{"id":181,"date":"2018-04-29T20:36:05","date_gmt":"2018-04-29T20:36:05","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/?p=181"},"modified":"2018-04-29T20:41:41","modified_gmt":"2018-04-29T20:41:41","slug":"le-capitaine-pamphile-dalexandre-dumas-par-imane-boulkroun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/2018\/04\/29\/le-capitaine-pamphile-dalexandre-dumas-par-imane-boulkroun\/","title":{"rendered":"Le Capitaine Pamphile d\u2019Alexandre Dumas, par Imane Boulkroun"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">La France connut au XIX<sup>\u00e9me<\/sup> si\u00e8cle un profond bouleversement\u00a0:\u00a0libert\u00e9 contre autorit\u00e9, progr\u00e8s contre traditions, science contre religion, souverainet\u00e9 nationale contre l\u00e9gitimit\u00e9 monarchique, citoyen contre sujet, valorisation de l\u2019avenir contre valorisation du pass\u00e9, etc. Ce si\u00e8cle fut marqu\u00e9 par un renouvellement total de l\u2019inspiration po\u00e9tique; en fermant les salons, en suspendant les \u00e9tudes classiques et en accroissant prodigieusement le nombre des lecteurs.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les \u00e9crivains, lib\u00e9r\u00e9s du contr\u00f4le de la soci\u00e9t\u00e9 polie, de la tutelle des r\u00e8gles, de la tyrannie exerc\u00e9e par le go\u00fbt \u00e9troit d\u2019une \u00e9lite, ne prirent plus conseil que d\u2019eux-m\u00eames. Les changements op\u00e9r\u00e9s par la R\u00e9volution et l\u2019Empire lib\u00e9r\u00e8rent la litt\u00e9rature des entraves du pass\u00e9, le champ de la litt\u00e9rature s\u2019\u00e9largit d\u00e9mesur\u00e9ment, les questions jusqu\u2019alors r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 l\u2019ordre social, politique et religieux furent librement d\u00e9battues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle invente les patrons de la presse, qui inventent les journaux, qui, \u00e0 leur tour, inventent Alexandre Dumas. De son vrai nom Alexandre Davy de la Pailleterie est n\u00e9 \u00e0 Villers-Cotter\u00eats en 1802 fils d&rsquo;un g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;Empire, petit-fils d&rsquo;un marquis cr\u00e9ole et d&rsquo;une esclave noire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Priv\u00e9 de la possibilit\u00e9 de faire des \u00e9tudes sup\u00e9rieures, il commence par publier quelques chroniques dans la presse. En 1829, il conna\u00eet un immense succ\u00e8s avec <em>Henri III et sa cour<\/em>. La pi\u00e8ce lui vaut de devenir l&rsquo;une des figures de proue du th\u00e9\u00e2tre romantique. Puis il se met \u00e0 \u00e9crire des chroniques historiques, des souvenirs de voyages et des romans d\u2019aventures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le roman d\u2019aventures mit beaucoup de temps pour s\u2019imposer en tant que genre litt\u00e9raire, sa reconnaissance ne fut pas ais\u00e9e. Souvent consid\u00e9r\u00e9 comme mineur \u00ab\u00a0<em>coupable de\u00a0nous d\u00e9tourner de nous-m\u00eames<\/em><a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><em>\u00a0<\/em>\u00bb comme l\u2019a dit Fran\u00e7ois Mauriac, il finit par conqu\u00e9rir une place dans le champ romanesque et devint selon Jean Yves Tadi\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0<em>l\u2019essence m\u00eame de la fiction<\/em><a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Son roman <em>\u00ab\u00a0Le Capitaine Pamphile\u00a0\u00bb<\/em> Publi\u00e9 en chapitres entre 1834 et 1838 dans le <em>Journal des Enfants<\/em> puis en roman en 1839, se pr\u00e9sente comme une \u0153uvre complexe mais \u00e9crite dans un style simple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il s\u2019agit de deux r\u00e9cits embo\u00eet\u00e9s l\u2019un dans l\u2019autre, le premier est celui des soir\u00e9es de Dumas avec ses amis artistes chez le peintre Decamps, le