{"id":178,"date":"2018-04-29T18:58:45","date_gmt":"2018-04-29T18:58:45","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/?p=178"},"modified":"2018-04-29T19:02:09","modified_gmt":"2018-04-29T19:02:09","slug":"traverser-les-murs-de-marina-abramovic-par-alba-almenara-lorenzo-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/2018\/04\/29\/traverser-les-murs-de-marina-abramovic-par-alba-almenara-lorenzo-2\/","title":{"rendered":"TRAVERSER LES MURS DE MARINA ABRAMOVI\u0106, PAR ALBA ALMENARA LORENZO"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0: <\/strong>Les m\u00e9moires de l\u2019artiste serbe Marina Abramovi\u0107 sont publi\u00e9es \u00e0 l\u2019occasion de son soixante-dixi\u00e8me anniversaire<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\">[1]<\/a>. Un r\u00e9cit, plein d\u2019humour et de moments mystiques et mythiques, racontant l\u2019invention et l\u2019affirmation artistique, mais aussi l\u2019histoire de vie d\u2019une femme devenue en quelques d\u00e9cennies, une r\u00e9f\u00e9rence pour la performance et pour l\u2019art contemporain. Son \u0153uvre explore, depuis ses origines, les limites de la douleur, de la peur, de la force corporelle et \u00e9motionnelle, l\u2019humiliation et la fiert\u00e9, ainsi que les forces et les faiblesses de l\u2019individu et de la soci\u00e9t\u00e9.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Faire de la vie m\u00eame un mode d\u2019expression<\/em>. Cela devait \u00eatre la phrase qu\u2019a eu en t\u00eate une jeune Marina au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, lorsque, un jour sans nuages, elle a eu la r\u00e9v\u00e9lation qui l\u2019a marqu\u00e9e pour toujours\u00a0: \u00ab\u00a0Pourquoi me limiter aux \u00e0 deux dimensions, alors que je pouvais faire de l\u2019art \u00e0 partir de tout\u00a0: le feu, l\u2019eau, le corps humain\u00a0? Tout\u00a0!<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\">[2]<\/a>\u00a0\u00bb Cette d\u00e9cision n\u2019\u00e9tait pas le fruit du hasard. Ayant \u00e0 son enfance et jeunesse la Yougoslavie de Tito pour toile de fond, l\u2019artiste est fille de partisans qui s\u2019\u00e9taient battus contre les nazis. Apr\u00e8s la guerre, ils sont devenus membres du Parti et ont occup\u00e9 des postes prestigieux (la m\u00e8re a \u00e9t\u00e9 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e de la Yougoslavie \u00e0 l\u2019Unesco). Ce pass\u00e9 h\u00e9ro\u00efque a permis \u00e0 la famille de vivre plus ais\u00e9ment que la plupart des gens, ce qui a facilit\u00e9 pour Abramovi\u0107 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la culture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce livre, \u00e9crit comme une sorte de confession mais aussi de catharsis (Abramovi\u0107 donne une importance particuli\u00e8re aux changements de d\u00e9cennie, en les utilisant comme autant de marque-pages de sa vie), combine des \u00e9v\u00e9nements v\u00e9cus avec des r\u00e9flexions-piliers qui structurent et justifient les \u0153uvres cr\u00e9\u00e9es. De la m\u00eame mani\u00e8re, on y assiste, dans le moindre d\u00e9tail, aux circonstances qui ont contribu\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alisation de chacune de ses cr\u00e9ations ou performances. Convaincue d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge qu\u2019elle voulait \u00eatre artiste, elle a r\u00e9clam\u00e9 du mat\u00e9riel de peinture et a eu son premier cours priv\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quatorze ans. Son professeur, adepte de l\u2019art abstrait, a br\u00fbl\u00e9, une fois le dessin fini, sa toile \u00e0 l\u2019essence, en disant \u00ab\u00a0c\u2019est un coucher de soleil<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\">[3]<\/a>\u00a0\u00bb, puis il est parti. Au bout d\u2019un moment, la toile \u00e9tait r\u00e9duite en sable et en cendres. Quelque temps plus tard, \u00e9tant toujours marqu\u00e9e par cette sc\u00e8ne ayant toujours pr\u00e9sent la r\u00e9verb\u00e9ration de cette le\u00e7on, elle se rend compte que \u00ab\u00a0[\u2026] le processus \u00e9tait plus important que le r\u00e9sultat, de m\u00eame que la performance repr\u00e9sente pour moi davantage que l\u2019objet<a href=\"#_edn4\" name=\"_ednref4\">[4]<\/a>\u00a0\u00bb Abramovi\u0107 \u00e9prouvait d\u00e9j\u00e0 durant son enfance cette sorte de fuite face au tangible\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] je n\u2019aimais pas les jouets. Je pr\u00e9f\u00e9rais jouer avec les ombres des voitures qui passaient sur le mur, ou avec un rayon de soleil qui entrait par la fen\u00eatre<a href=\"#_edn5\" name=\"_ednref5\">[5]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pourtant, peut-\u00eatre en cherchant la <em>porte d\u2019entr\u00e9e<\/em>, elle poursuit le dipl\u00f4me de peinture acad\u00e9mique \u00e0 l\u2019\u00c9cole des Beaux-Arts de Belgrade et commence \u00e0 fr\u00e9quenter le Centre culturel des \u00e9tudiants (SKC). On y fait souvent