In Platonis Phaedrum Scholia: 229a3-7

καιρός, ἀνυπόδητος, agential cut, Karen Barad

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Φαῖδρος
εἰς καιρόν, ὡς ἔοικεν, ἀνυπόδητος ὢν ἔτυχον: σὺ μὲν γὰρ δὴ ἀεί. ῥᾷστον οὖν ἡμῖν κατὰ τὸ ὑδάτιον βρέχουσι τοὺς πόδας ἰέναι, καὶ οὐκ ἀηδές, ἄλλως τε καὶ τήνδε τὴν ὥραν τοῦ ἔτους τε καὶ τῆς ἡμέρας.

Phèdre
Je me trouve pieds nus juste au bon moment, il semblerait: toi, en effet, tu l'es toujours. Il sera plus facile pour nous de marcher dans l'eau en trempant nos pieds et ce n'est pas désagréable, surtout à cette saison et à cette heure du jour.

Platon, Phèdre, 229a3-229a7

Les pieds nus touchent directement le sol, la terre. Le contact direct avec la matière. Le philosophe des idées et de la transcendance met en scène son maître accroché au sol, les pieds dans la poussière. Dans la poussière ou dans l’eau, trempés.

Socrate est toujours pieds nus, c’est connu. Pas Phèdre. Mais il est pieds nus par hasard (ἀνυπόδητος ὢν ἔτυχον). C’est une chance que cet hasard se réalise au bon moment (εἰς καιρόν).

Il y a ici une série de conjonctures qui permettent l’émergence de ce qui suivra: l’émergence du sens, l’émergence de la pensée. On est à la bonne place, dans les bonnes conditions, au bon moment. Le καιρός, l’instant privilégié, le moment où convergent une série de forces par hasard. Ce moment de conjoncture est ce qui permet ce que Karen Barad appellerait un agential cut. Ou pour le dire avec les mots que nous avons choisis avec Jean-Marc Larrue: dans une série de conjonctures médiatrices, un regard ou une analyse particulière cristallisent dans un après-coup des essences. Il y a l’ensemble ouvert des conjonctures: l’eau, les pieds nus, des signes sous un manteau, l’air de la saison, la fatigue d’avoir été longtemps assis, une rencontre, une langue, un délire, l’amour des discours. Ces forces rentrent en contact dans des conjonctures médiatrices multiples dont le sens du dialogue émerge, comme résultat dérivant de l’après-coup des intra-actions entre ces forces, intra-actions qui en même temps constituent ces forces mêmes.

Et la question qui me titille ici est donc: on est en quelle saison? Est-ce le printemps? Est-ce l’été? Quelle heure de la journée? Phèdre était avec Lysias depuis l’aube et il y est resté très longtemps, cela fait imaginer qu’on est en fin de journée - car il n’est pas agréable de marcher sous le soleil du midi. Je parie qu’on est à la fin du mois de mai et qu’il est six heures. L’heure où il commence à faire assez frais pour pouvoir marcher au soleil. Ce détails ne sont pas des détails: ce sont les fondements du sens.

καιρός, ἀνυπόδητος, agential cut, Karen Barad scholia