technologie, si on garde dans la t\u00eate cette vigilance godardienne, on sera mieux plac\u00e9 pour appr\u00e9hender ce que c&rsquo;est qu\u2019une image. A l\u2019heure actuelle je crains beaucoup une esp\u00e8ce de dilution de l&rsquo;image, que toutes les images s\u2019\u00e9quivalent. \u00c9videmment, sur l\u2019\u00e9cran d\u2019ordinateur, qu\u2019une image ait \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9e avec un poin\u00e7on, avec un stylo, avec un pinceau, avec un appareil de prise de vue ou quoi que ce soit, c\u2019est toujours la m\u00eame chose, c\u2019est l\u2019\u00e9quivalent g\u00e9n\u00e9ral, au sens o\u00f9 la monnaie est l\u2019\u00e9quivalent g\u00e9n\u00e9ral du capital. Donc \u00e7a, c\u2019est une chose, d\u2019ailleurs, qu\u2019Hitler a plus ou moins dit : que du coup, le num\u00e9rique c\u2019est l\u2019\u00e9quivalent g\u00e9n\u00e9ral, c\u2019est l&rsquo;interpr\u00e9tant universel. Mais \u00e7a, je suis contre, je pense que c\u2019est une illusion qui va nous jouer des mauvais tours, et qu\u2019il faut savoir \u00e0 quoi on a affaire mat\u00e9riellement, je suis mat\u00e9rialiste si vous voulez, c\u2019est pour \u00e7a que je vous disais que la m\u00e9taphysique m\u2019int\u00e9ressait moins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Merci beaucoup d\u2019avoir pris le temps de nous r\u00e9pondre.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n\n<a class=\"wp-block-read-more\" href=\"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/2022\/12\/07\/podcast-avec-francois-albera-redacteur-en-chef-de-la-revue-1895\/\" target=\"_self\">Lire la suite<span class=\"screen-reader-text\">\u00a0: Podcast avec Fran\u00e7ois Albera, r\u00e9dacteur en chef de la Revue 1895<\/span><\/a>\n\n<a class=\"wp-block-read-more\" href=\"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/2022\/12\/07\/podcast-avec-francois-albera-redacteur-en-chef-de-la-revue-1895\/\" target=\"_self\">Lire la suite<span class=\"screen-reader-text\">\u00a0: Podcast avec Fran\u00e7ois Albera, r\u00e9dacteur en chef de la Revue 1895<\/span><\/a>\n\n\n<div class=\"wp-block-cover is-light is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow\"><span aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-cover__background has-background-dim-100 has-background-dim\"><\/span><div class=\"wp-block-cover__inner-container\"><\/div><\/div>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-code\"><code><\/code><\/pre>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>32\u00ba Salon de la Revue \u2013 Paris, 16 octobre 2022 Pouvez-vous pr\u00e9senter votre revue 1895 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":28,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_FSMCFIC_featured_image_caption":"","_FSMCFIC_featured_image_nocaption":"","_FSMCFIC_featured_image_hide":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-240","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/240","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/users\/28"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=240"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/240\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":275,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/240\/revisions\/275"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=240"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=240"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=240"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}