des expositions et des exp\u00e9rimentations artistiques\u00a0: \u00ab J\u2019ai apport\u00e9 une cacahu\u00e8te dans sa coque et je l\u2019ai fix\u00e9e au mur avec une \u00e9pingle droite. La cacahu\u00e8te \u00e9tait juste assez \u00e9cart\u00e9e du mur pour projeter une ombre minuscule. J\u2019ai intitul\u00e9 cette \u0153uvre <em>Nuage avec son ombre<\/em>. D\u00e8s que j\u2019ai vu cette petite ombre, j\u2019ai compris que, pour moi, l\u2019art bidimensionnel appartenait d\u00e9finitivement au pass\u00e9. Cette cr\u00e9ation ouvrait une tout autre dimension<a href=\"#_edn6\">[6]\u00a0<span style=\"color: #000000\">\u00bb<\/span><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La d\u00e9cision \u00e9tait prise. Depuis le d\u00e9but de sa carri\u00e8re, l\u2019utilisation de son propre corps comme moyen d\u2019expression devient une ressource r\u00e9currente, jusqu\u2019au point d\u2019arriver aux coupures, aux pertes de connaissance et aux roulettes russes qui \u00e9chappent \u00e0 son contr\u00f4le. Un \u00e9v\u00e9nement, arrivant lors de ces premi\u00e8res expositions d\u2019\u00e9tudiant, l\u2019encouragera encore une fois \u00e0 faire de l\u2019art vivant et tridimensionnel et, comme elle l\u2019a dit, \u00e0 trouver sa voie<a href=\"#_edn7\" name=\"_ednref7\">[7]<\/a>. De mani\u00e8re compl\u00e8tement spontan\u00e9e, un ami l\u2019a emball\u00e9e des pieds au cou avec du scotch quand elle s\u2019est allong\u00e9e, \u00e0 cause de la fatigue de la journ\u00e9e, sur une table basse. La momie n\u2019a laiss\u00e9 personne indiff\u00e9rent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Plus tard, une fois son dipl\u00f4me obtenu et gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019influence maternelle, elle donne des cours de peinture \u00e0 l\u2019\u00e9cole des Beaux-Arts de Novi Sad. Cela ne durera pas longtemps. Elle se r\u00e9signe le temps de gagner son ind\u00e9pendance \u00e9conomique et \u00e9chapper au contr\u00f4le tyrannique que sa m\u00e8re exer\u00e7ait sur elle. Or, son int\u00e9r\u00eat par cette modalit\u00e9 d\u2019art avait irr\u00e9m\u00e9diablement pris fin. L\u2019artiste ne reprendra la <em>cr\u00e9ation mat\u00e9rielle<\/em> que beaucoup plus tard, avec les objets transitoires<a href=\"#_edn8\" name=\"_ednref8\">[8]<\/a>, la photographie et les vid\u00e9os.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En \u00e9pousant, donc, le conceptualisme<a href=\"#_edn9\" name=\"_ednref9\">[9]<\/a>, Abramovi\u0107 pr\u00e9sente, en 1973 en \u00c9cosse, sa premi\u00e8re et v\u00e9ritable performance au public\u00a0: <em>Rythme 10<\/em>. Elle consistait \u00e0 planter, rapidement, un couteau bien aiguis\u00e9 entre les doigts \u00e9cart\u00e9s de la main. Cette pi\u00e8ce s\u2019inspire d\u2019un jeu d\u2019alcool slave. L\u2019artiste a enregistr\u00e9 les sons produits, et puis, elle a essay\u00e9 de suivre \u00e0 l\u2019unisson les erreurs ant\u00e9rieurs en cr\u00e9ant un pont entre le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent. Le sentiment du danger qui produisait les taches de sang du sol et les couteaux unissaient l\u2019artiste et le public. La pi\u00e8ce finit par une sorte de feu d\u2019artifice identitaire\u00a0: \u00ab J\u2019avais \u00e9prouv\u00e9 une libert\u00e9 absolue, j\u2019avais eu l\u2019impression que mon corps \u00e9tait sans fronti\u00e8res, sans limites\u00a0; que la douleur ne comptait pas, que rien ne comptait \u2013 et j\u2019en \u00e9tais gris\u00e9e. J\u2019\u00e9tais ivre de l\u2019\u00e9nergie irr\u00e9sistible que j\u2019avais re\u00e7ue. J\u2019ai su \u00e0 cet instant que j\u2019avais trouv\u00e9 mon moyen d\u2019expression. Aucune peinture, aucun objet que j\u2019avais pu cr\u00e9er ne m\u2019avait jamais inspir\u00e9 un sentiment pareil, et c\u2019\u00e9tait un sentiment que j\u2019allais devoir, je le savais, chercher \u00e0 retrouver, encore, encore et encore<a href=\"#_edn10\" name=\"_ednref10\">[10]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis la s\u00e9rie de <em>Rythme<\/em>\u00a0 (<em>Rythme<\/em> 10, <em>Rythme<\/em>\u00a05, <em>Rythme 2<\/em> et<em> Rythme 0), <\/em>son int\u00e9r\u00eat par les rapports corps-esprit-conscience sont \u00e9vidents. Le contr\u00f4le de la souffrance physique et mental, de la fatigue et de l\u2019inconfort sont des d\u00e9fis indispensables pour ses performances, souvent \u00e9norm\u00e9ment longues ou visc\u00e9rales, parfois les deux. Ainsi, elle affirme\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0si vous avez la force de volont\u00e9 n\u00e9cessaire pour refuser tout compromis, toute concession, la douleur prends une telle intensit\u00e9 que vous craignez de vous \u00e9vanouir. Et c\u2019est \u00e0 cet instant \u2212\u00a0\u00e0 cet instant seulement\u00a0\u2212, que la douleur dispara\u00eet<a href=\"#_edn11\" name=\"_ednref11\">[11]<\/a>\u00a0\u00bb. Des performances, parmi tant d\u2019autres, comme <em>Rythme 0<\/em>\u00a0(dont la difficult\u00e9 