second du capitaine Pamphile et ses aventures. On le voit sillonner toutes les mers du monde, survivre miraculeusement \u00e0 une mutinerie, \u00e9chapper \u00e0 une tribu de chasseurs indiens lors d\u2019une temp\u00eate, reprendre le contr\u00f4le de son navire, contribuer \u00e0 la victoire d\u2019une tribu africaine sur l\u2019une de ses rivales, qui lui remet en contrepartie les survivants comme esclaves, faire fortune en usant de trafics en tout genre, pour devenir enfin notable et escroquer le Royaume Uni. Le lien entre les deux r\u00e9cits est l\u2019histoire tragi-comique des animaux qui peuplent l\u2019atelier de Decamps. Ils jouent un r\u00f4le tr\u00e8s important dans le roman, consid\u00e9r\u00e9s comme membres \u00e0 part enti\u00e8re dans la soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e par les artistes et comme source de profit par le Capitaine Pamphile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ce roman, Dumas s\u2019est voulu auteur simple pr\u00e9tendant \u00e0 l\u2019universalit\u00e9. Il l\u2019a explicitement montr\u00e9 \u00e0 travers les diff\u00e9rentes formes d\u2019intertextualit\u00e9 et surtout avec l\u2019implication du lecteur. Il l\u2019avoue dans une lettre destin\u00e9e \u00e0 Napol\u00e9on III\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>\u00ab\u00a0Il y avait en 1830, et il y a encore aujourd\u2019hui, trois hommes \u00e0 la t\u00eate de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise. Ces trois hommes sont\u00a0: Victor Hugo, Lamartine et moi\u2026. J\u2019ai \u00e9crit et publi\u00e9 douze cents volumes, ce n\u2019est pas \u00e0 moi de les appr\u00e9cier du point de vue litt\u00e9raire. Traduits dans toutes les langues, ils ont \u00e9t\u00e9 aussi loin que la vapeur a pu les porter. Quoique je sois le moins digne des trois, ils m\u2019ont fait dans les cinq parties du monde le plus populaire des trois, peut-\u00eatre parce que l\u2019un est un penseur, l\u2019autre un r\u00eaveur, et que je ne suis, moi qu\u2019un vulgarisateur<\/em><a href=\"#_ftn3\">[3]<span style=\"color: #000000\">\u00bb<\/span><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Paroles ironiques qui t\u00e9moignent de la grande ambition artistique de Dumas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00a0Il associe diverses dimensions parfois antagonistes\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">&#8211; A travers un roman d\u2019aventures et un style humoristique et satirique se d\u00e9gagent un engagement et une d\u00e9nonciation (traite des noirs, trafics de tout genre).<br \/>\n&#8211; En s\u2019appuyant sur des \u00e9v\u00e9nements historiques et fictionnels.<br \/>\n&#8211; En m\u00ealant discours et r\u00e9cit.<br \/>\n&#8211; A travers un h\u00e9ros attachant par ses exploits et par moments impitoyable et sans scrupules.<br \/>\n&#8211; En faisant appel aux contes, aux fables et aux mythes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais \u00e0 quoi servent ces diverses dimensions dans un roman d\u2019aventures\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">A travers ces dimensions, <em>Le Capitaine Pamphile<\/em> serait-il un simple roman d\u2019aventures, c&rsquo;est-\u00e0-dire une s\u00e9rie de p\u00e9rip\u00e9ties qui finit toujours par la victoire du h\u00e9ros et qui a pour but de divertir le lecteur\u00a0? Ou serait-il une d\u00e9nonciation \u00e0 travers laquelle l\u2019auteur interpelle le lecteur sur les probl\u00e8mes de la soci\u00e9t\u00e9 de son \u00e9poque\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ou en d\u2019autres termes, qu\u2019est-ce qui diff\u00e9rencie <em>Le Capitaine Pamphile<\/em> des autres romans d\u2019aventures\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dumas \u00e9tait victime de l\u2019hostilit\u00e9 de la critique, souvent accus\u00e9 de superficialit\u00e9\u00a0: <em>\u00ab Alexandre Dumas, malgr\u00e9 tout son fracas, n\u2019est tout au plus qu\u2019un esprit de quatri\u00e8me ordre, car o\u00f9 classer un \u00e9crivain chez qui on est s\u00fbr de ne rencontrer jamais ni la pens\u00e9e \u00e9lev\u00e9e, ni la pens\u00e9e d\u00e9licate, ni la pens\u00e9e judicieuse\u00a0?