{"id":127,"date":"2017-06-14T11:35:41","date_gmt":"2017-06-14T11:35:41","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/?p=127"},"modified":"2017-06-14T15:38:29","modified_gmt":"2017-06-14T15:38:29","slug":"rencontre-avec-antonella-cavallo-autour-de-son-livre-le-liberta-violate-donne-dietro-le-sbarre-par-marie-laure-weber","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/2017\/06\/14\/rencontre-avec-antonella-cavallo-autour-de-son-livre-le-liberta-violate-donne-dietro-le-sbarre-par-marie-laure-weber\/","title":{"rendered":"Rencontre avec Antonella Cavallo autour de son livre Le libert\u00e0 violate \u2013 Donne dietro le sbarre, par Marie-Laure Weber"},"content":{"rendered":"<h6>Antonella Cavallo est n\u00e9e \u00e0 Milan, elle est la troisi\u00e8me d&rsquo;une fratrie de cinq enfants, ce que l&rsquo;on appellerait aujourd&rsquo;hui une famille nombreuse. Marchant sur les traces de l&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9 artistique de son p\u00e8re et de son grand-p\u00e8re, l&rsquo;inventeur, elle repr\u00e9sente la troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de l&rsquo;entreprise familiale qui con\u00e7oit et fabrique des instruments pour la recherche scientifique.<\/h6>\n<p><!--more--><\/p>\n<h6 style=\"text-align: justify\">Parcourant le monde \u00e0 la recherche d&rsquo;\u00e9motions nouvelles qu&rsquo;elle capture et transforme en images et en mots, Antonella Cavallo parle sept langues, du milanais \u00e0 l\u2019indon\u00e9sien.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">Ses lettres, ses po\u00e9sies, ses r\u00e9cits et ses romans s&rsquo;inspirent de sa grande passion pour les sentiments et le myst\u00e8re. De sa grand-m\u00e8re frioulane, elle a h\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;histoires et de pens\u00e9es occultes ainsi que d&rsquo;un vieux calepin noir avec de d\u00e9licieuses recettes \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">Elle a fr\u00e9quent\u00e9 plusieurs \u00e9coles de sp\u00e9cialisation et d&rsquo;approfondissement culturel et linguistique et a publi\u00e9 diff\u00e9rents textes\u00a0: <em>Syst\u00e8mes de calendrier balinais\u00a0: Pawukon (Tika) Saka<\/em>\u00a0et <em>Bijoux d&rsquo;ornement<\/em>.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">Elle participe \u00e9galement \u00e0 des cours et \u00e0 des s\u00e9minaires de criminologie et fait du volontariat dans les prisons (art.17 en Italie) o\u00f9 elle op\u00e8re en tant que m\u00e9diatrice p\u00e9nale, culturelle et linguistique. Elle intervient notamment dans les prisons milanaises de San Vittore et de Bollate et propose des projets d&rsquo;\u00e9criture en commun, des psychodrames et de la m\u00e9diation p\u00e9nale, dans le but d&rsquo;impliquer les d\u00e9tenus dans des activit\u00e9s litt\u00e9raires et th\u00e9\u00e2trales.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">Paru en 2016, son livre <em>Le libert\u00e0 violate \u2013 Donne dietro le sbarre<\/em><a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> \u00e9voque le monde carc\u00e9ral \u00e0 travers plusieurs r\u00e9cits.<\/h6>\n<h6><a href=\"http:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2017\/06\/Couvertures-du-livre.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-131\" src=\"http:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2017\/06\/Couvertures-du-livre.jpg\" alt=\"Couvertures du livre\" width=\"890\" height=\"624\" \/><\/a><\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">Marie-Laure Weber\u00a0: Antonella, pouvez-vous nous pr\u00e9senter en quelques mots votre derni\u00e8re \u0153uvre\u00a0?<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">Antonella Cavallo\u00a0: Bien s\u00fbr, avec plaisir. La prison est un sujet qui \u00e9branle notre \u00e2me. Peut-\u00eatre parce que nous voudrions nous \u00e9riger en juge, ou peut-\u00eatre parce que nous savons que dans des circonstances particuli\u00e8res ou suite \u00e0 de mauvais choix, nous pourrions nous aussi nous retrouver derri\u00e8re ces barreaux tant redout\u00e9s. Et \u00e7a, \u00e7a nous effraie. Mon exp\u00e9rience en tant que m\u00e9diatrice culturelle dans des prisons milanaises, m&rsquo;a amen\u00e9e \u00e0 rencontrer et \u00e0 fr\u00e9quenter des femmes incarc\u00e9r\u00e9es, et \u00e0 passer du temps avec ces derni\u00e8res derri\u00e8re les barreaux tout en sachant que quelques heures plus tard, je les quitterai pour retourner au milieu des gens qui sont dehors. Leurs regards vides, les non-dits et leur d\u00e9marche le dos courb\u00e9 sous le poids de leur culpabilit\u00e9, ont inspir\u00e9 les r\u00e9cits pr\u00e9sents dans mon livre. Ce sont des histoires dures, des histoires qui narrent la douleur, la culpabilit\u00e9, les violences subies ou inflig\u00e9es. Dans le livre, il y a des notes autobiographiques et des pens\u00e9es qui parlent de mon exp\u00e9rience de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 des murs et de la minceur du fil qui s\u00e9pare le dehors du dedans.