ou la facilit\u00e9 sont fortement conditionn\u00e9es par le comportement du public) ou <em>Gold Found by the Artists<\/em>, entra\u00eenaient une \u00e9norme concentration. La premi\u00e8re, parce que l\u2019artiste devait \u00eatre allong\u00e9e pendant 6 heures sans bouger et rester \u00e0 la merci du public, qui avait \u00e0 sa disposition un couteau et un pistolet\u00a0; la deuxi\u00e8me, parce que, elle et Ulay \u2212\u00a0et cela faisait partie de l\u2019\u0153uvre\u00a0\u2212, devaient rester assis pendant huit heures, fig\u00e9s sur place, en se regardant dans les yeux\u00a0: \u00ab\u00a0pour rester compl\u00e8tement immobile, j\u2019imaginais qu\u2019un membre du public braquait un pistolet sur moi et qu\u2019il presserait sur la d\u00e9tente si je bougeais<a href=\"#_edn12\" name=\"_ednref12\">[12]<\/a>\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s le quatri\u00e8me jour, elle \u00e9crivait: \u00ab Au bout d\u2019un moment, la position la plus confortable elle-m\u00eame deviendrait intol\u00e9rable. Je sais maintenant que je dois simplement accepter l\u2019intol\u00e9rable\u00a0: affronter la douleur et l\u2019accepter \u00bb et encore \u00ab J\u2019avais d\u00e9couvert une nouvelle version de moi-m\u00eame, dans laquelle la douleur n\u2019avait aucune importance<a href=\"#_edn13\" name=\"_ednref13\">[13]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La discipline est, donc, une question fondamentale pour achever une \u0153uvre physiquement tr\u00e8s exigeante. En ce sens, Abramovi\u0107 remercie sa m\u00e8re, non sans une certaine amertume, la d\u00e9termination et l\u2019autodiscipline impos\u00e9es par son \u00e9ducation de fer<a href=\"#_edn14\" name=\"_ednref14\">[14]<\/a>. Ainsi, ult\u00e9rieurement, elle donnera des cours et fera des ateliers avec de jeunes espoirs, \u00e0 plusieurs reprises et dans plusieurs pays. Au d\u00e9but, elle \u00e9tait la seule en Europe \u00e0 donner des enseignements sp\u00e9cialis\u00e9s de la performance. Avant les cours proprement dit, ils ont \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 des consignes d\u2019entrainement tr\u00e8s rigoureuses\u00a0: \u00ab Les ateliers leur apprenaient l\u2019endurance, la concentration, la perception, la ma\u00eetrise de soi et la volont\u00e9, et leur faisaient prendre conscience de leurs limites mentales et physiques. C\u2019\u00e9tait le c\u0153ur de mon enseignement. Pour chaque atelier, j\u2019emmenais entre douze et vingt-cinq \u00e9tudiants \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, quelque part o\u00f9 il faisait syst\u00e9matiquement trop chaud ou trop froid, un endroit toujours inconfortable. Nous je\u00fbnions pendant trois \u00e0 cinq jours en ne buvant que de l\u2019eau ou des tisanes, et en \u00e9vitant de parler tout en accomplissant diff\u00e9rents exercices<a href=\"#_edn15\" name=\"_ednref15\">[15]<\/a>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En explorant toujours les relations corps-esprit-conscience, et en \u00e9tant fortement int\u00e9ress\u00e9e par le mysticisme, elle fait d\u2019innombrables voyages en Asie, mais aussi en Australie et au Br\u00e9sil, pour r\u00e9aliser des retraits spirituels, ayurv\u00e9diques et pour se former. Pour l\u2019artiste cette sorte d\u2019exp\u00e9riences m\u00e9ditatives connectent avec ce qu\u2019elle appelle la \u00ab\u00a0conscience cosmique\u00a0\u00bb de la m\u00eame mani\u00e8re que l\u2019on le fait dans toutes les performances vraiment r\u00e9ussies, lesquelles permettent d\u2019affranchir le seuil d\u2019une dimension incomparable\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, l\u2019artiste comprend tr\u00e8s t\u00f4t que la grandeur n\u2019arriverait qu\u2019en dehors de la Yougoslavie communiste\u00a0: dans les ann\u00e9es 1970, elle cr\u00e9e une bo\u00eete \u00e0 lettres personnelle et g\u00e9ante, \u00e9crit \u00e0 tout le monde et re\u00e7oit des catalogues d\u2019art, issus de plusieurs pays europ\u00e9ens. \u00c0 la premi\u00e8re occasion, elle se d\u00e9brouille pour partir (on ne doit jamais oublier les privil\u00e8ges de la bourgeoisie rouge et l\u2019aperture des fronti\u00e8res Yougoslaves \u00e0 partir des ann\u00e9es 60<a href=\"#_edn16\" name=\"_ednref16\">[16]<\/a>)\u00a0pr\u00e9senter sa premi\u00e8re performance <em>Rythme 10<\/em>, dont on a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9, pas dans son pays, mais dans \u00ab\u00a0le monde ext\u00e9rieur\u00a0: le monde de l\u2019art<a href=\"#_edn17\" name=\"_ednref17\">[17]<\/a>\u00a0\u00bb. Sortir de la Yougoslavie est tellement d\u00e9terminant qu\u2019elle parlait \u00e0 ce titre d\u2019un ami\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019est jamais parti et il n\u2019a jamais vraiment perc\u00e9<a href=\"#_edn18\" name=\"_ednref18\">[18]<\/a>\u00a0\u00bb. Pour faire de\u00a0<em>l\u2019art \u00e0 partir de tout<\/em> il faut aller \u00e0 la rencontre de ce <em>Tout<\/em>. Ce passage \u00e0 la sph\u00e8re