
Marcello Vitali-Rosati est professeur au département des littératures de langue française de l'Université de Montréal.
Si l'on se préoccupait de l'achèvement des choses, on n'entreprendrait jamais rien
2021-04-14 08:43:37-04:00
D'une autre façon encore il peut y avoir vice [dans la recherche de connaissance] en raison précisément du désordre dans le désir et l'application à apprendre la vérité. Et cela de quatre manières.
1° Lorsqu'une étude moins utile nous arrache à l'étude que la nécessité nous impose.[...]
2° Lorsqu'on cherche à être instruit par celui à qui il n'est pas permis de s'adresser: c'est le cas de ceux qui interrogent les démons sur l'avenir, ce qui est une curiosité superstitieuse. [...]
3° Lorsque l'homme désire connaître la vérité concernant les créatures sans se référer à la vraie fin, c'est-à-dire à la connaissance de Dieu. [...]
4° Lorsqu'on cherche à connaître la vérité en dépassant les possibilités de notre propre talent, car alors on tombe facilement dans l'erreur.
Thomas d'Aquin, Summa Theologiae IIae IIae 167
L'émancipation passe par la curiosité. Être curieux est ce qui permet d'apprendre, mais surtout de mettre en discussion l'autorité. C'est ce qui caractérise la curiosité par rapport à d'autres formes de recherche du savoir. Dans la Summa Theologiae, Thomas oppose la curiosité à la studiosité. Il est bien de chercher la connaissance, mais il faut la rechercher dans les chemins tracés par l'autorité.
Or les quatre défauts de la curiosité listés par Thomas sont à mon sens ses quatre plus grandes qualités.