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">M-L. W.\u00a0: Pouvez-vous nous parler plus en d\u00e9tail de votre travail en tant que m\u00e9diatrice p\u00e9nale, culturelle et linguistique\u00a0?<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">A. C.\u00a0: Avant tout, je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que j\u2019ai un tout autre m\u00e9tier. Comme vous le disiez tout \u00e0 l&rsquo;heure, je suis charg\u00e9e d&rsquo;\u00e9laborer et de fabriquer des appareils \u00e0 usage scientifique pour la recherche et le contr\u00f4le dans la production pharmaceutique. La m\u00e9diation est arriv\u00e9e apr\u00e8s, plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une activit\u00e9 que je fais comme b\u00e9n\u00e9vole en tant que collaboratrice au sein d&rsquo;Aihelpiu, une association d&rsquo;aide aux d\u00e9tenus\u00a0(mais pas uniquement)\u00a0: cela va du soutien psychologique \u00e0 un accompagnement juridique ou professionnel. Jouer un r\u00f4le de m\u00e9diateur signifie trouver un accord entre les diff\u00e9rentes parties. \u00catre m\u00e9diateur en prison, c&rsquo;est un peu diff\u00e9rent. Permettez-moi de d\u00e9velopper un peu\u2026, par m\u00e9diation linguistique et culturelle j&rsquo;entends \u00ab\u00a0aide et soutien\u00a0\u00bb aux d\u00e9tenus dans les relations interpersonnelles, les entretiens, la vie de tous les jours. La population carc\u00e9rale est compos\u00e9e de personnes qui viennent de divers endroits dans le monde et la cohabitation, d\u00e9j\u00e0 compliqu\u00e9e en tant que telle, devient parfois dramatique \u00e0 cause d&rsquo;incompr\u00e9hensions, d&rsquo;us et coutumes diff\u00e9rents qui doivent toutefois trouver leur place et cohabiter pacifiquement. Dans mon cas, n&rsquo;ayant pas de qualification sp\u00e9cifique dans le domaine de la psychologie, de la psychoth\u00e9rapie ou dans le domaine juridique (sinon mon int\u00e9r\u00eat personnel et mon apprentissage sur le terrain), j&rsquo;utilise mes connaissances linguistiques, culturelles et surtout mon imagination d&rsquo;auteure pour aider les d\u00e9tenus. Peut-\u00eatre qu&rsquo;un exemple pratique serait plus illustratif\u00a0: le premier projet que nous avons propos\u00e9 et r\u00e9alis\u00e9 dans la prison de San Vittore, a \u00e9t\u00e9 la r\u00e9daction d&rsquo;un roman collectif \u00e9crit par les d\u00e9tenues, sous notre contr\u00f4le et notre direction. Le groupe \u00e9tait constitu\u00e9 d&rsquo;une dizaine de femmes de langues et d&rsquo;ethnies diff\u00e9rentes. Bien que chacune d&rsquo;elles fusse capable de s&rsquo;exprimer en italien, quand il s&rsquo;agissait d&rsquo;\u00e9crire, leur composition se traduisait en quelques phrases d\u00e9pouill\u00e9es et souvent d\u00e9cousues que je devais reformuler. Pour la plupart, cela repr\u00e9sentait un service tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9. Mais l&rsquo;une d&rsquo;elles nous annon\u00e7a un jour vouloir se retirer du projet. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;une fille polonaise dipl\u00f4m\u00e9e en ing\u00e9nierie m\u00e9canique, tr\u00e8s cultiv\u00e9e et avide lectrice de textes classiques. Le fait d&rsquo;\u00e9crire en italien comme une enfant d&rsquo;\u00e9cole primaire l&rsquo;humiliait. Au d\u00e9but, elle n&rsquo;avait pas eu le courage de nous avouer sa frustration et invoquait des excuses tir\u00e9es par les cheveux mais, face \u00e0 mon insistance, elle finit par nous r\u00e9v\u00e9ler le vrai motif et \u00e0 ce moment-l\u00e0, son d\u00e9go\u00fbt \u00e9tait si profond qu&rsquo;il nous fit craindre que le projet tombe \u00e0 l\u2019eau. Elle \u00e9tait l&rsquo;une des auteures les plus productives, cr\u00e9atives et joyeuses du roman &#8211; pour vous dire &#8211; mais sa limite c&rsquo;\u00e9tait la langue. Ma r\u00e9ponse imm\u00e9diate fut\u00a0: \u00ab\u00a0O\u00f9 est le probl\u00e8me\u00a0? Tu n&rsquo;as qu&rsquo;\u00e0 \u00e9crire en polonais et nous trouverons un moyen de faire traduire tes textes.\u00a0\u00bb. Elle me r\u00e9pondit avec un grand sourire et se mit \u00e0 \u00e9crire des pages et des pages. Ma spontan\u00e9it\u00e9 m\u2019obligea \u00e0 faire une recherche minutieuse pour trouver quelqu&rsquo;un qui accepte de la traduire gratuitement. Je ne sais pas comment \u00e7a fonctionne chez vous, mais ici les associations de volontariat travaillent presque exclusivement b\u00e9n\u00e9volement\u2026 Je finis par trouver une connaissance de ma s\u0153ur, pr\u00eate \u00e0 m&rsquo;aider. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;une femme polonaise mari\u00e9e \u00e0 un sarde. Sa connaissance de l&rsquo;italien \u00e9tait m\u00eal\u00e9e \u00e0 celle du sarde, je vous laisse imaginer\u2026 Elle me confessa avec humilit\u00e9 qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas fait beaucoup d&rsquo;\u00e9tudes par le pass\u00e9. Je lui dis de traduire comme elle pouvait et de ne pas s&rsquo;inqui\u00e9ter car que je reformulerai ensuite le texte pour le rendre pertinent. Le r\u00e9sultat fut excellent car mon style d&rsquo;\u00e9criture refl\u00e9tait \u00e0 la perfection les pens\u00e9es et les intentions de l&rsquo;auteure. Ce fut un travail remarquable et pour moi, une grande joie.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">M-L. W.\u00a0: Comment se fait-il que vous ayez eu envie de faire cette exp\u00e9rience\u00a0?<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">A. C.\u00a0: Je crois l&rsquo;avoir toujours d\u00e9sir\u00e9, inconsciemment, et mon d\u00e9sir s&rsquo;est transform\u00e9 en r\u00e9alit\u00e9 lorsqu&rsquo;en 2012 le docteur Fumagalli, alors directeur des \u00e9ducateurs de la maison d&rsquo;arr\u00eat de San Vittore, me proposa de pr\u00e9senter mon roman <em>La pietra dei sogni<\/em><a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a> dans la biblioth\u00e8que de la prison o\u00f9 j&rsquo;avais initialement demand\u00e9 l&rsquo;autorisation de d\u00e9poser quelques exemplaires du livre. La pr\u00e9sentation fut un succ\u00e8s et ma coll\u00e8gue m\u00e9diatrice Sonja Radaelli et moi-m\u00eame lan\u00e7\u00e2mes imm\u00e9diatement le d\u00e9fi aux d\u00e9tenues d&rsquo;\u00e9crire un roman \u00e0 plusieurs. Nous savions que ce ne serait pas facile, mais nous l&rsquo;avions d\u00e9j\u00e0 fait, des ann\u00e9es auparavant, avec cinq autres de nos coll\u00e8gues d&rsquo;\u00e9criture cr\u00e9ative. Pourquoi pas, nous sommes-nous dit. C&rsquo;est de l\u00e0 que tout a commenc\u00e9.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">M-L. W.\u00a0: Depuis combien de temps faites-vous du b\u00e9n\u00e9volat en tant que m\u00e9diatrice p\u00e9nale culturelle et linguistique\u00a0?<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">A. C.\u00a0: Depuis 2012, depuis ce jour-l\u00e0.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">M-L. W. : Comment fait-on pour devenir m\u00e9diateur\u00a0?<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">A. C.\u00a0: La m\u00e9diation p\u00e9nale est une sp\u00e9cialisation qui n\u00e9cessite des \u00e9tudes en psychologie, en psychoth\u00e9rapie, en droit p\u00e9nal et en criminologie.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">M-L. W.\u00a0: Comment se d\u00e9roule la journ\u00e9e type d&rsquo;un m\u00e9diateur en prison\u00a0?<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">A. C.\u00a0: On s&rsquo;entretient avec les personnes incarc\u00e9r\u00e9es, on est \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute, on partage nos exp\u00e9riences, on parle de la vie quotidienne et de ce qu&rsquo;ont commis les d\u00e9tenus. On essaie d&rsquo;organiser une rencontre entre le coupable et la victime. C&rsquo;est une op\u00e9ration tr\u00e8s complexe, et encore tr\u00e8s peu pratiqu\u00e9e en Italie. Ce que nous essayons surtout de faire c&rsquo;est de cr\u00e9er un pont entre le dedans et le dehors.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">M-L. W.\u00a0: Que faites-vous exactement avec les d\u00e9tenus ?<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">A. C. : Cela fait maintenant deux ans que nous essayons d&rsquo;introduire la m\u00e9diation p\u00e9nale dans la prison de Bolatte. Le cours est divis\u00e9 en deux cat\u00e9gories\u00a0: la partie m\u00e9diation p\u00e9nale classique o\u00f9 mes coll\u00e8gues psychologues, criminologues et avocats expliquent la signification et les m\u00e9canismes de la m\u00e9diation p\u00e9nale \u00e0 travers des le\u00e7ons didactiques et des exercices de simulation. Le but est d&rsquo;amener les d\u00e9tenus \u00e0 devenir eux-m\u00eames m\u00e9diateurs, \u00e9galement lors de simples discordes familiales ou de voisinage.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">Et l&rsquo;autre partie, celle dont ma coll\u00e8gue et moi-m\u00eame nous occupons, c&rsquo;est la m\u00e9diation p\u00e9nale-th\u00e9\u00e2tre, soit la partie qui, \u00e0 travers des techniques et des exercices de psychoth\u00e9rapie et de psychodrame, enseigne aux d\u00e9tenus \u00e0 dialoguer, \u00e0 s&rsquo;exprimer, \u00e0 parler, \u00e0 adopter la bonne attitude pour affronter les entretiens ou simplement \u00e0 cohabiter avant tout entre eux et par cons\u00e9quent, avec les autres.