internationale l\u2019\u00e9loigne de plus en plus de l\u2019art idiosyncrasique\u00a0national. Un \u00e9pisode des ann\u00e9es 1990 t\u00e9moigne de la rupture, ainsi que le rapport d\u2019alt\u00e9rit\u00e9, entre l\u2019idiosyncrasie \u00ab\u00a0externe\u00a0\u00bb et, disons, la Yougoslavie de l\u2019<em>establishment;<\/em>\u00a0\u00e0 l\u2019occasion de la biennale de Venise, on lui a propos\u00e9 de repr\u00e9senter son pays en pr\u00e9sentant une performance, apr\u00e8s avoir adress\u00e9 sa proposition au ministre mont\u00e9n\u00e9grin de la Culture, le ministre insinue qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait ni une vraie artiste ni une vraie Yougoslave, que les vrais artistes impr\u00e9gn\u00e9s de la culture yougoslave (plut\u00f4t des r\u00e9miniscences de la propagande r\u00e9volutionnaire et l\u2019esth\u00e9tique des Beaux-Arts socialiste) \u00e9taient \u00ab\u00a0parmi eux\u00a0\u00bb et que la performance propos\u00e9e \u00ab\u00a0n\u2019\u00e9tait qu\u2019un amas d\u2019os affreux et malodorants<a href=\"#_edn19\" name=\"_ednref19\">[19]<\/a>\u00a0\u00bb. Comme si apr\u00e8s ses longs s\u00e9jours \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, elle s\u2019\u00e9tait intoxiqu\u00e9e des mauvaises influences. Finalement elle a r\u00e9ussi \u00e0 participer dans la section internationale avec la pi\u00e8ce propos\u00e9e et a gagn\u00e9 le Lion d\u2019or du meilleur artiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, depuis sa premi\u00e8re performance, <em>Rythme 10<a href=\"#_edn20\" name=\"_ednref20\"><strong>[20]<\/strong><\/a><\/em>, elle r\u00e9serve une place d\u00e9terminante \u00e0 son rapport avec le public\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait comme si [\u2026] le public et moi ne faisions plus qu\u2019un. Un unique organisme<a href=\"#_edn21\" name=\"_ednref21\">[21]<\/a>\u00a0\u00bb. Pendant sa carri\u00e8re de performeuse, Abramovi\u0107 a habituellement jou\u00e9 le r\u00f4le <em>sujet-objet-<\/em>conception de l\u2019id\u00e9e, mise en sc\u00e8ne et utilisation de son propre corps comme outil. Or, <em>Rythme 0<\/em> fut un d\u00e9tournement int\u00e9ressant de situation\u00a0:\u00a0 le public a le permis de devenir le sujet absolu de la pi\u00e8ce, alors qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019un simple outil au service du conceptualisme artistique. Cette id\u00e9e \u00e9voluera plus tard avec la M\u00e9thode Abramovi\u0107. L\u2019ouvre na\u00eet donc, de l\u2019interaction public-artiste, sur place, en direct. Elle sera in\u00e9dite et ne pourra exister que pendant 6 heures (le temps fix\u00e9 pour la performance) pour apr\u00e8s dispara\u00eetre, comme toute \u0153uvre immat\u00e9rielle. Les instructions de la performance \u00e9taient claires\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a sur la table 72 objets que l\u2019on peut utiliser sur moi comment on veut. [\u2026] Je suis l\u2019objet. Durant cette p\u00e9riode, j\u2019assume l\u2019enti\u00e8re responsabilit\u00e9 de ce qui peut se passer<a href=\"#_edn22\" name=\"_ednref22\">[22]<\/a>\u00a0\u00bb Ce qui s\u2019est pass\u00e9 c\u2019est que le public est all\u00e9 tr\u00e8s loin. Une fois le temps de la performance fini, Abramovi\u0107 s\u2019est lev\u00e9e en saignant, \u00e0 moiti\u00e9 nue, et s\u2019est avanc\u00e9e vers les assistants. Soudainement, ils ont eu peur d\u2019elle et se sont all\u00e9s en courant. L\u2019objet est devenu sujet \u00e0 nouveau\u00a0; la chair est devenue personne. \u00ab\u00a0En cet instant, j\u2019ai pris conscience que le public peut vous tuer<a href=\"#_edn23\" name=\"_ednref23\">[23]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Abramovi\u0107 revendique son \u00e9panouissement vital dans le c\u00f4t\u00e9 de la <em>cr\u00e9ation<\/em> en refusant la <em>procr\u00e9ation<\/em>. \u00c0 son \u00e9gard, et \u00e7a sera un sujet abord\u00e9 au fil du livre \u00e0 plusieurs reprises, sa libert\u00e9 personnelle et artistique ne peut pas \u00eatre effective qu\u2019avec l\u2019absence de descendance. Ce n\u2019est pas sans raison qu\u2019elle a avort\u00e9 trois fois tout au long de sa vie. L\u2019artiste fait preuve de r\u00e9ticence lorsque son fr\u00e8re et sa ni\u00e8ce sont all\u00e9s s\u2019installer chez elle en raison de probl\u00e8mes familiaux. Malgr\u00e9 la profonde n\u00e9gligence qui subissait la fille, elle a dit\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0J\u2019aimais beaucoup Ivana. Mais je ne pouvais pas m\u2019occuper d\u2019elle. Il fallait que je travaille<a href=\"#_edn24\" name=\"_ednref24\">[24]<\/a>\u00a0\u00bb. Ainsi, sa conception de la transcendance temporelle consiste plut\u00f4t \u00e0 rester dans la m\u00e9moire collective gr\u00e2ce \u00e0 son \u0153uvre, laquelle doit op\u00e9rer sur les consciences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est pourquoi, apr\u00e8s 40 ann\u00e9es de performances et \u00e9tant consciente de son \u00e2ge, Abramovi\u0107 