(\u2026). Il y a du jeu, de la mise en sc\u00e8ne, mais o\u00f9 est le fond\u00a0?<\/em><a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<span style=\"color: #000000\"><em>\u00bb<\/em><\/span><\/a>. Il a voulu d\u00e9montrer le contraire \u00e0 travers un roman destin\u00e9 dans un premier temps aux enfants, mais qui vise \u00e0 d\u00e9noncer le r\u00e9gime et les id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues de l\u2019\u00e9poque. Dumas en \u00e9crivant \u00ab\u00a0aux enfants\u00a0\u00bb a l\u2019ambition sans doute d\u2019\u00eatre \u00e9ducateur, en pr\u00e9servant les g\u00e9n\u00e9rations futures des travers de la soci\u00e9t\u00e9 de son \u00e9poque. Ce qui est en soi un projet noble et louable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Le Capitaine Pamphile<\/em> est certes \u00e9crit dans un registre burlesque, mais \u00e0 bien regarder, on y aborde des sujets d\u2019ordre social et politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Alors que les romans d\u2019aventures sont un ensemble d\u2019actions se terminant par la victoire du h\u00e9ros et finissant g\u00e9n\u00e9ralement par une morale, l\u2019auteur de notre roman s\u2019engage \u00e0 d\u00e9fendre et d\u2019une fa\u00e7on satirique comme il l\u2019a toujours fait, une cause qui le touche personnellement en raison de ses origines noires. Il r\u00e9pondait toujours avec humour aux plaisanteries sur ses origines. A l\u2019un de ces mauvais plaisants il aurait r\u00e9pliqu\u00e9\u00a0:\u00ab\u00a0<em>Mon p\u00e8re \u00e9tait mul\u00e2tre, mon grand-p\u00e8re \u00e9tait un n\u00e8gre et mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re, un singe. Voyez-vous, monsieur, que ma famille commence par o\u00f9 finit la v\u00f4tre<strong><a href=\"#_ftn5\">[5]<span style=\"color: #000000\">\u00bb<\/span><\/a><span style=\"color: #000000\">.<\/span><\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Devant tant d\u2019hostilit\u00e9, Dumas a \u00e9crit un roman o\u00f9 il s\u2019\u00e9l\u00e8ve contre un racisme agressif et violent, en d\u00e9non\u00e7ant les trafics et la traite des noirs, t\u00e2ches ind\u00e9l\u00e9biles dans l\u2019histoire de l\u2019Humanit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une lecture plurielle permet d\u2019approcher le roman sous plusieurs angles, de d\u00e9tecter les tendances et les exceptions et surtout d\u2019explorer profond\u00e9ment tous les constats et aller plus loin que le sens apparent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le roman se caract\u00e9rise par l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 \u00e9nonciative et la polyphonie, ainsi que de l\u2019implication du lecteur et un choix particulier de l\u2019auteur faisant appel \u00e0 de diff\u00e9rentes formes d\u2019intertextualit\u00e9\u00a0: la mythologie en passant par les fables et les contes jusqu\u2019\u00e0 l\u2019emprunt de langues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La litt\u00e9rature entretient un rapport \u00e9troit avec l\u2019intertextualit\u00e9. Les textes ne sont plus consid\u00e9r\u00e9s comme une expression absolue d\u2019une conscience, mais plut\u00f4t comme le produit d\u2019un travail sur d\u2019autres textes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l\u2019extrait\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Elle s\u2019avan\u00e7a, aussi rapidement que si elle e\u00fbt disput\u00e9 le prix de la course au li\u00e8vre de La Fontaine<\/em><a href=\"#_ftn6\">[6]<span style=\"color: #000000\"><em>\u00bb<\/em><\/span><\/a>, l\u2019auteur semble s\u2019adresser aux lecteurs et leur dire\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>rien ne sert de courir, il faut partir \u00e0 point<\/em>\u00a0\u00bb, en empruntant la morale de La Fontaine dans la fable <em>Le li\u00e8vre et la tortue<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Bakhtine consid\u00e8re que le roman est un espace polyphonique, dans lequel viennent se confronter divers composants linguistiques, stylistiques et culturels\u00a0:<em>\u00ab\u00a0Ensuite il s\u2019affuble de la fourrure de sa victime, comme l\u2019avait fait, quatre mille ans auparavant, l\u2019Hercule n\u00e9m\u00e9en<\/em><a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<span style=\"color: #000000\"><em>\u00bb<\/em><\/span><\/a><span style=\"color: #000000\">.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le capitaine est compar\u00e9 \u00e0 Hercule, qui, apr\u00e8s avoir \u00e9trangl\u00e9 de ses propres mains le lion de N\u00e9m\u00e9e, fruit de l\u2019amour d\u2019Echidna et de Typhon, l\u2019\u00e9corcha et se rev\u00eatit de sa peau, et aucune fl\u00e8che ne pouvait le transpercer. Il le d\u00e9crit comme un vaillant aventurier sans peur et sans reproche\u00a0:<em>\u00ab\u00a0Cependant, arriv\u00e9 \u00e0 un demi-pied du monstrum horrendum, il s\u2019arr\u00eata un instant, regarda, dans l\u2019ouverture tourn\u00e9e de son c\u00f4t\u00e9\u2026<\/em><a href=\"#_ftn8\">[8]<span style=\"color: #000000\"><em>\u00bb<\/em><\/span><\/a><span style=\"color: #000000\">.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dumas compare ici Pamphile \u00e0 Ulysse, qui, maudit des dieux, mit vingt ans pour retrouver sa patrie en surmontant des obstacles surhumains et en se jouant de l\u2019horrible monstre qu\u2019est le cyclope Polyph\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dumas emprunte de l\u2019anglais et aussi du proven\u00e7al marseillais\u00a0:\u00ab\u00a0<em>-Nous have l\u2019espoir d\u2019en recevoir d\u2019autres demain matin, r\u00e9pondit Mme Beauvais<\/em><a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<span style=\"color: #000000\"><em>\u00bb<\/em><\/span><\/a><span style=\"color: #000000\">. (<\/span><em>Have:<\/em> verbe anglais qui veut dire avoir).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>\u00ab\u00a0Tron d\u00e9 Diou de reptile\u00a0! ess\u00e9 qu\u00e9 tu crois m\u00e9 faire peur\u00a0? dit le capitaine<\/em><a href=\"#_ftn10\">[10]<span style=\"color: #000000\"><em>\u00bb<\/em><\/span><\/a><span style=\"color: #000000\">.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tron ou troun qui veut dire tonnerre et l\u2019expression tron d\u00e9 Diou est une exclamation proven\u00e7ale, caract\u00e9ristique au XIX e si\u00e8cle du Marseillais, marquant la stup\u00e9faction\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0C\u2019est bien, dit le Huron\u00a0; le Serpent Noir est un grand chef, et le capitaine Pamphile sera son serviteur<\/em><a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<span style=\"color: #000000\"><em>\u00bb<\/em><\/span><\/a><span style=\"color: #000000\">.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet extrait le Serpent-Noir a choisi de s&rsquo;effacer de son discours, et parle de lui-m\u00eame \u00e0 la troisi\u00e8me personne. Il adopte alors ce que Benveniste appelle \u00ab\u00a0<strong>le style de <\/strong><em><strong>l&rsquo;histoire\u00a0\u00bb<\/strong><\/em>, celui o\u00f9 l&rsquo;on gomme d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment toute marque personnelle, pour se consid\u00e9rer comme un <em>il<\/em>, un \u00eatre historique qui vaut en tant qu&rsquo;acteur de grands \u00e9v\u00e9nements. Bien s\u00fbr, il y a aussi quelque chose de tr\u00e8s emphatique \u00e0 parler de soi \u00e0 la troisi\u00e8me personne, une certaine fa\u00e7on de