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">M-L. W.\u00a0: Quels projets avez-vous d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9 avec eux\u00a0? Avez-vous actuellement de nouveaux projets \u00e0 leur proposer\u00a0?<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">A. C. : L&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re nous avons r\u00e9alis\u00e9 un spectacle qui a \u00e9t\u00e9 jou\u00e9 dans le th\u00e9\u00e2tre de la prison face \u00e0 un public de 130 personnes\u00a0: 90 d\u00e9tenus ainsi que 40 personnes de l&rsquo;ext\u00e9rieur (autoris\u00e9es par le directeur de l&rsquo;\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire \u00e0 assister au spectacle). La pi\u00e8ce s&rsquo;appelait \u00ab\u00a0les hommes derri\u00e8re les coulisses\u00a0\u00bb et les com\u00e9diens \u00e9taient seize et venaient d&rsquo;Italie, de Palestine, du Pakistan, du Maroc et des Philippines. C&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s \u00e9mouvant, ils ont tr\u00e8s bien jou\u00e9.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">Cette ann\u00e9e, nous retentons l&rsquo;exp\u00e9rience avec une nouvelle pi\u00e8ce que nous sommes en train de pr\u00e9parer.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">M-L. W.\u00a0: Quelle est la chose qui vous a le plus marqu\u00e9e ?<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">A. C.\u00a0: La premi\u00e8re fois que je suis entr\u00e9e en prison, c&rsquo;\u00e9taient les barri\u00e8res qui s&rsquo;ouvraient et se refermaient derri\u00e8re mes talons. Puis, les regards vides des d\u00e9tenus, c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs la seule chose qu&rsquo;ils ont en commun et que je reconnais parfois de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 des murs. Ils sont d\u00e9molis par une tristesse douloureuse p\u00e9trie de manque d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, d&rsquo;affection et de contact avec la r\u00e9alit\u00e9. Ensuite, il y a aussi la conscience qu&rsquo;ils ont d&rsquo;avoir perdu leur identit\u00e9, le manque d&rsquo;intimit\u00e9 et surtout l&rsquo;absence de libert\u00e9, m\u00eame la plus simple, celle de pleurer en solitaire&#8230; \u00c0 San Vittore les cellules accueillent quatre femmes dans des lits superpos\u00e9s. Il y a des WC qui sont s\u00e9par\u00e9s de la kitchenette par un rideau. Imaginez un peu, je n&rsquo;ajouterai rien\u2026<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">M-L. W.\u00a0: Quel est votre meilleur souvenir\u00a0? Et le pire\u00a0?<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">A. C.\u00a0: Mon plus beau souvenir, ce sont toutes ces embrassades de reconnaissance. Le pire, le risque d&rsquo;envoyer une d\u00e9tenue en isolement.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">M-L. W.\u00a0: Pourquoi\u00a0? Que s&rsquo;est-il pass\u00e9\u00a0?<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">A. C.\u00a0: Pour l&rsquo;anniversaire d&rsquo;une d\u00e9tenue, j&rsquo;avais d\u00e9cid\u00e9 de lui offrir un livre d&rsquo;\u00e9ducation sexuelle que l&rsquo;enseignant de son fils \u00e9tait en train de leur faire lire en classe. Connaissant le titre, je me suis rendue dans une librairie et je l&rsquo;ai achet\u00e9. Une fois arriv\u00e9e dans la biblioth\u00e8que, j&rsquo;ai retir\u00e9 le plastique qui l&rsquo;entourait pour y inscrire mon nom et mon pr\u00e9nom \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur puis je le lui ai donn\u00e9.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">Deux semaines plus tard, l&rsquo;\u00e9ducatrice m&rsquo;a convoqu\u00e9e chez la surintendante. Durant une perquisition, ils avaient retrouv\u00e9 et confisqu\u00e9 le livre car il avait \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 inadapt\u00e9 et obsc\u00e8ne. J&rsquo;avais commis deux graves erreurs\u00a0: je n&rsquo;avais pr\u00e9venu personne que je ferais entrer un livre dans la prison et je ne l&rsquo;avais pas pr\u00e9sent\u00e9 pour obtenir une approbation. J&rsquo;ai demand\u00e9 pardon pour ma faute mais j&rsquo;ai contest\u00e9 les accusations relatives au caract\u00e8re obsc\u00e8ne du livre en faisant remarquer \u00e0 la surintendante que si elle ne s&rsquo;\u00e9tait pas arr\u00eat\u00e9e aux photographies et qu&rsquo;elle avait lu le livre, elle l&rsquo;aurait trouv\u00e9 extr\u00eamement \u00e9ducatif et de toute fa\u00e7on, comme l&rsquo;indiquait