commence \u00e0 concevoir la cr\u00e9ation du Marina Abramovi\u0107 Institute (MAI) et sa M\u00e9thode au cours des ann\u00e9es 2000. L\u2019institution et la m\u00e9thode seront son h\u00e9ritage \u00e0 l\u00e9guer\u00a0; l\u2019humanit\u00e9 son h\u00e9riti\u00e8re. Ainsi, elle \u00e9crit \u00ab\u00a0J\u2019ai compris qu\u2019il \u00e9tait temps de transf\u00e9rer mon exp\u00e9rience personnelle \u00e0 tous les autres et que le seul moyen d\u2019y parvenir \u00e9tait de les laisser voir et sentir tout cela par eux-m\u00eames<a href=\"#_edn25\" name=\"_ednref25\">[25]<\/a>\u00a0\u00bb. Le MAI n\u2019a pas pu \u00eatre construit en raison de probl\u00e8mes \u00e9conomiques<a href=\"#_edn26\" name=\"_ednref26\">[26]<\/a>. N\u00e9anmoins, en utilisant l\u2019art conceptuel comme justification, on trouve l\u2019\u00e9chappatoire\u00a0: \u00ab\u00a0pourquoi ne pas rendre (avons-nous pens\u00e9) le MAI\u00a0<em>lui-m\u00eame<\/em> immat\u00e9riel ?<a href=\"#_edn27\" name=\"_ednref27\">[27]<\/a>\u00a0\u00bb Au lieu d\u2019apprendre la M\u00e9thode au sein du MAI, l\u2019id\u00e9e serait de la faire parvenir aux \u00e9tablissements culturels. La M\u00e9thode Abramovi\u0107 s\u2019int\u00e9resse, notamment, \u00e0 la notion de concentration et de sensibilit\u00e9 et pr\u00e9pare le public \u00e0 participer \u00e0 l\u2019\u0153uvre d\u2019art mais aussi \u00e0 la percevoir. En plagiant la modalit\u00e9 de m\u00e9ditation Vipassana, Abramovi\u0107 propose aux participants de laisser leurs possessions dans des casiers, de compter un tas de grains de riz, de faire toute sorte d\u2019activit\u00e9 au ralenti et de je\u00fbner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette m\u00e9thode est-elle en soi-m\u00eame une performance\u00a0? Ou s\u2019agit-il d\u2019un simple <em>\u00e9chauffement<\/em>\u00a0? Le spectateur laisse son r\u00f4le d\u2019observateur pour devenir, lui, un acteur, de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019\u00e0 <em>Rythme 0\u00a0<\/em>? On ne peut pas s\u2019emp\u00eacher d\u2019y penser, surtout, quand on apprend qu\u2019il y a des <em>spectateurs des spectateurs\u00a0<\/em>: au Padiglione d\u2019arte contemporanea, \u00e0 Milan, il y avait des participants et du vrai public qui observaientt ces participants. Ainsi, on assiste \u00e0 une double dimension de perception\u00a0qui fonctionne \u00e0 l\u2019image d\u2019une <em>matriochka<\/em>\u00a0: 1. Le <em>vrai public<\/em> contemple les participants (lesquels font momentan\u00e9ment partie de la pi\u00e8ce) pratiquer la M\u00e9thode, observer et interagir avec les objets transitoires cr\u00e9es par l\u2019artiste\u00a0; 2. Les participants pratiquent la M\u00e9thode, observent et interagissent avec les objets transitoires cr\u00e9es par l\u2019artiste. Autrement dit, lorsqu\u2019un groupe de personnes participent \u00e0 une exp\u00e9rience esth\u00e9tique avec une \u0153uvre d\u2019art, cette interaction devient en soi-m\u00eame une \u0153uvre d\u2019art \u00e0 admirer. Les fronti\u00e8res ne sont pas nettes. <em>512 Hours<\/em>, l\u2019une de ses performances les plus r\u00e9centes, a \u00e9t\u00e9 encore plus conceptuelle, ne contenant aucun objet, o\u00f9 le public, cette fois sans \u00eatre observ\u00e9 par quelqu\u2019un d\u2019autre, pratique la M\u00e9thode. La performance faite et auto-contempl\u00e9e par le public. Ainsi, Abramovi\u0107 affirme \u00ab\u00a0Il me semble que consid\u00e9rer l\u2019art comme quelque chose d\u2019isol\u00e9, de sacr\u00e9 et de distinct de tout le reste, c\u2019est le couper de la vie. L\u2019art doit faire partie de la vie. L\u2019art doit appartenir \u00e0 tout le monde<a href=\"#_edn28\" name=\"_ednref28\">[28]<\/a>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019artiste se dissipe de plus en plus pour c\u00e9der la place \u00e0 sa conception, la seule chose qui persistera : <em>connaissez la performance, faites-la, car le cr\u00e9puscule de ma vie arrive.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u0153uvre d\u2019Abramovi\u0107 rend compte des changements de la culture contemporaine\u00a0: si bien aujourd\u2019hui le multiculturalisme c\u2019est une affaire banale, une performance Abramovi\u0107-Ulay, donn\u00e9e dans les ann\u00e9es 80, rend compte de l\u2019\u00e9volution des flux culturels mondiaux. Pour <em>Nightsea Crossing Conjunction<\/em> ils invitent un moine du Tibet (apr\u00e8s quelques difficult\u00e9s car la plupart des moins tib\u00e9tains n\u2019avaient pas de passeport) et un aborig\u00e8ne australien \u00e0 venir \u00e0 Amsterdam, afin de joindre deux cultures qui ne s\u2019\u00e9taient encore jamais rencontr\u00e9es, les m\u00eames qui ont inspir\u00e9 leurs cr\u00e9ations artistiques. Ils se sont tous regard\u00e9s dans les yeux pendant quelques heures. Cette rencontre de civilisations (occidentale, tib\u00e9taine et australienne), cette alt\u00e9rit\u00e9 exotique, \u00e9tonnait, fonctionnait, justifiait l\u2019\u0153uvre. La mondialisation