se <em>monumentaliser<\/em> que l&rsquo;on peut consid\u00e9rer comme tr\u00e8s orgueilleuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, chaque personnage a son propre langage, ce qui offre des variations qui participent \u00e0 l\u2019effet \u00ab\u00a0r\u00e9aliste\u00a0\u00bb et \u00e9vitent au roman de se figer dans une langue artificielle et convenue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Parler de variation de langage nous am\u00e8ne \u00e0 parler de polyphonie, tr\u00e8s pr\u00e9sente dans cette \u0153uvre En effet, parler de polyphonie c\u2019est parler de l\u2019identit\u00e9 du sujet \u00e9nonciateur qui co\u00efncide avec trois statuts\u00a0; celui de l\u2019individu qui parle ou \u00e9crit, celui qui, en se posant comme \u00e9nonciateur, mobilise \u00e0 son profit le syst\u00e8me de la langue, et celui de responsable des actes de langage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les textes litt\u00e9raires, ces trois statuts sont assum\u00e9s en m\u00eame temps par celui qui prof\u00e8re l\u2019\u00e9nonc\u00e9 (le narrateur).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019auteur n\u2019est pas le seul \u00e0 pouvoir dire \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb dans un texte. La litt\u00e9rature pr\u00e9sente constamment des personnages qui \u00e9noncent au discours direct, et qui se posent en responsables de leur \u00e9nonciation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le personnage passe du statut de non-personne \u00e0 celui de \u00ab\u00a0locuteur\u00a0\u00bb, car le discours direct permet d\u2019introduire dans l\u2019\u00e9nonciation de l\u2019auteur les \u00e9nonciations d\u2019autres personnages. Il faudrait signaler que ces propos sont plac\u00e9s sous la responsabilit\u00e9 de l\u2019auteur qui les rapporte au m\u00eame titre que tous les autres \u00e9l\u00e9ments de son histoire. C\u2019est le capitaine Pamphile qui parle et c\u2019est Alexandre Dumas qui prend en charge ses propos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les chapitres V et VI, le narrateur c\u00e8de la parole \u00e0 Jadin\u00a0:\u00ab\u00a0<em>Messieurs, dit Jadin, si vous voulez vous asseoir et allumer les pipes et les cigares, je suis pr\u00eat<\/em><a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<span style=\"color: #000000\"><em>\u00bb<\/em><\/span><\/a><span style=\"color: #000000\">.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce dernier commence son r\u00e9cit, au cours duquel le capitaine Pamphile prend la parole \u00e0 maintes reprises\u00a0:\u00ab\u00a0<em>Farceur\u00a0! dit le capitaine Pamphile<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\"><strong>[13]<span style=\"color: #000000\">\u00bb<\/span><\/strong><\/a><\/em><span style=\"color: #000000\">,<\/span> \u00ab\u00a0<em>Ah\u00a0! fit le capitaine Pamphile, (\u2026) j\u00e9 crois que j\u2019ai bien gagn\u00e9 que j\u00e9 d\u00e9jeunasse<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\"><strong>[14]<span style=\"color: #000000\">\u00bb<\/span><\/strong><\/a><span style=\"color: #000000\">.<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Trois individus prennent la parole, le narrateur, Jadin et le capitaine Pamphile\u00a0: Alexandre Dumas est bien le \u00ab\u00a0sujet parlant\u00a0\u00bb de son \u0153uvre, l\u2019individu empirique qui l\u2019a produite, ce n\u2019est pas \u00e0 lui que le texte attribue la responsabilit\u00e9 de son \u00e9nonciation, mais plut\u00f4t \u00e0 une figure du \u00ab\u00a0narrateur\u00a0\u00bb. Ainsi, c\u2019est le narrateur qui reprend au \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb les propos de Jadin, mais sans les prendre \u00e0 son compte. Il en va de m\u00eame pour le <em>je<\/em> dans les \u00e9nonc\u00e9s du capitaine Pamphile, qui est repris par Jadin. Reste \u00e0 signaler que le tout est