la bande rouge de l\u2019ouvrage, le texte \u00e9tait indiqu\u00e9 pour un usage didactique. Cette femme m&rsquo;a alors tendu le livre avec des flammes dans le regard et une grimace de m\u00e9pris\u00a0: elle le tenait du bout de ses doigts comme s&rsquo;il d\u00e9gageait une odeur de fumier et m&rsquo;a ordonn\u00e9 de le rapporter chez moi quand j&rsquo;aurai fini de faire cours. \u00c0 cet instant, j&rsquo;ai compris que r\u00e9pliquer aurait eu pour cons\u00e9quence mon \u00e9loignement d\u00e9finitif de la prison. Je l\u2019aurais regrett\u00e9, mais cela n&rsquo;aurait pas chang\u00e9 ma vie\u2026 Par contre, cette cerb\u00e8re insinuait qu&rsquo;il y aurait de graves cons\u00e9quences pour la d\u00e9tenue XY. Je me suis excus\u00e9e mille fois encore, prenant toute la responsabilit\u00e9 sur moi et la priant qu\u2019aucune cons\u00e9quence n\u2019en retombe sur la d\u00e9tenue. Cette femme ne fit rien pour me rassurer et, je v\u00e9cus avec une boule au ventre la semaine enti\u00e8re. Puis, lors de l&rsquo;entretien suivant, j&rsquo;appris que tout avait fini en bulle de savon.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">Il y a des choses qu&rsquo;on ne doit pas faire en prison, des mots que l&rsquo;on ne doit pas prononcer et des comportements qui ne sont pas autoris\u00e9s. Le pire, c&rsquo;est qu&rsquo;il faut toujours demander une autorisation pour la moindre petite chose et attendre de l&rsquo;obtenir. Parce qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur ce n&rsquo;est pas comme \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, et que tu sois une d\u00e9tenue ou une b\u00e9n\u00e9vole, quand tu es \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, tu dois suivre les r\u00e8gles. Point final.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">J&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion de repenser \u00e0 cet \u00e9pisode et de comprendre la raison de cette r\u00e9action si draconienne. \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la prison, on essaie de r\u00e9primer les pulsions sexuelles et les images explicites du livre pouvaient entra\u00eener des app\u00e9tits dangereux qui auraient menac\u00e9 la cohabitation pacifique des d\u00e9tenues.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">M-L. W.\u00a0: Conseilleriez-vous aux gens de tenter cette exp\u00e9rience ? Pourquoi ?<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">A. C.\u00a0: Oui parce qu&rsquo;elle aide \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur tout ce que nous avons \u00e0 perdre\u2026 La section f\u00e9minine de la maison d&rsquo;arr\u00eat de San Vittore dispose d&rsquo;une \u00e9cole de cuisine subventionn\u00e9e par une association qui organise des ap\u00e9ros dans des jardins ouverts au public ext\u00e9rieur. C&rsquo;est une bonne occasion pour visiter la prison.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">M-L. W.\u00a0: <em>Le libert\u00e0 violate \u2013 Donne dietro le sbarre<\/em> est un recueil de r\u00e9cits inspir\u00e9s de votre exp\u00e9rience. Pourquoi avez-vous d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire des r\u00e9cits de cette exp\u00e9rience\u00a0?<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">A. C.\u00a0: Il y a des histoires qui sont difficiles \u00e0 raconter parce qu&rsquo;elles secouent violemment notre \u00e2me, mais les partager aide \u00e0 mod\u00e9rer nos \u00e9motions. Les miennes \u00e9taient tellement fortes que si je ne les avais pas couch\u00e9es sur le papier, j&rsquo;aurais \u00e9touff\u00e9.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">M-L. W.\u00a0: Votre \u0153uvre a connu un grand succ\u00e8s, pouvez-vous nous parler de la r\u00e9compense que vous avez re\u00e7ue ?<\/h6>\n<h6><a href=\"http:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2017\/06\/Prix-pour-engagement-social-Lac-Gerundo.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-135\" src=\"http:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2017\/06\/Prix-pour-engagement-social-Lac-Gerundo.jpg\" alt=\"Prix pour engagement social Lac Gerundo\" width=\"889\" height=\"627\" srcset=\"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2017\/06\/Prix-pour-engagement-social-Lac-Gerundo.jpg 889w, https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2017\/06\/Prix-pour-engagement-social-Lac-Gerundo-300x212.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 889px) 100vw, 889px\" \/><\/a><\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">A. C.