culturelle \u00e9tait en route, la chute du Mur de Berlin ach\u00e8vera la d\u00e9cennie. Comment fonctionnerait cette pi\u00e8ce \u00e0 l\u2019heure actuelle\u00a0? Dans un monde o\u00f9 l&rsquo;internet offre un flux constant de curiosit\u00e9s de tous les coins de la plan\u00e8te et le tourisme de masses est \u00e0 l\u2019apog\u00e9e, elle n\u2019aurait pas sa place. Plus r\u00e9cemment, dans la pi\u00e8ce <em>The Artist is Present <\/em>au\u00a0<em>Museum of Modern Art<\/em> de New-York, la \u00ab\u00a0pleine conscience\u00a0\u00bb r\u00e9ussit \u00e0 stup\u00e9fier\u00a0! Elle sert de mat\u00e9riau pour une \u0153uvre d\u2019art, tellement c\u2019est rare de nos jours. La demeure de la pens\u00e9e dans le monde virtuel, l\u2019ali\u00e9nation, la non-communication, ou plut\u00f4t la mauvaise qualit\u00e9 des communications interpersonnelles, ainsi que la d\u00e9pendance des technologies (des th\u00e8mes qui sont tous devenus des clich\u00e9s critiques du d\u00e9but du xxi<sup>e<\/sup> si\u00e8cle), produisent un effet perturbateur lorsque deux personnes se regardent dans les yeux et \u00e9tablissent une connexion au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9cran. Une \u0153uvre d\u2019art qui fonctionne consiste \u00e0 sentir la pr\u00e9sence pleine de l\u2019autre dans une ville de 8\u00a0175\u00a0133 habitants<a href=\"#_edn29\" name=\"_ednref29\">[29]<\/a>. La m\u00e9thode est similaire \u00e0 la pi\u00e8ce que l\u2019on a \u00e9voqu\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment, <em>Nightsea Crossing Conjunction<\/em>, sauf qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque c\u2019\u00e9tait les personnages ceux qui \u00e9tonnaient\u00a0; aujourd\u2019hui \u00e9tonne le proc\u00e9d\u00e9, surtout dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 personne n\u2019a plus le temps de s\u2019assoir ni de rester un moment dans l\u2019ici-et-le-maintenant. Pour autant ces anecdotes mettent en relief quelques caract\u00e9ristiques du monde occidental actuel\u00a0: l\u2019indiscutable avanc\u00e9 du panorama communicatif (j\u2019insiste, quantit\u00e9 ce n\u2019est pas \u00e9gal \u00e0 qualit\u00e9) et de la vitesse des \u00e9changes ; l\u2019\u00e9norme saturation d\u2019informations \u00e0 propos de n\u2019importe quoi \u2013 ou presque\u00a0\u2212, et l\u2019interculturalit\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 le nombre de fronti\u00e8res politiques n\u2019a pas chang\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Abramovi\u0107 fait partie d\u2019une \u00e9poque (et y contribue) dans laquelle la performance \u00ab\u00a0fut reconnue technique d\u2019expression artistique \u00e0 part enti\u00e8re<a href=\"#_edn30\" name=\"_ednref30\">[30]<\/a>\u00a0\u00bb pour la premi\u00e8re fois. Jusqu\u2019\u00e0 ce moment, elle avait \u00e9t\u00e9 omise des r\u00e9flexions sur l\u2019histoire de l\u2019art. Les soir\u00e9es des avant-gardes du XX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, par exemple, avaient d\u00e9j\u00e0 leur dose de performances et de pi\u00e8ces participatives (\u00e0 bas les chefs-d\u2019\u0153uvre\u00a0!),\u00a0 mais \u00e7a sera dans les ann\u00e9es 1960-1970 quand on assistera \u00e0 la <em>mise au monde<\/em> des artistes consacr\u00e9s enti\u00e8rement \u00e0 cette forme d\u2019art<a href=\"#_edn31\" name=\"_ednref31\">[31]<\/a> et que l\u2019on commencera \u00e0 en parler. Quelle est donc la contribution\u00a0de l\u2019artiste serbe\u00a0? La red\u00e9finition des limites\u00a0: son \u0153uvre est une invitation \u00e0 s\u2019interroger \u00e0 propos de la force de volont\u00e9 et des limites corporelles (surtout avec la premi\u00e8re p\u00e9riode de son travail) mais aussi de la sacralisation de l\u2019art et puis de l\u2019art en soi-m\u00eame. Son parcours est un champ d\u2019exp\u00e9rimentation et une mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve continue. \u00c0 notre avis, l\u2019une de ses contributions les plus importantes est la r\u00e9invention des rapports dans le processus de cr\u00e9ation artistique\u00a0: Abramovi\u0107 \u00e9tabli un triangle de pouvoirs entre l\u2019entit\u00e9 <em>artiste<\/em> \u2013 quand elle travaille en collaboration avec Ulay les <em>egos<\/em> deviennent <em>Soi<a href=\"#_edn32\" name=\"_ednref32\"><strong>[32]<\/strong><\/a><\/em>, donc l\u2019abstraction unitaire \u2212, l\u2019entit\u00e9 <em>public<\/em> et enfin, l\u2019entit\u00e9 <em>\u0153uvre d\u2019art<\/em>, qui reconstruit, refait, r\u00e9invente et repense les hi\u00e9rarchies et les liens entre les trois angles du triangle. L\u2019art d\u2019Abramovi\u0107 est, avant tout, un art d\u2019\u00e9change, de partage, d\u2019exp\u00e9rience commune\u00a0: d\u2019interaction. Cette conception va de pair avec l\u2019actuelle d\u00e9stabilisation des rapports artiste-\u0153uvre-public \/ cr\u00e9ateur-cr\u00e9ation-public, issue des nouvelles technologies, que l\u2019on trouve dans l\u2019art num\u00e9rique et interactif, et qui perp\u00e9tue la conception duchampienne du spectateur qui fait \u2212 ou qui compl\u00e8te \u2212 l\u2019\u0153uvre d\u2019art.