pris en charge par le narrateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On peut dire qu\u2019un auteur est polygraphe lorsqu\u2019il <em>\u00ab\u00a0traite de sujets nombreux et vari\u00e9s, le plus souvent de caract\u00e8re didactique, sans \u00eatre sp\u00e9cialiste<\/em><a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<span style=\"color: #000000\"><em>\u00bb<\/em><\/span><\/a>, donc quand il r\u00e9partit l\u2019ensemble de ses publications entre plusieurs genres litt\u00e9raires. Alexandre Dumas en est le parfait exemple, ses \u0153uvres traitent aussi bien du th\u00e9\u00e2tre, du roman, des m\u00e9moires que de cuisine (Henri III et sa cours, M\u00e9moire de voyages, Les trois Mousquetaires, Dictionnaire de cuisine). D\u2019ailleurs, rares sont les gens de lettres \u00e0 ne s\u2019\u00eatre consacr\u00e9s qu\u2019\u00e0 l\u2019exercice d\u2019un seul genre litt\u00e9raire au cours de leur carri\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans un second temps, un auteur est consid\u00e9r\u00e9 comme polygraphe lorsqu\u2019on trouve dans l\u2019organisation interne de son \u0153uvre des histoires diverses et un style vari\u00e9. Pour \u00e9crire dans ce sens, Dumas met en \u0153uvre plusieurs mani\u00e8res de produire\u00a0: la fiction, le discours, le r\u00e9cit, l\u2019histoire, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout dans son \u00e9criture s\u2019oriente vers la diff\u00e9rence, nous invitant \u00e0 d\u00e9couvrir des contr\u00e9es exotiques et des cultures qu\u2019on a du mal \u00e0 imaginer et qui suscitent en nous curiosit\u00e9 et questionnement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce qui le rend si attrayant et captivant, c\u2019est que son \u00e9criture, plus que tout autre de ses contemporains, suscite de la r\u00e9flexion historique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Avec <em>Le Capitaine Pamphile<\/em> on peut consid\u00e9rer Alexandre Dumas comme un \u00e9crivain de toutes les diff\u00e9rences\u00a0: l\u2019usage de plusieurs langues comme le fran\u00e7ais proven\u00e7al\u00a0\u00ab\u00a0<em>Tron d\u00e9 Diou de reptile\u00a0! ess\u00e9 qu\u00e9 tu crois m\u00e9 fair\u00e9 peur\u00a0?<\/em><a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<span style=\"color: #000000\"><em>\u00bb<\/em><\/span><\/a>; l\u2019anglais \u00ab\u00a0<em>nous have l&rsquo;espoir d\u2019en recevoir d\u2019autres<\/em><a href=\"#_ftn17\">[17]<span style=\"color: #000000\"><em>\u00bb<\/em><\/span><\/a>. et le latin \u00ab\u00a0(\u2026) <em>une tortue de l\u2019esp\u00e8ce la plus commune\u00a0: testudo lutaria, sive aquarum dulcium<\/em><a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<span style=\"color: #000000\"><em>\u00bb<\/em><\/span><\/a><span style=\"color: #000000\">,<\/span> personnages d\u2019origines diverses (indiennes Le Serpent-Noir, africaines Outavaro, anglaises M\u00a0. Samuel) et de caract\u00e8res diff\u00e9rents (artistes Jadin et Decamps, marins commer\u00e7ants, le capitaine Pamphile\u2026) ainsi que des espaces g\u00e9ographiques, de la France au Canada en passant par l\u2019Afrique et l\u2019Am\u00e9rique latine, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La polygraphie serait donc, une prise de conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un double travail\u00a0: l\u2019\u00e9crivain est impliqu\u00e9 \u00e0 la fois dans son temps au sens o\u00f9 il participe aux ph\u00e9nom\u00e8nes divers, relatifs \u00e0 sa propre soci\u00e9t\u00e9 (Dumas avec ses amis artistes), et, dans l\u2019\u00e9criture de cr\u00e9ation et l\u2019obligation d\u2019\u00eatre innovateur (r\u00e9cits extraordinaires, racontant les aventures du capitaine Pamphile).