\u00a0: J&rsquo;ai particip\u00e9 au concours appel\u00e9 \u00ab\u00a0Prix international du lac Gerundo\u00a0\u00bb et c&rsquo;est avec une grande \u00e9motion que j&rsquo;ai eu l&rsquo;honneur de recevoir une r\u00e9compense au titre de l\u2019<em>engagement social<\/em> parce que mes r\u00e9cits, fruits de mon exp\u00e9rience, ont \u00e9t\u00e9 jug\u00e9s capables de transmettre de la proximit\u00e9 et de l&#8217;empathie humaine envers les d\u00e9tenus.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\"><i>\u00ab\u00a0<\/i>Antonella nous interpelle en se mettant dans la peau des d\u00e9tenues qu&rsquo;elle a rencontr\u00e9es lors de son travail de m\u00e9diatrice linguistique et culturelle au sein d&rsquo;\u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires italiens. Elle leur laisse id\u00e9alement la parole, parfois directement et parfois en \u00e9crivant \u00e0 la troisi\u00e8me personne, transmettant ainsi au lecteur un profond d\u00e9rangement. Nous la f\u00e9licitons pour son \u00e9criture soign\u00e9e et puissante ainsi que pour sa grande capacit\u00e9 \u00e0 manier les armes difficiles du court r\u00e9cit en plus de son \u00e9vidente empathie humaine qui la rapproche des d\u00e9tenues dont les profils apparaissent toujours avec beaucoup de dignit\u00e9 et de respect.\u00a0<i>\u00a0\u00bb\u00a0<\/i>(Marco Ostoni)<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">M-L. W.\u00a0: Vous avez \u00e9galement \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e \u00e0 pr\u00e9senter votre livre \u00e0 l&rsquo;occasion du 8 mars \u00e0 Brescia. Pouvez-vous nous parler de cette journ\u00e9e ? Avez-vous lu quelques r\u00e9cits ? Si oui, lesquels ?<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">A. C.\u00a0: Un professeur de litt\u00e9rature, Piero Forlani, qui avait lu mon livre et qui fait du th\u00e9\u00e2tre, m&rsquo;a propos\u00e9 d&rsquo;intervenir \u00e0 la fin de la conf\u00e9rence. J&rsquo;ai accept\u00e9 avec grand enthousiasme, honor\u00e9e par cette invitation. La c\u00e9r\u00e9monie s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e dans une vieille villa face \u00e0 un vaste public attentif et \u00e9mu, tout comme moi d&rsquo;ailleurs. Les lecteurs ont interpr\u00e9t\u00e9 quelques r\u00e9cits que j&rsquo;ai introduits pour expliquer au parterre le th\u00e8me de l&rsquo;histoire qu&rsquo;ils allaient entendre.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">Le premier fut\u00a0: Claudia Delgado. Le th\u00e8me de la peur. En tant qu&rsquo;hommes libres, tout ce que nous connaissons de la prison, c&rsquo;est ce que nous montrent les reportages, la litt\u00e9rature, le cin\u00e9ma. Quand nous entrons en prison pour la premi\u00e8re fois en tant que d\u00e9tenu, quel que soit notre culpabilit\u00e9 ou notre innocence encore non prouv\u00e9e &#8211; car cela aussi doit \u00eatre soulign\u00e9\u00a0: tous les d\u00e9tenus ne sont pas coupables &#8211; nous nous rendons compte que ce monde est un monde inconnu et la terreur s&#8217;empare alors de nous avec plein de questions terrifiantes dont nous n&rsquo;avons pas les r\u00e9ponses.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">Que nous arrivera-t-il de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de ses grilles\u00a0? Qui sera notre compagnon de cellule\u00a0? Quand aurons-nous une r\u00e9ponse\u00a0? Qui nous prot\u00e9gera\u00a0? Qui prendra soin de nos proches\u00a0? Notre famille d\u00e9\u00e7ue et humili\u00e9e nous pardonnera-t-elle\u00a0? Continuera-t-elle \u00e0 nous aimer et \u00e0 nous soutenir malgr\u00e9 tout ?<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">Le moment de la remise en libert\u00e9 en revanche, devrait combler notre c\u0153ur de joie et d&rsquo;impatience pour la restitution de l&rsquo;individualit\u00e9, de l&rsquo;intimit\u00e9 des petites choses, de la libert\u00e9 tant convoit\u00e9e. Mais une fois encore, le sentiment qui l&#8217;emporte c&rsquo;est celui de la peur. La peur de ce que nous trouverons ou ne trouverons plus dehors.\u00a0 La peur de reconna\u00eetre des lieux et des odeurs familiers. La peur de ne plus trouver de travail, d&rsquo;amis ou de confiance. Voil\u00e0 de quoi parlera Claudia Delgado.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">Le deuxi\u00e8me r\u00e9cit qu&rsquo;ils ont choisi de lire fut\u00a0: Anna. Anna repr\u00e9sente le pr\u00e9judice. Quand nous pensons \u00e0 la prison et aux d\u00e9tenus, notre partie rationnelle est tent\u00e9e de dire, presque en hurlant\u00a0: tu l&rsquo;as bien cherch\u00e9, tu devrais rester en prison et ils devraient jeter la cl\u00e9. Qui n&rsquo;a jamais prononc\u00e9 ces mots au moins une fois ? Fr\u00e9quenter la prison en tant que femme libre m&rsquo;a appris \u00e0 ne pas juger, \u00e0 regarder au del\u00e0 des pr\u00e9judices, avec la conviction que si le cours de ma vie avait pris une direction diff\u00e9rente, j&rsquo;aurais pu me retrouver \u00e0 la place de chacune de ces femmes, priv\u00e9e de ma libert\u00e9. R\u00e9cemment, \u00e0 la sortie de la prison de Bollate, nous avons tenu une conf\u00e9rence sur la prison dans l&rsquo;oratoire d&rsquo;un petit village aux portes de Milan. Gaetano, un ancien d\u00e9tenu de plus de soixante ans, nous accompagnait et ferait part de son t\u00e9moignage.