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">[1]<\/a> Elle est n\u00e9e en 1946 et la version originale du livre est publi\u00e9e en 2016.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\">[2]<\/a> Abramovi\u0107, Marina. <em>Traverser les murs. M\u00e9moires. <\/em>\u00c9ditions Fayard, Paris, 2017, p.\u00a043.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref3\" name=\"_edn3\">[3]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a043.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref4\" name=\"_edn4\">[4]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a043.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref5\" name=\"_edn5\">[5]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a020.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref6\" name=\"_edn6\">[6]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a063.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref7\" name=\"_edn7\">[7]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a063.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref8\" name=\"_edn8\">[8]<\/a> Comme la s\u00e9rie <em>Transitory Objects for Human Use<\/em> (1989) ou l\u2019\u0153uvre <em>Black Dragon <\/em>(1994). Ces pi\u00e8ces, interagissant avec les utilisateurs, avaient par objectif la recherche introspective.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref9\" name=\"_edn9\">[9]<\/a> \u00ab\u00a0Il [l\u2019artiste] peut cr\u00e9er la plus belle \u0153uvre \u00e0 partir de rien, seule l&rsquo;id\u00e9e compte vraiment.\u00a0\u00bb In \u00ab\u00a0Le corps, aucune identit\u00e9. Entretien avec Marina Abramovic \u00bb Sens Public, 17 octobre 2014, <a href=\"http:\/\/www.sens-public.org\/article1107.html\">http:\/\/www.sens-public.org\/article1107.html<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref10\" name=\"_edn10\">[10]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a078.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref11\" name=\"_edn11\">[11]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a0169.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref12\" name=\"_edn12\">[12]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a0169. Ils ont pr\u00e9sent\u00e9 cette pi\u00e8ce pendant 16 jours et, durant cette p\u00e9riode, ils ont je\u00fbn\u00e9 et rest\u00e9 en silence. La performance arrive \u00e0 la suite de leur voyage en Australie, o\u00f9 les aborig\u00e8nes leur ont appris l\u2019immobilit\u00e9 et le silence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref13\" name=\"_edn13\">[13]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a0169-170.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref14\" name=\"_edn14\">[14]<\/a> \u00c0 la page 21 on peut lire une devise de sa m\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0La d\u00e9termination des vraies communistes \u2013\u00a0une d\u00e9termination spartiate\u00a0\u2500 devait leur permettre de \u00ab\u00a0traverser les murs \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref15\" name=\"_edn15\">[15]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a0269.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref16\" name=\"_edn16\">[16]<\/a> Pecharrom\u00e1n, Julio Gil. <em>Europa Centrooriental Contempor\u00e1nea. (siglos XIX Y XX)<\/em>. Uned, 2010.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref17\" name=\"_edn17\">[17]<\/a> Abramovi\u0107, Marina. <em>Traverser les murs. M\u00e9moires. <\/em>\u00c9ditions Fayard, Paris, 2017, p.\u00a070.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref18\" name=\"_edn18\">[18]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a073.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref19\" name=\"_edn19\">[19]<\/a> La pi\u00e8ce propos\u00e9e s\u2019appellerait <em>Balkan Baroque<\/em> (1997)\u00a0: Abramovi\u0107 est assise sur un immense tas d\u2019os de bovins sanglants, pleins de chair et de tendons et elle doit les frotter avec une brosse. La puanteur de viande pourrie est insupportable. Quelques \u00e9crans montrent ses parents en train de parler, et sur une autre, l\u2019artiste explique une histoire populaire balkanique, puis elle ex\u00e9cute une danse sexy. Avec cette \u0153uvre, elle voulait synth\u00e9tiser l\u2019esprit balkanique et la honte de la guerre d\u2019ex-Yougoslavie (1991-2001) et de toutes les guerres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref20\" name=\"_edn20\">[20]<\/a> Cette \u0153uvre nous \u00e9voque <em>Cut Piece <\/em>[Taill\u00e9e en pi\u00e8ces] (1964) de Yoko Ono. Le public, \u00e0 l\u2019aide des ciseaux, pouvait couper ses v\u00eatements et la laisser compl\u00e8tement nue. La soumission et le r\u00f4le d\u2019objet de l\u2019artiste sont pr\u00e9sents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref21\" name=\"_edn21\">[21]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a077.