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le go\u00fbt de la diff\u00e9rence et de la polygraphie chez Dumas r\u00e9pond \u00e0 une id\u00e9e plus profonde qui est la d\u00e9nonciation de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019aube du capitalisme montant et c\u2019est la raison unificatrice de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le questionnement sur la signification politique de l\u2019\u0153uvre impliquera une analyse socio-historique, o\u00f9 se m\u00ealeront engagement et d\u00e9nonciation. <em>Le Capitaine Pamphi<\/em>le, destin\u00e9 dans un premier temps aux enfants, est certainement l\u2019\u0153uvre la plus noire de l\u2019auteur. On serait tent\u00e9 de dire que le roman est une suite d\u2019annonces n\u00e9crologiques de morts d\u2019animaux, d\u2019indig\u00e8nes massacr\u00e9s, d\u2019immigrants anglais d\u00e9cim\u00e9s par les maladies et la mis\u00e8re. Mais en r\u00e9alit\u00e9, il est une suite aux fronti\u00e8res instables, entre bestialit\u00e9 et humanit\u00e9, si bien que les animaux portent des noms d\u2019hommes (Mlle Camargo, Tom) et m\u00eame parfois de souverains (Jaques I<sup>er<\/sup>, Jacques II), tandis que des hommes portent des patronymes d\u2019animaux (Serpent-Noir, Jeune-Elan). C\u2019est aussi une \u00e9nergique d\u00e9nonciation de l\u2019esclavagisme, lorsque le capitaine Pamphile entasse \u00ab\u00a0le plus de noirs possible\u00a0\u00bb dans la cale de son navire, devenu n\u00e9grier. Dumas d\u00e9crit froidement et m\u00e9thodiquement le calvaire v\u00e9cu par les esclaves.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les personnages du roman, \u00e0 l\u2019exception des amis peintres de Dumas, sont guid\u00e9s uniquement par l\u2019app\u00e2t du gain facile et la gourmandise. En effet Mlle Camargo meurt d\u2019avoir trop mang\u00e9 de mouches. Tom est fusill\u00e9 pour avoir d\u00e9rob\u00e9 une friandise \u00e0 la convoitise d\u2019un mari. Gazelle est morte pour avoir disput\u00e9 une carotte \u00e0 Jacques I<sup>er<\/sup>, qui lui-m\u00eame meurt apr\u00e8s avoir gob\u00e9 un papillon et l\u2019\u00e9pingle qui le clouait \u00e0 un bouchon. Mais les app\u00e9tits humains sont pires que ceux des animaux. En effet, c\u2019est pour quelques centaines de bouteilles d\u2019eau-de-vie que doivent leur rapporter des milliers de d\u00e9fenses d\u2019\u00e9l\u00e9phants, que des centaines d\u2019indig\u00e8nes s\u2019entretuent. M\u00eame Le Serpent-Noir, perd son royaume \u00e0 d\u00e9faut de perdre la vie dans cette aventure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s lors, <em>Le Capitaine Pamphile<\/em> se pr\u00e9sente, non comme un simple roman d\u2019aventure, dont le but est de divertir, mais comme une remise en cause de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise de l\u2019\u00e9poque et un questionnement sur son devenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dumas refuse le d\u00e9sespoir, son roman est un appel \u00e0 peine voil\u00e9 en direction des laiss\u00e9s pour compte, pour les inciter \u00e0 se soulever et \u00e0 se d\u00e9livrer de la tyrannie du pouvoir de l\u2019\u00e9poque. Mais en tant que moralisateur, nous ne pouvons le comparer \u00e0 Jean de La Fontaine, car il n\u2019a pas jug\u00e9 n\u00e9cessaire de d\u00e9velopper explicitement les diff\u00e9rentes morales que l\u2019on peut tirer de cette \u0153uvre, il a choisi de laisser le lecteur m\u00e9diter sur les ch\u00e2timents encourus par les gourmands et les \u00e9go\u00efstes, et de tirer les le\u00e7ons qui s\u2019imposent, comme il l\u2019affirme dans une note ins\u00e9r\u00e9e dans le chapitre XV\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>\u00ab\u00a0Les diff\u00e9rentes moralit\u00e9s de notre histoire ressortant d\u2019elles-m\u00eames, nous ne croyons pas n\u00e9cessaire de les d\u00e9velopper \u00e0 nos lecteurs autrement que par le r\u00e9cit pur et simple des \u00e9v\u00e9nements\u00a0; car ce serait leur \u00f4ter l\u2019occasion de m\u00e9diter sur les ch\u00e2timents que s\u2019attirent toujours l\u2019\u00e9go\u00efsme et la gourmandise<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\"><strong>[19]<span style=\"color: #000000\">\u00bb<\/span><\/strong><\/a><span style=\"color: #000000\">.