\u00a0 Le public \u00e9tait compos\u00e9 d&rsquo;universitaires de diff\u00e9rentes disciplines. Ma coll\u00e8gue romanci\u00e8re et moi-m\u00eame avons voulu tester le degr\u00e9 de pr\u00e9jug\u00e9 des jeunes en leur disant que parmi notre \u00e9quipe de dix conf\u00e9renciers, se trouvaient deux d\u00e9tenus\u00a0: un homme et une femme, et qu&rsquo;ils devraient nous indiquer qui cela pouvait \u00eatre selon eux. Apr\u00e8s de nombreuses h\u00e9sitations et beaucoup d&#8217;embarras, l&rsquo;un d&rsquo;entre eux a pris son courage \u00e0 deux mains et a point\u00e9 du doigt Gaetano et moi-m\u00eame. Quand je lui ai demand\u00e9 ce qui l\u2019avait amen\u00e9 \u00e0 nous choisir nous deux, il m&rsquo;a r\u00e9pondu\u00a0: les v\u00eatements et le comportement. Le costume \u00e9l\u00e9gant de Gaetano aux couleurs un peu criardes de vieil homme napolitain, ma robe blanche avec ses c\u0153urs noirs, mes bas opaques et mes bottes, avaient sem\u00e9 le doute\u2026<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">Le troisi\u00e8me fut\u00a0: Marianna. Il y a des personnes qui parcourent un bout de chemin \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s et qui ensuite prennent une direction diff\u00e9rente et s&rsquo;\u00e9loignent, disparaissant sans motif valable. La plupart du temps on attribue la faute au mauvais sort, \u00e0 la trahison, \u00e0 nous-m\u00eames et le doute nous pers\u00e9cute. Il peut arriver qu&rsquo;un jour la r\u00e9ponse de cet \u00e9loignement soudain arrive par le biais d&rsquo;une lettre transmise par un gardien de prison\u2026<\/h6>\n<h6><a href=\"http:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2017\/06\/Lectures-expressives-\u00e0-Leno-avec-le-professeur-Piero-Forlani.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-140\" src=\"http:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2017\/06\/Lectures-expressives-\u00e0-Leno-avec-le-professeur-Piero-Forlani.jpg\" alt=\"Lectures expressives \u00e0 Leno avec le professeur Piero Forlani\" width=\"939\" height=\"627\" srcset=\"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2017\/06\/Lectures-expressives-\u00e0-Leno-avec-le-professeur-Piero-Forlani.jpg 939w, https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2017\/06\/Lectures-expressives-\u00e0-Leno-avec-le-professeur-Piero-Forlani-300x200.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 939px) 100vw, 939px\" \/><\/a><\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">M-L. W.\u00a0: Est-ce qu&rsquo;il y a un personnage ou un r\u00e9cit qui vous tient particuli\u00e8rement \u00e0 c\u0153ur, et si oui, pourquoi ?<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">A. C.\u00a0: Ils sont tous tr\u00e8s intenses mais celui qui me bouleverse le plus \u00e9motionnellement c&rsquo;est celui de Malamore parce qu&rsquo;elle parle d&rsquo;un amour mauvais, malsain, et parce qu&rsquo;elle appelle au courage et \u00e0 la foi en nous-m\u00eames.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">M-L. W.\u00a0: Travaillez-vous encore en tant que m\u00e9diatrice p\u00e9nale culturelle et linguistique ? Et \u00e9crivez-vous encore des r\u00e9cits (m\u00eames personnels) concernant cette exp\u00e9rience ?<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">A. C.\u00a0: Oui. Actuellement je me suis engag\u00e9e pour la deuxi\u00e8me ann\u00e9e cons\u00e9cutive dans un projet de \u00ab\u00a0M\u00e9diation p\u00e9nale &#8211; th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb dans la troisi\u00e8me section masculine de la prison de Bollate. Travailler avec des hommes incarc\u00e9r\u00e9s constitue une exp\u00e9rience totalement diff\u00e9rente par rapport \u00e0 celle v\u00e9cue avec les femmes. Contrairement \u00e0 ce que l&rsquo;on peut imaginer, les hommes, une fois que l&rsquo;on a gagn\u00e9 leur confiance, ont tendance \u00e0 se confier et cherchent \u00e0 se racheter aupr\u00e8s du monde ext\u00e9rieur, aupr\u00e8s de tout ce qu&rsquo;ils ont laiss\u00e9 et perdu. La chose qui leur manque le plus, dont ils se plaignent le plus, c&rsquo;est le manque de leur famille, de leurs enfants. Ils r\u00eavent et ils aspirent \u00e0 un emploi, \u00e0 un