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref22\" name=\"_edn22\">[22]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a086.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref23\" name=\"_edn23\">[23]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a089.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref24\" name=\"_edn24\">[24]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a0307. N\u00e9anmoins, sa belle-s\u0153ur, \u00e9tant mourante, l\u2019appellera pour implorer son aide et Abramovi\u0107 c\u00e9dera.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref25\" name=\"_edn25\">[25]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a0431.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref26\" name=\"_edn26\">[26]<\/a> Abramovi\u0107 a eu beau rencontrer des milliardaires pour leur montrer son projet, elle n\u2019a pas re\u00e7u l\u2019aide financi\u00e8re attendue. Peut-\u00eatre dans un monde de marchandises \u00ab\u00a0les plus riches ne se [bousculent] pas vraiment pour investir dans l\u2019art immat\u00e9riel\u00a0\u00bb\u00a0? <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0423.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref27\" name=\"_edn27\">[27]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a0424-425.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref28\" name=\"_edn28\">[28]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a0303.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><a href=\"#_ednref29\" name=\"_edn29\">[29]<\/a> Selon l\u2019United States Census Bureau. Population en 2010, l\u2019an de la pi\u00e8ce. <a href=\"https:\/\/www.census.gov\/quickfacts\/fact\/table\/newyorkcitynewyork,NY\/PST045217\">https:\/\/www.census.gov\/quickfacts\/fact\/table\/newyorkcitynewyork,NY\/PST045217<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref30\" name=\"_edn30\">[30]<\/a> Goldberg, Roselee. <em>La performance. Du futurisme \u00e0 nos jours<\/em>. Editions Thames &amp; Hudson sarl, Paris, 2001.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref31\" name=\"_edn31\">[31]<\/a> <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref32\" name=\"_edn32\">[32]<\/a> Ainsi, elle \u00e9crit dans ses m\u00e9moires (p. 209) \u00ab\u00a0J\u2019avais renonc\u00e9 \u00e0 travailler en solo pour un id\u00e9al qui me paraissait sup\u00e9rieur\u00a0: faire de l\u2019art ensemble et cr\u00e9er ce troisi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment que nous appelions ce <em>Soi<\/em> \u2013 une \u00e9nergie qui n\u2019\u00e9tait pas empoisonn\u00e9e par l\u2019<em>ego<\/em>, une fusion de masculin et de f\u00e9minin qui constituait \u00e0 mes yeux la forme d\u2019art supr\u00eame \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Faire de la vie m\u00eame un mode d\u2019expression. Cela devait \u00eatre la phrase qu\u2019a eu en t\u00eate une jeune Marina au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, lorsque, un jour sans nuages, elle a eu la r\u00e9v\u00e9lation qui l\u2019a marqu\u00e9e pour toujours : \u00ab Pourquoi me limiter aux \u00e0 deux dimensions, alors que je pouvais faire l\u2019art \u00e0 partir de tout : le feu, l\u2019eau, le corps humain ? Tout ![2] \u00bb Cette d\u00e9cision n\u2019\u00e9tait pas le fruit du hasard. Ayant \u00e0 son enfance et jeunesse la Yougoslavie de Tito pour toile de fond, l\u2019artiste est fille de partisans qui s\u2019\u00e9taient battus contre les nazis. Apr\u00e8s la guerre, ils sont devenus membres du Parti et ont occup\u00e9 des postes prestigieux \u2013 la m\u00e8re a \u00e9t\u00e9 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e de la Yougoslavie \u00e0 l\u2019Unesco. Ce pass\u00e9 h\u00e9ro\u00efque a permis \u00e0 la famille de vivre plus ais\u00e9ment que la plupart des gens, ce qui a facilit\u00e9 pour Abramovi\u0107 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la culture.<span>&#91;&#8230;&#93;<\/span><\/p>\n","protected":false},"author":13,"featured_media":170,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_FSMCFIC_featured_image_caption":"","_FSMCFIC_featured_image_nocaption":"","_FSMCFIC_featured_image_hide":"","footnotes":""},"categories":[31],"tags":[55,54,56,57],"class_list":["post-178","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-art","tag-art-corporel","tag-marina-abramovic","tag-memoires-de-marina-abramovic","tag-traverser-les-murs"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/users\/13"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=178"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":180,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178\/revisions\/180"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/media\/170"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=178"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=178"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=178"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}