<\/span><\/em><span style=\"color: #000000\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En guise de conclusion, ce roman n\u2019est pas destin\u00e9 uniquement aux enfants, mais plut\u00f4t \u00e0 un large public, \u00e9pris de libert\u00e9 et savourant la mani\u00e8re qu\u2019utilise Dumas pour tourner en d\u00e9rision les rois et les notables de son \u00e9poque. Car le rire est une revanche sur ce qui accable l\u2019esprit et le refus du d\u00e9sespoir une fa\u00e7on de croire en l\u2019homme.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0 Fran\u00e7ois Mauriac, <em>Le Roman.\u00a0<\/em>Fides , Montr\u00e9al, 1928, p. 110.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a>\u00a0 Jean Yves Tadi\u00e9, <em>Le roman d\u2019aventures<\/em>. PUF, Paris, 1982, p. 5.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a>\u00a0 Jean Tulard, <em>Alexandre DUMAS.<\/em>\u00a0PUF, Paris,\u00a0 2008, p. 197.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Jean Tulard, Op.cit, p. 199.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Jean Tulard, Op.cit, p. 18.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Alexandre Dumas<em>, Le Capitaine Pamphile.\u00a0<\/em>Folio, Paris, 2003,\u00a0 p. 50.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a>\u00a0Alexandre Dumas<em>, Le Capitaine Pamphile.\u00a0<\/em>\u00a0Folio, Paris, 2003,\u00a0 p. 78.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Ibid.\u00a0 p .53.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Ibid.\u00a0 p. 40.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Ibid. p. 77.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Ibid. p. 141.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Alexandre Dumas<em>, Le Capitaine Pamphile.<\/em>\u00a0Folio, Paris, 2003, p. 75.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Ibid. p. 78.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Ibid. p. 79.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> AMIEL, Journal, 1866, p. 185.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Alexandre Dumas<em>, Le Capitaine Pamphile.\u00a0<\/em>Folio, Paris, 2003, p. 77.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a>\u00a0Ibid. p 40.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Ibid. p 40-41.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a>\u00a0Alexandre Dumas<em>, Le Capitaine Pamphile<\/em>, Folio, paris, 2003, p. 219.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le questionnement sur la signification politique de l\u2019\u0153uvre impliquera une analyse socio-historique, o\u00f9 se m\u00ealeront engagement et d\u00e9nonciation. Le Capitaine Pamphile, destin\u00e9 dans un premier temps aux enfants, est certainement l\u2019\u0153uvre la plus noire de l\u2019auteur. On serait tent\u00e9 de dire que le roman est une suite d\u2019annonces n\u00e9crologiques de morts d\u2019animaux, d\u2019indig\u00e8nes massacr\u00e9s, d\u2019immigrants anglais d\u00e9cim\u00e9s par les maladies et la mis\u00e8re. Mais en r\u00e9alit\u00e9, il est une suite aux fronti\u00e8res instables, entre bestialit\u00e9 et humanit\u00e9, si bien que les animaux portent des noms d\u2019hommes (Mlle Camargo, Tom) et m\u00eame parfois de souverains (Jaques Ier, Jacques II), tandis que des hommes portent des patronymes d\u2019animaux (Serpent-Noir, Jeune-Elan). C\u2019est aussi une \u00e9nergique d\u00e9nonciation de l\u2019esclavagisme, lorsque le capitaine Pamphile entasse \u00ab le plus de noirs possible \u00bb dans la cale de son navire, devenu n\u00e9grier. 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