travail, m\u00eame en \u00e9change d&rsquo;une compensation financi\u00e8re modeste, pour pouvoir aider leur famille. Avec nous, ils sont extr\u00eamement ponctuels, respectueux et collaboratifs. Ils nous avouent souvent attendre notre arriv\u00e9e avec impatience. Et quand il nous arrive, \u00e0 la sortie de la prison, de rencontrer l&rsquo;un de nos anciens participants qui rentre apr\u00e8s une journ\u00e9e pass\u00e9e \u00e0 travailler \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur des murs, ce dernier nous arr\u00eate, nous prend dans ses bras et nous remercie en nous expliquant que notre travail a chang\u00e9 sa vie. C&rsquo;est la plus grande satisfaction que nous puissions avoir.<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">Et oui, je continue \u00e0 \u00e9crire, m\u00eame si pour le moment je me contente de noter les \u00e9motions que je vis lors de chaque rencontre. Nous sommes en train de pr\u00e9parer un texte que nous ferons jouer aux d\u00e9tenus \u00e0 la fin du mois de juin, comme nous l&rsquo;avons fait l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re. Les hommes sont impatients de d\u00e9montrer leur engagement et leur volont\u00e9 d&rsquo;essayer de changer\u2026<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">M-L. W.\u00a0: Une derni\u00e8re question, si je puis me permettre\u2026 les r\u00e9cits pr\u00e9sents dans votre livre pr\u00e9sentent-ils un t\u00e9moignage, les confidences des d\u00e9tenues ou sont-ils le r\u00e9sultat de votre imagination\u00a0?<\/h6>\n<h6 style=\"text-align: justify\">A. C. : \u00c0 part la pr\u00e9face et l&rsquo;\u00e9pilogue qui sont autobiographiques, tous les r\u00e9cits sont le produit de mon imagination. Mais il va de soi que lorsqu&rsquo;on \u00e9crit, on finit toujours par int\u00e9grer un personnage ou un \u00e9pisode qui nous concerne, qui est vraiment arriv\u00e9. On cite des lieux qui font partie de notre v\u00e9cu. Quand on fr\u00e9quente la prison et que l&rsquo;on r\u00e9ussit \u00e0 \u00e9tablir un rapport de confiance avec un d\u00e9tenu, la confidence qui na\u00eet de ces dialogues est in\u00e9vitable, de m\u00eame pour celle qui na\u00eet dans les regards ou dans les non-dits. Chaque r\u00e9cit s&rsquo;inspire de l&rsquo;une de leurs histoires, mais il y a beaucoup d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments qui viennent aussi de moi. Mais \u00e7a, je laisse la sensibilit\u00e9 et la curiosit\u00e9 des lecteurs le d\u00e9couvrir.<\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Traduction litt\u00e9rale en fran\u00e7ais\u00a0: <em>Les libert\u00e9s viol\u00e9e\u00a0: Les femmes derri\u00e8re les barreaux.<br \/>\n<\/em><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Traduction litt\u00e9rale en fran\u00e7ais\u00a0: <em>La pierre des r\u00eaves<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Que nous arrivera-t-il de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de ses grilles ? Qui sera notre compagnon de cellule ? Quand aurons-nous une r\u00e9ponse ? Qui nous prot\u00e9gera ? Qui prendra soin de nos proches ? Notre famille d\u00e9\u00e7ue et humili\u00e9e nous pardonnera-t-elle ? Continuera-t-elle \u00e0 nous aimer et \u00e0 nous soutenir malgr\u00e9 tout ?<span>&#91;&#8230;&#93;<\/span><\/p>\n","protected":false},"author":13,"featured_media":130,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_FSMCFIC_featured_image_caption":"","_FSMCFIC_featured_image_nocaption":"","_FSMCFIC_featured_image_hide":"","footnotes":""},"categories":[19,44,3],"tags":[45,52,49,53,47,48,50,46,51],"class_list":["post-127","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-litterature","category-prison","category-societe","tag-antonella-cavallo","tag-barreaux","tag-detenues","tag-engagement-social","tag-le-liberta-violate","tag-maison-darret","tag-mediation-penale","tag-mediatrice-culturelle","tag-prison"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/127","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/users\/13"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=127"}],"version-history":[{"count":21,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/127\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":152,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/127\/revisions\/152"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/media\/130"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=127"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=127"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.sens-public.org\/archipeleurope\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=127"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}